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Dossier de presse

Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2019.
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C'est tous les jours pareil - Jean-Pierre Andrevon

L'Écran Fantastique n°407, avril 2019. 

C'est tous les jours pareil, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Lorsque l'auteur bien connu des lecteurs de l'E.F. enfourche son cheval de bataille afin de pourfendre les institutions, les idéologies, voire les individus qu'il voue aux gémonies, on peut s'attendre au meilleur du pire. Il vous rentre dans "le lard de l'actualité avec un couteau bien aiguisé", et avec le même enthousiasme qu'il exécute quotidiennement, ou presque, de son crayon très affuté, ceux qui ratatinent notre espace vital. De dystopies d'un burlesque horrifique à d'improbables futurs tout aussi déjantés, ce ne sont pas moins de trente-sept contes à savourer, presque tous politiquement incorrects (mais pas seulement) et souvent frappés du sceau de l'absurde façon Pierre Dac ou Professeur Choron. Un chose est sûre en tout cas : l'auteur s'amuse – et nous amuse en retour – en visitant huit thèmes considérés comme essentiels, depuis le monde du travail en passant par les arts, la politique, l'armée ou les vacances qu'il explore "de l'intérieur de ses personnages": agent de police durant sa journée de travail, cultivateur (bio) au petit soin de ses topinambours, professeur des écoles bichonnant ses élèves, brave père de famille lancé sur la route des vacances avec femme et progéniture, réserviste en mal de guérillas, sans oublier les tournées champêtres d'un chanteur-auteur-compositeur dans l'Ardèche profonde. Jean-Pierre Andrevon (l'un des personnages!) poussera même l'audace jusqu'à s'autointerviewer ou à se livrer à quelques dézingages, au rythme d'une écriture à l'emporte-pièces. Un style et des propos qui emportent néanmoins l'adhésion tant la charge excessive n'évacue aucun des problèmes de notre présente société. Mais si l'humour, parfois potache, prévaut tout au long de ce copieux volume parfaitement identifié comme un plaidoyer contre la déraison contemporaine, il se trouve incidemment des plages de respirations conformes aux grands voyages dans le temps à rebours, aux règles de la robotique et, par-dessus tout aux progrès de la chirurgie.
Initié par Georges Wolinski pour Charlie Hebdo, corrigé, actualisé et complété d'inédits, ce cocktail explosif nous dépeint des instants choisis de l'horrible actualité projetés dans des avenirs redoutables. L'ouvrage nous dévoile en définitive les inquiétudes d'un auteur en prise continuelle avec son temps.

Jean-Pierre Fontana


La déception des fantômes - Céline Maltère

L'Écran Fantastique n°406, mars 2019.

La déception des fantômes, recueil de Céline Maltère.

Voici un recueil de nouvelles qui devrait réjouir les amateurs d'histoires terrifiantes, voire atroces, mais servies par un style d'une grande pureté, par une écriture qui n'a rien à envier aux Mérimée et autres Maupassant, et qui n'est pas sans laisser sourdre cette poésie de l'horreur qui sied à tout bon texte osant s'aventurer dans l'au-delà. Et tous les récits – vingt-sept tout de même – baignent dans une étrangeté où les fantômes, crapauds, sorcières, gardiens de cimetière occupent la plus belle part, sans doute parce qu'issus des obsessions et des cauchemars de l'atueur, les références mythologiques démontrant une culture que ne dément pas la participation d'écrivains latins à son banquet funèbre. Mais lorsque s'éloignent les visions fantastiques, les écrits n'en sont pas moins d'une cruauté à faire frémir les émules eux-mêmes du divin Marquis. Ainsi de «La Verrière» qui renvoie le lecteur aux atroces pratiques d'un Josef Mengele, ou encore «Les Cygnes» dont le cynisme de surface est un attentat à l'encontre des pires bourreaux animaliers. Une oeuvre-choc par conséquent, essentiellement d'une beauté diabolique.

Jean-Pierre Fontana


C'est tous les jours pareil - Jean-Pierre Andrevon

Les Affiches de Grenoble, février 2019.

C'est tous les jours pareil, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Dans la dentelle.
Le dernier Andrevon n'y va pas avec le dos de la cuillère! Ça défouraille et ça dézingue à tout va. Gravement décoiffant.
Avertir comme le fait l'éditeur que ce livre est «très politiquement incorrect» relève de la litote, de l'euphémisme, du tordage de derrière un peu faux-cul (si je puis dire). Écrivons-le donc tout crument: ce bouquin est carrément insortable. Et quand je dis «insortable», je pense aux abominables historiettes que l'ouvrage recèle, mais aussi à l'organe que l'une de ces nouvelles manie sans trop de précautions. La nouvelle s'intitule «la grosse» et elle est encombrante, en effet. À ne pas mettre entre toutes les mains. Au reste, une main n'y suffirait pas. Andrevon suggère plutôt de l'enrouler proprement dans une brouette. C'est dire. Mais quant à son attribut, le mâle prend souvent sa vessie pour une lanterne. Andrevon, cependant, sera pardonné, puisqu'il opère, lui, dans le seul domaine de la fiction.
Provocateur, sarcastique, rentre-dedans: Jean-Pierre Andrevon l'est évidemment. Mais il atteint ici au sommet, par son art consommé de la caricature, sa goguenardise satirique, sa mauvaise foi assumée. Ses anticipations sont atrocement drôles. Il en faudrait peu pour que ce soit désespérant, mais sous la plume de notre cher vieil ami, c'est tout bonnement croustillant. De fabuleux concentrés de connerie humaine. une brochette de crétins survitaminés, dopés à l'extrait de bonne conscience. La bonne conscience, c'est comme l'alcool: plus c'est pur et plus ça monte à la tête. Encore que souvent surarmés, les personnages d'Andrevon sont désarmants. Désarmants de bêtise, veux-je dire.
Nées pour une part à l'occasion d'une ancienne collaboration avec Charlie Hebdo, ces trente-sept nouvelles font évidemment dans la dentelle. «Ce week-end, j'ai décidé d'aller à la guerre, pour dire de changer un peu de la routine du bureau», annonce le sieur Andrevon, ou ouverture de l'une de ses mignardises. La plupart, d'ailleurs, des narrateurs successifs de ce livre se nomment Andrevon. c'est que toutes ces nouvelles sont des monologues, textes d'un seul jet, sans paragraphe ni retour à la ligne. De la volubilité à l'état brut (et quand j'écris «brut», je pèse mes mots). Des exercices aussi de fildeférisme narratif. À l'image de cette vertigineuse remontée dans le temps, laquelle nous projette du XXIe siècle aux guerres napoléoniennes, puis jusqu'aux abris-sous-roche de Cro-Magnon et finalement jusqu'au Big Bang. L'un des clones d'Andrevon philosophe alors: «J'ai tâté autour de moi, mais il n'y avait plus rien. Même mes pieds ne reposaient sur rien. J'aurais dû frissonner de la tête aux pieds mais je n'avais plus ni pieds, ni tête, ni rien. Qu'est-ce que je pouvais faire, sans corps, suspendu dans le néant?» Suspendu dans le néant, Andrevon trouve encore le moyen de faire... de l'esprit.

Jean-Louis Roux


La déception des fantômes - Céline Maltère

Gandahar n°16, février 2019.

La déception des fantômes, recueil de Céline Maltère.

La visite des cimetières offre parfois son comptant de surprises, surtout si ces lieux, paisibles entre tous, se trouvent entretenus par l'un de ses perpétuels occupants, ou bien lorsque l'un de ses gardiens offre aux âmes résidentes un bal costumé aux flonflons de danses macabres. Et qu'en est-il des corps qui ne seront jamais ensevelis, de ces créatures qui ont cessé de vivre sans l'espoir d'une sépulture? Invités privilégiés de ce recueil des accointances avec l'au-delà, la mort et ses avatars nous sont ici proposés lors de voyages vers les enfers par des voies pas toujours respectables et que certains officiants des pompes funèbres seraient bien avisés de ne pas emprunter. Mais il serait très réducteur de ne retenir des vingt-sept nouvelles de ce banquet funèbre que les décès les plus ordinaires, conformes aux règles les plus élémentaires des funérailles d'antan. À nous faire fréquenter le pire, l'auteure s'y ingénie grâce à l'appel d'une sirène ou la compagnie des crapauds, entre les murs d'un hôtel de campagne, voire la bénédiction d'un éminent ecclésiastique. L'horreur prend alors autant de formes que de raisons, sous le regard impavide d'Hécate et malgré les leçons d'Ovide. Puisant dans la lointaine antiquité, dans les sordides faits divers, dans ses propres fantasmes ou ses plus monstrueux cauchemars, l'auteure déroule, de sa plus belle écriture qui ne déméritereait pas auprès des grands écrivains fantastiques du XIXe, des variations terrifiantes du mal mourir. Mais l'horreur n'exclut aucunement la poésie. Dans un langage châtié façon Donatien le divin Marquis, elle nous sert un bouquet d'épines au parfum des plus belles roses. Humour noir, noirs récits, du fond de son sommeil, chercherait-elle LA réponse dans une forêt de cauchemars, pour reprendre, en le détournant, le final de sa «Maison triangle». S'il n'est pas à mettre entre toutes les mains, voilà un singulier mais puissant exorcisme des peurs viscérales et des pires perversions humaines.

Jean-Pierre Fontana



Tanagra - Stéphane Mouret

Les lectures de l'oncle Paul, 14 janvier 2019.

C'est tous les jours pareil, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

En 1975, à la demande de Georges Wolinski, Jean-Pierre Andrevon a fourni pour Charlie Hebdo, auquel il collaborait depuis 1971, douze nouvelles. À l’origine il y en avait une vingtaine, mais peut-être le côté irrévérencieux de certains textes a fait que certaines ont été écartées par manque de place ou parce que le Professeur Choron, qui alors était aux manettes de ce magazine satirique, ne les avait pas appréciées.
L’on constatera que plus de quarante ans plus tard, elles n’ont pas perdu de leur virulence et que les hommes politiques sont toujours aussi méprisants et arrogants que dans les années 70, quoi que puissent en dire ou faire nos dirigeants.
Ces nouvelles et d’autres avaient été éditées par Lionel Hoebeke, dans la collection Changer de fiction au Dernier Terrain Vague, vingt-sept au total. Les années ont passé, et il était juste et nécessaire de les ressortir de l’oubli, de les retravailler, de leur insuffler un petit goût de jeunesse en les adaptant à notre époque, et, en compagnie de quelques inédits, les voilà qui s’offrent à vous, pour vous faire sourire tout en vous confortant dans votre idée du malaise actuel et de votre rejet d’une certaine forme, voire d’une forme certaine, de la politique. Je ne veux pas vous laisser croire que je pense que c’était mieux avant, mais au moins est-on tenté de dire que ce n’était pas pire.
Une colère lucide et désabusée, une violence traitée par la dérision, la causticité et l’ironie acerbe, animent Jean-Pierre Andrevon lorsqu’il rédige ces textes avec une plume trempée dans le vitriol. Quel que soit le thème traité, des thèmes qui, je me répète, sont toujours d’actualité et prennent encore plus de force au fur et à mesure que le temps passe.
Dans «Le pet» par exemple, pet n’étant pas dans l’esprit du scripteur cette flatulence parfois nauséabonde qui émane d’une digestion mal canalisée mais signifie faire le guet, nous sommes en présence d’un flic qui doit surveiller les abords d’une banque susceptible d’être braquée. Et à la moindre approche d’une personne, ou d’un groupe de personnes, qu’il juge suspect, ce policier n’hésite pas à user de son arme, au grand plaisir des badauds qui applaudissent. Mais à chaque fois il s’agit d’une bavure. Et lorsque la journée se termine et qu’enfin des hommes, habillés comme des actionnaires, pense-t-il, s’introduisent dans l’établissement, il ne réagit pas. L’heure de sa fin de service vient de sonner. Naturellement s’il encourt les blâmes de sa hiérarchie, ce ne sont pas pour les motifs décrits. Et la sanction sera à la hauteur financière de ses méprises. À noter que pour se fondre dans l’actualité, l’auteur précise que ce policier a prénommé l’un de ses enfants, le petit dernier, Emmanuel en l’honneur du président. Fayot!
Et puisque nous sommes dans le domaine policier, que penser de «En attendant le client», dont le narrateur est un médecin exerçant son art aux urgences de la police. Des manifestants blessés, des cabossés par des exactions policières, une femme violée, lui sont amenés et à chaque fois son diagnostic est totalement délirant et à côté de la plaque. Tout ça avec la présence d’un journaliste de Libération. Un journal de gauche, donc une quantité négligeable. Il préfère voir l’un des gardiens de la paix présent dans le local compulser Le Figaro, un quotidien impartial. Évidemment. Mais le ton change complètement de registre lorsqu’on lui amène un policier blessé, le petit doigt luxé. Le pauvre. Une fiction, pensez-vous. Naturellement.
Changeons de registre avec «La passe», qui, comme son titre l’indique met en scène une travailleuse du trottoir. Une respectueuse comme l’on dit lorsque l’on est bien éduqué. Mais ça, c’était avant la répression, alors que pourtant, cette brave dame n’oublie pas de pratiquer un prix majoré de la TVA, ce qui normalement alimente les caisses de l’État. Hypocrites.
Dans «Le procès», nous assistons à la confrontation entre une juge d’un âge déjà avancé et d’une jeune femme qui a porté plainte pour viol. Ce monologue, narré à la façon de certains humoristes dont Pierre Palmade, démontre que même entre femmes la solidarité n’existe pas toujours, la juge accablant la jeune femme en lui signifiant:
«J’ai les idées larges, et il m’arrive moi-même de goûter aux joies iodées de la mer pour ensuite livrer mon corps aux caresses du soleil. Mais j’ai de la pudeur, moi, mademoiselle. Je porte un maillot. Une pièce, s’il vous plait. Je n’aurais pas l’impudence de dilapider les secrets de mon intimité à toute la France. Alors, je vous le demande: ne comprenez-vous pas que la vision d’un corps féminin dénudé est un appel non équivoque à un acte charnel?»
Je pourrais aligner les exemples de ces textes qui égratignent, qui grattent, qui démangent, mais qui dans le même temps procurent un bien fou, à condition que le lecteur soit en phase avec l’état d’esprit de l’auteur, des textes qui sont autant de dénonciations de problèmes sociologiques.
Toutefois, je vous en ai réservé deux petites dernières dont «Bilan présidentiel», qui aurait pu convenir à quelques présidents dont en particulier un qui collectionnait les diamants et un autre qui appréciait la tête de veau. Mais ce bilan présidentiel semble n’avoir été écrit que pour l’actuel locataire de l’Elysée. S’adressant à ses concitoyens, celui-ci détaille le nombre de ses repas, de bouteilles vidées, d’animaux tués au cours de parties de chasses, de rapports sexuels… Je cite:
«Mes fonctions sexuelles sont normales pour un homme comme moi dans la force de l’âge; j’ai tiré soixante-seize coups dans l’année écoulée, le dernier en date pas plus tard qu’hier au soir dont treize dans le réceptacle conjugal. Avouez que concernant une union de vingt-trois ans, la moyenne est encore fort honorable.»
Et il enfonce le clou, si je puis dire, en déclarant:
«J’ajoute que les rumeurs faisant état d’une possible homosexualité sont sans fondement.»
L’emploi du mot juste!
Enfin, dans «La plume à gauche», Jean-Pierre Andrevon se met lui-même en scène. Comment? Je vous laisse découvrir son texte.
Et ce volume se termine par des «Précisions bibliographiques dont on peut très bien se passer», mais qui m’ont semblé indispensables.

Paul Maugendre


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