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On nomme minores les auteurs du second rayon qui ont modestement enrichi la littérature et restent, pour la plupart, tenus en respect par l'ombre portée des Grands Hommes. Pour eux, point de pardon. On ne leur passe rien: ils tombent, honteux de leurs plus faibles pages, dans un oubli profond en attendant qu'un lecteur plus curieux que les autres, moins enclin à suivre les modes s'égare. Dans le cas de Charles Rabou, il a fallu attendre 1951 et la publication de P.-G. Castex sur Les contes fantastiques français de Nodier à Maupassant pour réparer quatre-vingts ans de négligence. Mais Rabou n'est pas un génie ignoré. Sa prose est inégale, ses romans parfois rebutants. À l'oeil exercé point d'obstacle, dit-on. Castex a révélé quelques pépites dont la plus connue est «Le Ministère public» initialement publié dans les Contes bruns qui associaient en 1832 Rabou, Philarète Chasles et Balzac dont on a cru un temps qu'il était l'auteur. Fort heureusement, Charles Asselineau a rétabli la propriété de Rabou dans sa Bibliographie romantique. Reste que les relations de l'ogre B. et de Rabou expliquent probablement la confusion, comme d'ailleurs la survivance des écrits du dernier. À ce propos, il faut encore signaler la proximité patronymique de l'influent critique et mauvais coucheur Hippolyte Babou (1824-1878) -- Babouin pour ses ennemis -- qui tout en troublant les repères biographiques a peut-être facilité la résurrection des écrits de Rabou.
Fils d'un sous-intendant militaire, Charles Félix Henri Rabou est né à Paris le 6 septembre 1803 et meurt dans la même ville le 1er février 1871. Après avoir fait ses humanités au collège Henri IV, il fréquente la Faculté de droit de Dijon puis regagne Paris pour embrasser la carrière d'avocat. Attiré par les perfides sirènes de la Littérature, il ne dépasse pas le grade d'avocat stagiaire et lâche une carrière prometteuse pour s'en offrir une autre. Journaliste, il signe dans La Quotidienne, Le Messager des Chambres, Le Nouvelliste, Le Journal de Paris, La Charte de 1830 des chroniques politiques et des articles de critique littéraire, artistique et dramatique. L'homme de lettres est né. Il collabore au troisième volume de L'Histoire de tout le monde d'Émile de Palman, lance en juillet 1832 La Cour d'Assise, un journal dont les collections connues ne dépassent pas la livraison d'août 1834 et s'inscrit parmi les fondateurs de la prestigieuse Revue de Paris dont il occupe la direction, nous dit le Dictionnaire universel des contemporains de Gustave Vapereau (éd. de 1858, p. 1423) à partir de 1830, date à laquelle il succède au docteur Louis Véron et ce jusqu'en 1833 où Amédée Pichot le remplace.
C'est dans ce cadre que Rabou trouve son père tutélaire, Balzac, qu'il publie dans les pages de la Revue de Paris. Les deux hommes se lient d'une solide amitié au point que Balzac mourant lui confie la lourde responsabilité de terminer quelques romans inachevés. Fidèle, Rabou se met au travail, produit tout ou partie de dix-huit volumes et subit le verdict de la critique : mitigé. Elle met en doute l'authenticité des ouvrages et conduit le public à leur réserver un accueil froid. Rabou n'en continue pas moins à produire une quarantaine de volumes et sera décoré, honnête fabricant, en 1850. On ignore encore à quel titre.
Si l'on en juge par les titres de ses propres romans,
L'Allée
des veuves (1845), Le Cabinet noir (1849),
La Fille sanglante
(1857), Charles Rabou s'inscrit parfaitement dans la corporation des représentants
romantiques de la littérature fantastique : Petrus Borel le Lycanthrope,
Philarète Chasles, Philothée O'Neddy, Xavier Forneret, Jules
Janin... Leurs histoires rassemblées dans plusieurs recueils collectifs
tels Le salmigondis, Le conteur ou encore Le sachet invitent
à d'autres redécouvertes, celles de S.-H. Berthoud, d'Alphonse
Brot ou d'Aloysius Block... Quant à la fantastique danse macabre
du «Mannequin», elle reste un
excellent exemple de ce que savaient produire ces «frénétiques»:
des récits drôles, morbides et enjoués, un régal.
Bibliographie indicative de Charles Rabou :
Ouvrages collectifs:
Romans:
Continuation des romans de Balzac:
Essai historique:
À consulter: É.D.
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De Charles Rabou, La Clef d'Argent a publié: «Le Mannequin». |
Le saviez-vous? Vous pouvez télécharger librement les versions pdf des recueils d'Édouard Ganche, Le Livre de la Mort et L'Ordre de la Mort. |