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Jean Richepin (1849-1926)

 La vie et l'oeuvre de Jean Richepin (Médéa, Algérie, 4 février 1849 - Paris, 12 décembre 1926) ont ce côté disparate et hétéroclite qu'ont souvent les bio-bibliographies inventées. On dirait un collage des meilleurs clichés du genre. Comme nous le rappelle Alain Chevrier dans sa postface à Le coin des fous, recueil de l'auteur réédité chez Séguier en 1996 (1), Richepin a mené dans sa jeunesse une vie errante aux professions variées: professeur libre, matelot, portefaix. Après des études de médecine interrompues, il se décide pour l'École Normale. Ses héros et ses inspirateurs sont Pétrus Borel, Baudelaire, et surtout Vallès, le réfractaire. Dans son drame Nana-Sahib, il tint le premier rôle aux côtés de Sarah Bernhardt, dont il fut un temps l'amant en titre. Cela n'empêchera pas Jean Richepin d'être reçu en 1909 à l'Académie française par Maurice Barrès; plusieurs générations d'écoliers ânonneront ses poèmes solidement charpentés et pittoresques sous les troisième et quatrième Républiques!

 On ne sera donc qu'à moitié étonné de retrouver comme en écho, dans Le coin des fous, ce recueil de contes étranges dont la plupart sont parus entre 1890 et 1900, un savant patchwork des incontournables lieux communs du fantastique populaire fin-de-siècle: les cultes secrets et maudits, le vieux bouquiniste sournois, les imparfaits du subjonctif inusités, le jeune aventurier idéaliste, les noms propres pittoresques, le détective anglais, etc. Alain Chevrier esquisse même une intéressante typologie thématique de l'étrange et de l'insolite selon Richepin: savoirs et pouvoirs cachés, crimes et suicides horribles, thème du monstre, thème du regard, du portrait, du miroir. Si Jean Richepin retient finalement notre attention, c'est sans doute justement parce qu'il excelle dans ce genre: la jubilation avec laquelle il prend soin de ne pas éviter certains poncifs nous le rend d'emblée séduisant. Citons pour le simple plaisir de la chose les premières phrases de quelques unes de ses nouvelles: «Du diable si je pouvais m'attendre à être un jour légataire, pour si peu que ce fût, du vieux docteur Amable Cherpillaud!»; « Prenez garde, jeune homme, lui flûta doucement l'abbé Garuby, Vous avez tort, je vous affirme, de vouloir tenter cette expérience redoutable.»; «Eh bien! me dit Harry Sloughby, toutes nos imaginations étaient pauvres, auprès de la réalité.» Ou ces quelques titres: «Duel d'âmes»; «Le peintre d'yeux»; «Les soeurs Moches»; «La cité des gemmes»; «L'homme peste» Pourtant, les personnages archétypaux de Richepin, pauvres caricatures, atteignent plus souvent qu'il n'y paraît au sublime: on pense à ce monstre de foire qui se désespère en voyant sa femme mettre au monde des enfants normaux qu'il pouponne pourtant tendrement; à cet explorateur ramené à la vie par la science du massage de deux soeurs jumelles africaines hideuses et hors d'âge, pour lesquelles il va pourtant développer un amour qui fera naître entre elles une jalousie meurtrière; ou encore à ce vieillard au physique ingrat qui raconte avec réticence sa rencontre, bien des années auparavant, avec une jeune prostituée, et qui conclut son histoire par ces mots (qu'on croirait écrits pour le Michel Simon de l'époque de La femme nue et Satan): « Vous ne méritiez pas que je vous racontasse cette histoire, monsieur.[..] Puis, après un long jet de salive lancé dans son mouchoir d'invalide: Vous ne serez jamais qu'un cochon, mon petit.»

Qu'est-il arrivé? Que cachent ces mots? Le lecteur ne le saura pas. Plusieurs contes du recueil -- sans doute les plus réussis -- montrent à quel point le traitement peut parfois l'emporter sur la chute, chez Richepin. C'est aussi pour avoir réussi, sans ostentation, pareil paradoxe que Richepin nous est finalement et définitivement sympathique.
 

Philippe Gindre


(1). Jean Richepin, Le coin des fous (Séguier, 1996), postface d'Alain Chevrier, notice bibliographique de Jean-Luc Buard, ill. de couv. de Jacques Tardi.
 

De Jean Richepin, La Clef d'Argent a publié: «L'assassinat du Pichet qui Piche».
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