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Dossier de presse
 
Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2009.
Dossier de presse de l'année: 1987, 1988, 1989, 1990, 1991, 1992, 1995, 1996, 1997, 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018.

Chantier Imaginaire, décembre 2009.

Le passage, recueil de Sylvie Huguet:

L'auteur(e) nous égraine un sublime chapelet qui décline sur onze récits cet instant fatidique du Passage, que la mort sanctionne bien souvent, vers cet autre monde derrière cette porte qu'il n'est pas aisée de franchir. Avec une prose descriptive et ciselée avec la dextérité merveilleuse d'un orfèvre; des explorateurs solitaires s'y risquent dans la plus stricte intimité. Or, pour déverrouiller la serrure qui clos cette porte et découvrir le mystère qu'elle recèle, il faut d'abord en trouver la Clef (d'Argent peut-être) qui ne s'offre pas sans effort. Une clé très souvent immatérielle qui s'incarne dans ce médiateur universel et absolu qu'est l'art et qui s'y décline sous bien des aspects pour chacun de ces seuils insolites. L'art, et un Nature omniprésente dont les Esprits sont les gardiens des Clés et les guides discrets du voyageur dans sa quête.
Une lecture très agréable, une écriture appréciable, très spirituelle qui pourrait décevoir, à tort, le lecteur plus porté sur l'action.
En résumé, j'ai beaucoup apprécié, même cette stylistique qui flirte avec l'intimisme, que j'abhorre en général, peut-être parce Sylvie maîtrise son expression et ne s'égare jamais en description psychologisante déplacée et parvient à donner à ces récits et à ses personnages une véritable profondeur humaine.

Sébastien Clarac

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Atemporel.com, 21 décembre 2009.

Chroniques de la Terre figée, roman SF jeunesse de Pierre Gemme.

Ce roman post-apocalyptique de Pierre Gemme ravira les jeunes, et les moins jeunes mais ce qui est sûr, les réconciliera avec d'autres oeuvres clichés du genre comme Mad Max, le Jour d'après ou le récent 2012.
La Clef d'Argent se lance à l'assaut des lecteurs en herbe avec une collection Jeunesse. Les Chroniques de la Terre figée ouvrent le bal. Curieuse coïncidence, les Chroniques de la Terre figée sont une version réécrite des Chroniques de la Terre figée, parues aux Editions Nestiveqnen il y a quelques années dans une collection du même... genre.
La curisosité commence et s'arrête du même coup puisque les Chroniques de la Terre figée gagne une nouvelle illustration de couverture (signée Kara) et un chapitre entier. Nous vous proposons d'ailleurs de télécharger un chapitre par un lien ci-dessous.
Les Chroniques de la Terre figée rentrent du même coup au bercail puisque l'auteur, comme nos amis de la Clef d'Argent, est jurassien ! Ca n'est pas le seul bénéfice tiré de ce déménagement, puisque le premier avantage réside dans le fait que cela soit une réédition sans l'être.
Et ca aurait été dommage car les Chroniques de la Terre figée, qui s'annonce être le premier tome d'une (longue ?) série, ou d'une prometteuse collection, est plsu que réussi.
Le récit et dense, sans trop l'être, bien découpé avec des chapitres de bonne longueur. Le rythme est soutenu et l'intrigue tiendra la route, même avec un lecteur adulte. On ne s'ennuie pas et le jeune lecteur saura se dépatouiller du nouveau vocabulaire rencontré avec un Larousse Junior.
Cependant on ne s'y trompera pas, il s'agit bien d'un livre pour enfants. L'histoire, concentrée autour des jumeaux, permettra aux plus jeunes de s'identifier aux personnages principaux et de vivre cette histoire fantastique (qu'ils soient fille ou garçon). D'autres détails, comme la mascotte des enfants, qui n'est autre qu'une chauve-souris, ne trompent pas...
Car on aurait vite fait de se tromper et de se dire que ce livre est vraiment bien,sauf que, oui, c'est bien un livre pour les jeuns' et qu'à l'image de certains autres livres (comme ceux racontant les aventures d'un certain Harry Potter) les moins jeunes devont admettre... qu'ils sont plus agés que le public visé.
Mais qu'à cela ne tienne, les Chroniques de la Terre figée sont pleines de fantastique et de science-fiction, d'aventures et d'amitié, et la lecture est recommandée à chacun ! Elle fut pour moins très plaisante parce qu'il y a de nombreux éléments intéressants qui font honneur à Mad Max ou au Club des Cinq et que cela a eu le mérite de raviver mon intérêt pour les récits post-apocalyptique tout en apportant un autre éclairage sur d'autres problèmes (en matière d'écologie notamment). C'est parfois sombre, parfois très vivant (à l'image de la couverture) mais toujours hors du temps, ce qui plaira à bon nombre ;-) A lire sans hésitation !

Laurent Delin

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Yozone, novembre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Recueil de textes écrits entre les années 1960 et les premiers jours de ce millénaire, certains publiés dans Fiction, Charlie Hebdo ou Fluide Glacial, d'autres tirés à peu d'exemplaires et donc tous quasi introuvables, «C'est un peu la paix, C'est un peu la guerre» est un bel ouvrage signé Jean-Pierre Andrevon.
De ceux que l'on glisse près de sa table de chevet, histoire d'y prendre quelques phrases, la nuit. Un de ces livres qui font le bonheur des lecteurs insatiables.
Dire que tout Andrevon serait à l'intérieur de ce «C'est un peu la paix, C'est un peu la guerre» (La Clef d'Argent) serait sans doute présomptueux. D'une part, l'oeuvre de cet écrivain français est de fort tonnage, aborde quasi tous les genres, ce que ne pourrait fort logiquement contenir un poche de 160 pages. D'autre part, le principe même du recueil n'a nulle intention anthologique ou analytique. Il s'agit avant tout d'un florilège de textes courts (de moins d'une page à quatre ou cinq), aujourd'hui introuvables, parus durant plus de quarante ans de carrière littéraire et dont l'intérêt est aussi de les remettre à la disposition des lecteurs.
Par contre, si tout Andrevon n'est pas dans cet ouvrage, tout ce qui s'y trouve est entièrement de Andrevon! Même que, pur jus, on dira! Amour de la terre, de la faune, de la flore, besoin de se révolter, colères véritables, amours partagés ou à partager, épisodes mélancoliques sous-jacents et beaucoup d'humour aussi, voilà bien les principaux ingrédients travaillés. On est parfois très proche d'une forme de poésie en prose dont l'imaginaire fantastique ou SF (versant anticipation) serait les racines, inspiratrices à s'enfoncer le plus loin dans les pensées de l'écrivain. Osera-t-on parler ici d'une poétique de Jean-Pierre Andrevon? On le pourrait.
Si les vrais lecteurs se délectent souvent de grands romans où leur esprit finit par se perdre, nous avons tous près de nos mains et de nos yeux quelques textes concis dont la lecture et la relecture sont des moments d'éveils et de concentration à nuls autres comparables. Ainsi en est-il du "Mariage" qui s'ouvre sur une très belle phrase d'introduction (Il s'était marié par hasard.), de "Dragons" (Autrefois, nous étions une race nombreuse et puissante), de "Manger!" (La vie est dure. Le plus souvent je crève la dalle, si vous voyez ce que je veux dire.) et de bien d'autres. L'amour de la nature, s'il n'est pas automatiquement clamé à tout bout de champ, transpire néanmoins dans quasi tous les textes. Évocations de paysages, d'instants, séquences d'observations, tout est souvent prétexte à rappeler à chacun d'où il vient et où il se trouve. Évidemment, il y a des coups de gueule ou des énervements, dont la conclusion de "L'Histoire de Kropp" fait figure de séquence emblématique. Le texte consacré à "La Télévision" est aussi très réjouissant.
Et puis, il y a cet humour permanent, plus souvent acide que joyeux, qui est une fondation solide et permanente du travail créatif d'un écrivain qui préférera sans doute toujours rire -au finish- de la connerie assez conséquente de l'homme. Mais rire ou pleurer, la frontière est parfois difficile à trouver.
Notons également que Jean-Pierre Andrevon a l'honnêteté de nous avouer le pourquoi de ces textes. Non qu'ils soient le résultat d'une démarche littéraire ou mercantile quelconque, mais tout simplement le fait (simple et limpide) qu'ils sont les enfants d'époques où l'écrivain disposait d'un temps réduit à consacrer à l'écriture.
Et voilà donc, succinctement évoqués, les quarante-quatre textes dont on pourra se délecter. L'ensemble étant augmenté d'une postface de l'auteur, l'illustration de la couverture étant également de son fait.
Un petit regret cependant, on aurait aimé savoir pour chaque texte ou et quand il fut publié et s'il a été revu (ou pas) pour la présente édition. Un constat, 12 euros, c'est forcément trop cher pour un poche de 160 pages et on le regrette. Mais on sait pourquoi. La Clef d'Argent est une petite structure d'édition, totalement indépendante, qui subit les aléas de la diffusion et de la distribution de ses ouvrages. Qu'ils soient le résultat d'un beau boulot d'amoureux du livre et d'une démarche éditoriale intelligente a malheureusement peu d'importance dans l'affaire. Donc on comprend et on pardonne.
De temps en temps, quand on le souhaite vraiment, il faut savoir être généreux avec les écrivains et leurs éditeurs. La non-prolifération d'une littérature standardisée, dont "les professionnels de la profession" nous abreuveraient sans aucun complexe ni remord, est aussi à ce prix.

Stéphane Pons

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Psychovision.net, 25 novembre 2009.

Chroniques de la Terre figée, roman SF jeunesse de Pierre Gemme.

Après s'être fait remarquer en publiant des ouvrages comme Malbosque de Gilles Bailly ou C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre de Jean-Pierre Andrevon, la maison d'édition La Clef d'Argent se lance aujourd'hui dans la littérature jeunesse avec un ouvrage signé par Pierre Gemme, un ouvrage qui donne dans la science-fiction post-apocalyptique, sous-genre qui a tendance à être plutôt sombre et pessimiste.
La Terre s'est arrêtée de tourner sur elle-même suite à une collision avec une comète, et comme on s'en doute, cela a entrainé de graves répercussions et réduit considérablement le nombre d'humains sur terre. De plus, la Terre ayant maintenant une partie tout le temps exposée au soleil et l'autre à l'espace, elle est devenue inhabitable, trop chaude d'un coté et trop froide de l'autre.
Grâce à leur père, un inestimable scientifique, Axel et sa sÏoeur jumelle Nova ont eu le temps de se réfugier dans des grottes. Seule leur mère, hôtesse de l'air, a disparue durant la catastrophe. Mais voilà, les ressources emmenées sous terre par les survivant s'amenuisent de plus en plus. Il n'y a plus qu'une seule solution: allez voir à la surface de la terre si il y a encore des moyens de survivre et des survivants. C'est dans cette mission périlleuse que vont se lancer Axel et Nova.
Avec ce roman qui leur est destiné, nos chers têtes blondes vont donc découvrir les aventures d'héros de leur âge qui communiquent par télépathie dans un futur peu reluisant. Avec eux, ils vont s'embarquer dans un dirigeable, accompagnés de Black leur fidèle chauve-souris, pour découvrir une terre complètement dévastée où survivent uniquement quelques humains, et pas toujours bien intentionnés. Heureusement, il feront également beaucoup d'autres rencontres plus joyeuses.
Mais entre les rencontres inamicales et la natures hostile, les jumeaux vont rencontrer milles problèmes et se sortir de tout autant de péripéties grâce à leur intelligence. Les dangers seront nombreux et les rebondissements aussi. Autant dire que les jeunes lecteurs en quête de sensations fortes en auront pour leur argent et que les trois histoires que contient ce roman tiendront en haleine les jeunes lecteurs! Et tant mieux car c'est visiblement pour eux que ce roman a été écrit.
Même si paradoxalement on peut quand même noter quelques description et passages un peu osés pour des lecteurs aussi jeunes (dont l'un où il est question de cannibalisme). Mais ils sont courts et plutôt rares et donnent ainsi un peu de piment et de saveur à un roman par ailleurs un peu trop aseptisé. Bref, les aventures de ces deux jeunes enfants ne donnent pas uniquement dans la joie.
C'est donc de la SF post-apocalyptique et comme beaucoup de romans de ce genre, Chronique de la Terre figée traite de survie, de manière certes un peu superficielle ici, mais c'est normal puisque s'adressant à un jeune lectorat. Les personnages cherchent donc principalement à chercher de l'eau et de la nourriture, quoi de plus logique ?
Certes, tout n'est pas aussi logique d'un niveau scientifique mais un roman peut bien s'autoriser quelques invraisemblances si c'est pour la bonne cause: divertir... Les lecteurs de l'ouvrage auront bien le temps plus tard de découvrir tous cela durant leur cours de biologie et de physique!
Ces Chroniques de la terre figée est donc un divertissement plutôt réussi pour le jeune public, avec des personnages attachants et dans lesquels les jeunes lecteurs pourront se reconnaître sans problème. L'aventure ne s'arrête quasiment jamais. On peut donc dire que pour leur première ouvrage du genre, les éditions de La Clef d'Argent ont bien réussi leur pari!

Stegg

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La Voix du Jura n°3391, 19 novembre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Des nouvelles qui vous hanteront longtemps.
La bêtise humaine est le point commun des nouvelles regroupées sous le titre: "C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre".
Au dernier salon du Livre en Région organisé a Salins-les-Bains en octobre dernier, j'ai trouvé aux éditions La clef d'Argent, basées à Aiglepierre, un petit recueil de nouvelles de Jean-Pierre Andrevon. Né à Bourgoin-Jallieu en 1937, cet homme semble avoir reçu tous les talents: romancier, nouvelliste, peintre, dessinateur, chanteur.
Père de plus de cent trente romans ou nouvelles, il est considéré par les amateurs de la littérature fantastique comme un auteur incontournable. J'avoue ne pas être un grand amateur de ce style littéraire qu'est la science-fiction. Pourtant je me suis laissé convaincre et me suis décidé à le lire.
Ce recueil reprend une quarantaine de nouvelles, publiées entre 1960 et 2000 dans les journaux Charlie Hebdo, Fluide glacial et jamais rééditées depuis. Le fil directeur de ces écrits, c'est la guerre et ses horreurs. Donner envie de lire des nouvelles est l'une des choses les plus difficiles, les plus compliquées à faire. Il faut savoir en dire mais pas trop, ne rien dévoiler des chutes surprenantes, tout en suscitant l'intérêt. Alors que faire? Plus que de parler des histoires, souvent courtes, parfois juste deux pages, il convient de parler des émotions ressenties. Elles furent nombreuses et parfois contradictoires.
Je suis passé de l'étonnement à l'horreur, de la révolte au plaisir. Toute la bêtise humaine se dévoile au cours de ces 45 nouvelles. «On trouve dans mes textes beaucoup de pessimisme, d'indignations, de provocations, on y trouve ma préoccupation première pour la nature, l'écologie, la sauvegarde de la planète, l'amour des animaux, la haine du fascisme, du racisme, des intégrismes, de toutes les intolérances. Je ne cherche pas, ou peu, à faire passer artificiellement un message, le message se trouve dans l'acte d'écrire, dès la première ligne».
Comment qualifier le style de l'auteur? C'est un très subtil mélange de beauté poétique et d'efficacité romanesque. Mais ne croyez pas que l'humour, dit noir, soit absent de ces lignes, la preuve en est les deux nouvelles, tout à fait étonnantes: "Manger!" et "Goûter, savourer, en reprendre".
Intelligente, fluide, surréaliste, parfois désabusée, aux thèmes très actuels, l'écriture de Jean-Pierre Andrevon nous hante longtemps après avoir refermé le livre.

Roger Badois

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L'Écran Fantastique, novembre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Quarante-cinq textes brefs composent ce recueil à nul autre pareil, d'abord parce qu'il rassemble des écrits dispersés sur quarante ans, ensuite parce que son éclectisme va du fantastique à l'humour noir, de la poésie au pamphlet, de la tranche de vie à la science-fiction et qu'ils sont reliés entre eux au hasard d'une remarque ou d'un détail, comme des éclats de miroirs disposés en mosaïque. En toile de fond la guerre, plus souvent évoquée que montrée (ce facteur éternel porteur de mauvaises nouvelles), quand bien même des soldats sont zombifiés pour continuer à servir de chair à canon. En toile de fond, la femme, les femmes, les amours rêvées et déçues, tout ce qui fait le sel des relations duelles ici racontées avec un fantastique poétique; ainsi, cette compagne partie mystérieusement remplacée par une autre aussitôt installée dans la routine, dont la présence rassurante efface les traces de l'absente mais ajoute les fantômes de leurs premiers émois. Tout ce qui fait Andrevon se trouve ici, comme il l'explique lui-même en postface en tentant de définir comment viennent les idées, ce qui est aussi difficile à expliquer que la façon dont on devient ce qu'on est. On sourit, on frémit ou on médite, passant d'un texte à l'autre avec l'assurance d'entendre la même voix parler de la vie et du temps qui passe.

Claude Ecken

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Les Affiches de Grenoble, 6 novembre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Couper court pour frapper fort.
Par quoi se définit l'art de la nouvelle? Par sa brièveté, assurément. Mais que faire de cette brièveté? Les meilleurs nouvellistes sont ceux qui ont su ériger la concision en arme narrative. Il se pourrait bien que Jean-Pierre Andrevon soit de ceux-là. Écrites entre les années 1960 et le début des années 2000 -- et pour certaines, déjà publiées dans Charlie Hebdo ou Fluide glacial --, ces quarante-quatre nouvelles (dont la longueur varie entre deux tiers de page et onze pages) démontrent tout ce que le laconisme peut avoir de tranchant. L'imaginaire foisonnant du romancier grenoblois s'en donne ici à coeur joie, multipliant les pistes d'intrigues, mais les issues inattendues. Andrevon ne tire jamais à la ligne. Il va au plus court, au plus sec, au cinglant. Il cultive le sens de la chute, qui tombe, inéluctable, comme un couperet. L'humour cruel, propre à notre bonhomme, et son ricanement amer font merveille.
Penchant tantôt pour le cynisme et tantôt pour la poésie, l'auteur souffle alternativement le chaud et le froid. À chaque fin d'histoire, il saisit son lecteur avec une vivacité empoignante. Il est vrai qu'il ne fait pas dans le détail et que ses récits (encore que simples «rognures d'ongles d'existence») ne lésinent pas sur la brutalité et le cynisme. C'est l'histoire, terrible et terriblement banale, d'un amour éperdu qui conduit l'amante au don de soi et à l'abandon radical d'une vie propre -- et d'une vie tout court: «Il lui ordonna de cesser de respirer. Elle obéit.» On songe aux dernières lignes, bouleversantes et tragiques, d'Histoire d'o de Pauline Réage, alias Dominique Aury. Plus loin, c'est l'histoire d'une guerre interminable, dans laquelle les morts eux-mêmes sont appelés à combattre, faute de survivants. Ou bien est-ce l'histoire de ce type qui veut mettre fin à ses jours et qui, àl'instant d'accomplir son suicide, se découvre soudain l'ultime rescapé de l'espèce humaine. Et c'est encore, parmi bien d'autres, cette description méthodique sur les façons les plus idoines d'accommoder et de dévorer le bétail humain: cervelle, jambonneau, plat de côtes et fessiers. Ce petit précis de gastronomie anthropophage constitue, du reste, un morceau de bravoure, aussi délectable que déstabilisant, dans lequel Andrevon fait preuve de sa fausse candeur la plus rouée.
Mais tout n'est pas, bien entendu, d'une noirceur aussi vertigineuse. Et il est des nouvelles au ton plus flottant et aux attendus plus indécidables. Fantaisiste parfois, comme cette passion déraisonnable d'un conducteur mâle pour sa belle automobile, laquelle le trompe nuitamment avec une vieille motocyclette. Ou légèrement ambigu, comme le pillage intégral de ce musée, dans lequel tous les tableaux ont été remplacés par des pastiches malhabiles peints à même les murs et où de vulgaires figurines en plâtre ont été substituées aux statues de bronze et de marbre. S'il se montre, comme à l'ordinaire, sans grande illusion sur la nature des hommes (lesquels ont «trouvé sur leur chemin leurs plus impitoyables adversaires: eux-mêmes»), l'écrivain, pour autant, creuse aussi d'autres veines -- la plus surprenante étant peut-être celle du rêve. «Je devais cette nuit-là avoir rêvé un peu plus fort que d'habitude», confie avec candeur l'un des personnages. Souvent, les nouvelles d'Andrevon sont comme des cauchemars en forme de fables, dont la morale ferait opportunément défaut.

Jean-Louis Roux

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Encres Vagabondes, 31 octobre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Avec C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, La Clef d'Argent a rassemblé des nouvelles que Jean-Pierre Andrevon a écrites entre 1960 et le début des années 2000, et qui jalonnent donc son parcours littéraire. Textes divers, souvent très courts -- parfois pas plus d'une ou deux pages qui aboutissent à une chute fulgurante. On y trouve des histoires brèves où le quotidien bascule dans l'insolite («Le Mariage», «Maternité»), d'autres plus ouvertement fantastiques («La Bête», «Le Château», où le merveilleux onirique s'achève en cauchemar surréaliste), et bien sûr beaucoup de contes qui relèvent de la science-fiction pure. Mais, en dépit de cette variété et des années qui les séparent, toutes ces nouvelles frappent par une parenté d'inspiration et de sensibilité qui permet de dessiner en pointillé un portrait de l'auteur dont on retrouve les thèmes favoris.

Certaines séduisent par une fraîcheur poétique souvent liée à l'évocation d'une nature intacte : «Nous sommes descendus de la montagne par de pentes très douces, à travers des champs dorés baignant dans un air limpide et lumineux. Un vent tiède et léger nous caressait les bras, des oiseaux dansaient en ombres chinoises contre un drap de nuages.» La féerie est alors toute proche, qui permet de bâtir un château «à partir de la sueur des rêves.» «Je me suis réveillé : le château était là, entre deux herbes, juste au bout de mon nez. Je l'ai reconnu tout de suite, c'était bien le mien, celui que j'avais bâti nuit après nuit avec des pierres de rêve et de la poussière de songe. Au petit matin, il avait chu dans mon jardin avec la rosée.» Mais l'humour noir est aussi très présent, comme dans «Antiquités», «Manger!» et «Goûter, savourer, en reprendre», où le narrateur détaille l'art d'accommoder et de déguster un gibier qui n'est autre que la femelle humaine ; «Sur une bête méritoire, le sein doit être rond, ferme, abondant. Coupé net à l'attache du buste, il est immédiatement mis en glacière, fourré de fruits rouges confits, nappé d'un coulis de nougatine, encore que certains préfèrent un panage meringué. On sert glacé.»

L'auteur place de toute évidence les atrocités commises par l'homo sapiens contre ses semblables et contre les autres espèces au premier plan de ses préoccupations. Un très grand nombre de nouvelles décrivent une planète en proie à une guerre totale qui la détruit et en éradique la vie sous toutes ses formes : ainsi, dans «Suicide», un astronaute assiste à l'apocalypse depuis son vaisseau spatial : «Sur Terre, la guerre venait d'éclater. Celle qu'on attendait en priant pour qu'elle ne vienne pas, la Der des der, la vraie, générale et totale, avec emploi massif d'armes chimiques, bactériologiques et nucléaires. (...) Sous les yeux de Fergus, la Terre s'éclaira comme un lampion survolté. Puis la lumière de sang qui la nimbait s'étouffa sous une dense couche de suie semblable à un champ de boue crevassé de bulles méphitiques.» «Verticale de l'Histoire», «Le Trou», «La Pipe»», bien d'autres textes encore dénoncent inlassablement cette folie belliciste dont la fatalité semble inscrite au coeur de l'Homme. Parallèlement, s'exprime une grande tendresse pour la vie fragile et menacée qui peuple la planète, en particulier sous ses formes animales, comme c'est le cas dans «Le Dernier singe». «Dragons» évoque la disparition de l'humanité et son remplacement par une autre espèce. «La Peinture» dessine une utopie esthétique qui se substitue au spectacle de la Terre dévastée.

Enfin, la façon dont l'imaginaire s'infiltre dans le réel enchante souvent le lecteur même quand le propos du texte est pessimiste : une mélancolie cruelle mais teintée de merveilleux nimbe ainsi «Le Facteur» ou «Un Dessin au crayon magique». Dès lors une aube poétique se lève parfois sur le désastre : «De grands bouquets de fleurs blanches et rouges ont poussé entre les maisons, plus haut qu'elles, et dans leurs branches parfois un couple d'amoureux se promène lentement, glissant dans l'ombre verte du feuillage à la manière de ces poissons transparents dans la dense touffeur de leurs algues d'aquarium.»

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, promenade à travers une oeuvre qui s'étend sur plusieurs décennies, réserve de superbes découvertes à qui voudra s'y plonger.

Sylvie Huguet

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Sin' Art, 25 octobre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

La Clef d'Argent aime prendre des risques, publier des auteurs encore méconnus comme Timothée Rey ou Michel Rullier, mais il lui arrive aussi de publier des maîtres incontestés comme Clark Ashton Smith ou de grands spécialistes comme Jean-Pierre Andrevon. C'est ce dernier, bien connu des amateurs de (bonne) SF francophone (au Fleuve, tout d'abord, puis chez Présence du Futur/Denoël) qui sort aujourd'hui le recueil de nouvelles C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre. Grand romancier populaire, styliste accompli, Andrevon, comme nombre de confères issus de l'école Fleuve Noir, a beaucoup produit et touché à tous les genres: SF, on l'a dit, polar et, entre autres , fantastique/horreur. Dans ce domaine cher aux lecteurs de Sueurs Froides, Andrevon, ex de Gore et Angoisse, a signé de remarquables bouquins consacrés aux morts-vivants (Les revenants de l'ombre, le romerien Zombies: Un horizon de cendres), un très bon Sherman (Christine avec un tank, pour faire simple!) et nombre de nouvelles superbes («Une mort bien ordinaire», «Les crocs de l'enfance»). On ne peut définitivement pas aborder la SF ou le fantastique français sans connaître Andrevon! Le recueil publié à La Clef d'Argent regroupe une quarantaine de textes souvent très courts, qui touchent au fantastique ou à une SF proche de la fantasy. L'écriture est très soignée, souvent poétique, le contenu assez intellectuel et ambitieux. Le point commun thématique de la plupart des récits, c'est la guerre et ses horreurs (avec par exemple la génial «Combattant», qui reprend le thème du zombie soldat). Deux textes touchent aussi, excellemment, au cannibalisme («Manger», puis «Goûter savourer, en reprendre», superbement écrit, où l'on découvre combien les femmes sont des créatures délicieuses). Tous ces textes ont été écrit entre 1960 (certains sont peut-être hantés par la guerre d'Algérie) et 2000. Comme Andrevon aime à le faire depuis longtemps, les plus vieux ont visiblement parfois été, peut-être inutilement, actualisés. Encore une fois, insistons sur la force poétique de l'écriture, qui séduira certains tandis que d'autres, assurément, préfèreront le Andrevon romancier, peut-être davantage tourné vers l'efficacité pure. Quoiqu'il en soit, Jean-Pierre Andrevon est, depuis les années 70, l'un des plus grands écrivains de genre français, et ce recueil le prouve une nouvelle fois.

Patryck Ficini

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Yozone, 15 octobre 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:

Depuis plus de vingt ans, La Clef d'Argent publie des textes fantastiques et des essais en marge des orientations commerciales des grands éditeurs. Plus soucieuse de qualité littéraire que de rentabilité, cette petite maison d'édition a développé récemment de nouvelles collections. Parmi celles-ci, «FiKhThOn» est dévolue aux «romans étranges et fantastiques, insolites et inclassables».
Premier volume de cette collection, Malbosque, de Gilles Bailly, répond parfaitement à cette ligne directrice et peut se détailler à partir de trois mots: construction, fusion, déraison.
Construction
La structure du roman apparaît originale et non dépourvue d'intérêt. La première partie est constituée de l'alternance de chapitres narrés à la première et à la troisième personne du singulier. La première personne représente le narrateur, personnage réel, simple héros au sens picaresque ou littéraire du terme, individu parfaitement banal et conventionnel, stéréotype romanesque évoluant dans un monde sans singularité. La troisième personne, double fictif du narrateur anticipée par la description de son physique et de ses préférences dès le chapitre deux, évolue dans un monde qui tourne à la démence. Pour autant, il n'a rien du héros fantasmé à la Walter Mitty de James Thurber ou de l'alter ego surhumain des récits de genre: lui aussi apparaît assez banal, en retrait par rapport aux évènements sur lesquels il n'a pas de prise.
Au chapitre neuf, pivot fictionnel du récit, le narrateur du monde réel, Twingoman, rencontre son double fictif sans pour autant fusionner avec lui. Tous deux, désormais, vivent de concert une aventure oscillant entre le concret et l'imaginaire. Notons que cette rencontre se situe après un passage des personnages sur la ligne de crête, cette ligne qui, dans le roman, tantôt sépare le réel de l'imaginaire et tantôt les unit.
Dès lors, la narration prendra un tour nouveau, et l'alternance des chapitres, dans cet univers hybride, pourra reprendre sur un mode différent: à chaque chapitre à la première personne du singulier raconté par le personnage fictif succède, également à la première personne du singulier, un chapitre narré par le personnage réel. La fin du roman sera écrite par le compagnon du narrateur et de son double, chien à trois pattes un moment transformé en ours, puis en homme, puis en chauve-souris.
Fusion
Dans ce roman, fiction et réalité, métamorphiques et ductiles, se séparent et fusionnent, s'écartent et se rejoignent sans cesse. Il en est de même pour les personnages, depuis le narrateur qui se duplique, se rejoint et se recompose, jusqu'à la plupart des personnages, auto-stoppeuses se fondant en une créature unique ou aventuriers des souterrains se mêlant en un même et unique hominidé. Styles et narrations, au départ distincts --la verve et la gouaille d'un auteur comme Henri Frédéric Blanc, le lyrisme des descriptions, les passages à la Franz Kafka-- fusionnent eux aussi en un final inclassable, volontairement grotesque et démesuré.
Déraison
Le roman ressemble à une longue dégringolade à travers les escaliers abrupts et savonneux du délire. Au fil du récit, la fiction --la démence-- s'installe, croît, enfle, et prend toute sa démesure. Un simple récit de promenade estivale fleurant bon le réel --l'auteur expliquera, dans un entretien accordé à la librairie Soleil Vert, que le roman a été effectivement écrit à partir de ses vacances-- peu à peu bascule dans l'imaginaire débridé, l'humour noir ("La table de camping se déforma sous le choc en une sorte de sarcophage cylindrique fourré à l'homme"), le surréalisme ou l'absurde. Notons, en vrac, un village qui se déplace sous la pression de la forêt, un concile de vampires aux noms excentriques, une Twingo qui se transforme en automobile exclusivement végétale avant de verser vers le règne animal pour finir empalée par un titanesque poignard d'obsidienne et achevée à coups de boules de pétanque, des repas de pipistrelles et de belettes aux champignons, des soupes de loirs et de queues de renards, une armée utilisant des êtres humains en guise de projectiles ("Nous manquons cruellement de munitions, mais, fort heureusement, pas de chair à canons"), un téléphérique steampunk, une Confédération Karstique, une Haute-Rhodanie, et une bibliothèque exclusivement composée de volumes de «Voyage au Centre de la Terre» de Jules Verne.
L'ouvrage n'est pas exempt de défauts. Les passages consacrés au voyage souterrain paraissent étonnamment brefs, comme partiellement escamotés. Même s'il s'agit d'un parti pris, l'aspect volontairement hétérogène nuit à la cohérence du récit, et peut entraîner le lecteur vers un certain décrochement, notamment dans les derniers chapitres, trop longs et insuffisamment structurés. Plusieurs fautes d'accord ou d'orthographe («suffit» pour «suffi»p.15, «tâche» pour «tache» p.75, «avait» pour «avaient» p.87, «reviens» pour «revient» p.157, et «taule» pour «tôle» à deux reprises, p. 108 et 123, alors que l'auteur l'orthographie correctement par ailleurs) sont à noter. Ces coquilles représentent des défauts mineurs --on en retrouve autant, sinon plus, chez les grands éditeurs-- mais une relecture par un tiers aurait sans doute permis de les éliminer.
Lupus in fabula: cette jolie formule de l'auteur pourrait conclure et résumer son ouvrage. Un jeu avec les structures et les styles, divers types de fiction qui se mêlent et se croisent, une lente dérive à travers un imaginaire singulier font de Malbosque un de ces inclassables à tout jamais éloignés du roman conventionnel. Un livre faussement désordonné à lire lentement, à relire attentivement pour en mieux saisir les niveaux et les intrications.

Hilairealrune

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Yozone, 8 octobre 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:

Après les ouvrages de Sylvie Huguet et de Timothée Rey, Peuchâtre et Gésirac de Michel Rullier constitue le troisième volume de la collection KholekTh, dont le programme est résumé par le sous-titre Contes et nouvelles fantastiques: un livre, un auteur. Avec cette collection récente, Philippe Gindre continue, en toute indépendance des modes et des impératifs commerciaux, à donner au fantastique littéraire, délaissé par les grands éditeurs depuis quelques décennies, la possibilité de se faire lire et entendre.
Contrairement aux deux premiers auteurs de la collection, Michel Rullier n'avait, semble-t-il, publié aucun récit avant ce recueil. La tentation était grande de découvrir une par une ces dix-huit nouvelles.
«L'Autre»: quelque chose rôde, terrorise, tue. Les paysans se terrent, réagissent de manière moyenâgeuse, un chasseur affronte le monstre. La France profonde d'il y a trois générations, les paysages, les caractères et les comportements décrits avec soin, à première vue du pur récit de terroir. Pour autant, l'analogie avec des auteurs comme Claude Seignolle dont les histoires, bien souvent, relèvent plus de la réécriture de récits folkloriques que de la mise en scène méticuleuse d'un fantastique littéraire, serait superficielle. En effet, Michel Rullier ne se contente pas de convoquer les ambiances de la campagne profonde, il les tisse et les compose pour terminer sa nouvelle, avec un sens certain de la chute, sur l'ambiguïté chère aux théoriciens de la littérature fantastique.
«L'Ogre»: le titre résume l'histoire, qui ne prête guère à surprise -- du moins, pas à bonne surprise. Plutôt que d'un conte fantastique à proprement parler, il s'agit d'un conte cruel -- abominablement. On retrouve, dans cette nouvelle, la cruauté froide et pure d'oeuvres provenant d'horizons divers comme le «Saturne» de Goya ou «La Poule égorgée» de l'uruguayen Horacio Quiroga. La simplicité du récit s'efface devant la mise en scène méticuleuse de l'inexorable, la gradation lente et insidieuse du doute et de l'horreur. Inattendus, les paragraphes finaux, après le dénouement, apportent au drame une touche supplémentaire de fatalité, à moins qu'ils ne soient là pour suggérer quelque correspondance hideuse, secrète, insoutenable.
«Maître René» plonge, lui aussi, ses racines au plus profond du terroir. Dans ce récit encore, on ne peut s'empêcher de penser à Claude Seignolle. Une particularité intéressante de la nouvelle est, dès les paragraphes introductifs, le parti-pris du non-dit. De fait, presque tout, dans ce récit, est dans l'insidieux, le progressif, le dévoilement de ce que l'on croit redouter, jusqu'à une fin tragique et abominable.
«Le Dieu Ocre» constitue une des nouvelles les plus surprenantes du volume. Elle mêle à un cadre très champêtre une agonie, un cauchemar, un dieu malfaisant. Si l'auteur parle, dans son épilogue, d'une influence méso-américaine, la divinité suggérée dans son texte pourrait sans doute relever du panthéon lovecraftien. Et la fin de la nouvelle, une fois encore, redistribue les cartes en ouvrant de nouveaux abîmes.
«La Nuit des Chats», qui vient grossir la cohorte déjà bien fournie des récits de chats fantastiques, fait penser par certains aspects narratifs à des nouvelles de Jean Ray; si la mise en scène de la terreur est habile, la fin peine toutefois à convaincre.
«Ceux qui régnaient à Charn Hill» met en scène les habitants d'un village qui semblent terrifiés par le surnaturel, mais adorent des dieux anciens. Un récit de paganisme qui fait penser à Arthur Machen, mais dont les éléments, s'ils sont apportés par une écriture soigneuse, sont trop classiques, trop connus des amateurs du genre pour apporter une réelle surprise.
«Le Loup» mêle divers thèmes animaliers -- la domestication d'un animal sauvage, l'appel de la forêt, la bête qui apparaît sur la tombe de son maître -- mais ne relève pas du genre fantastique. Comme le souligne l'épilogue, ce type de récit pouvait frapper il y a quelques générations. On lui trouvera, de nos jours, un intérêt dans l'écriture et dans la description des angoisses des protagonistes beaucoup plus que dans la séquence des évènements elle-même.
«Fontfrède» semble être la seule nouvelle à s'écarter sensiblement de la tonalité globale du volume. Ni récit fantastique, ni récit noir, «Fontfrède» nous semble beaucoup plus relever de la nostalgie ou de l'anecdote familiale que de la nouvelle de genre. Si la malédiction autrefois lancée sur la demeure et ses habitants l'y rattache, si l'ambiance, par moments, paraît la rapprocher d'autres nouvelles de l'ouvrage, sa lecture produit, vis-à-vis du reste du volume, une impression -- par essence subjective -- de rapporté, plus que d'harmonie.
D'autres nouvelles ne relèvent pas non plus du fantastique pur, mais de ce que l'on a l'habitude de regrouper sous le terme générique de récit d'angoisse. Issus de la réalité ou du cauchemar, ils se singularisent par une ambiance particulière. Ainsi des récits comme «Nekr», où un prisonnier se soumet à son destin sans parvenir à savoir quel est exactement ce destin, ses compagnons disparaissant les uns après les autres sans lui laisser le moindre souvenir, «L'interrogatoire» où une simple promenade tourne à l'horreur politique, «Le Diable», qui voit le narrateur assailli par ses démons intérieurs, «La Lionne», suspicion d'une présence animale chez l'humain, ou encore «La Lettre» dont le protagoniste, sous l'effet d'un trou de mémoire, devient hanté par l'idée de la mort. Parmi ces récits d'angoisse, accordons une mention spéciale à deux nouvelles cauchemardesques, «Les Assiettes» pour son inquiétante description urbaine et «Le Cheval» dont la brièveté ne le cède en rien au classicisme du genre. Restent des récits relevant avant tout de la prose poétique, «Birgit», hantise d'une silhouette aperçue, «Le Château», description brève et lumineuse d'une vision d'enfance, et «Le Parfum», qui oscille joliment entre onirisme, hallucination, et, peut-être, réminiscence proustienne.
Que pourrait-on bien reprocher à ce volume? Tout au plus l'ambiguïté du prologue et de l'épilogue, dont on ne parvient à déterminer s'ils sont dus à l'auteur -- pourquoi parler de soi-même à la troisième personne -- ou résultent d'un travail commun du nouvelliste et de l'éditeur. Mais peut-être s'agit-il là de la création volontaire d'une de ces frontières floues, indéfinissables, qui sont l'essence du doute, de l'ambiguïté propres à la littérature de genre.
Pour conclure, les dix-huit récits de ce recueil ne convoquent pas tous ouvertement le surnaturel mais tendent souvent vers l'onirique, comme autrefois ceux de Marcel Béalu, et en cela accentuent l'impression de lire un volume de cette ancienne collection Marabout fantastique qui publia autrefois les classiques du genre. En la matière, Michel Rullier n'assène pas, ne cherche pas l'effet à tout prix, mais plutôt distille, pose ses jalons, pousse ses pièces, et bien souvent convainc. Inconnu, n'ayant semble-t-il rien publié avant ce volume, il ne paraît pourtant guère être un novice en écriture. Le sens des ambiances, la richesse du vocabulaire, le soin apporté à la rédaction de ces nouvelles le positionnent, comme bien de auteurs de la collection précitée, sur cette sente elle-même mystérieuse qui sinue entre récit de genre et littérature générale.

hilairealrune

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Atemporel.com, 5 octobre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Parution [...] d'un recueil de nouvelles de Jean-Pierre Andrevon; Un artiste complet, écrivain de surcroit.
Le livre est déjà disponible en précommande et nous avons pu le lire - webpresse aidant - notamment dans le cadre de notre concours consacré à l'auteur pour la sortie simultanée de ce livre, de son CD,...
Présentation! Lorsque j'évoque l'artiste complet, je suis encore loin du compte! Même la couverture est l'oeuvre de Jean-Pierre Andrevon... 72 ans! Très réussie, elle est à l'image du contenu.
Une fois plongé à l'intérieur, on découvre une sorte de rétrospective de 40 ans de nouvelles, tantôt fantastiques, tantôt SF, mais toujours très bien écrites. Souvent très intelligentes, d'une bonne anticipation, elle révèle parfois l'époque à laquelle elles ont été écrites.
L'ensemble est homogène, fluide et passionant. Chaque nouvelle peut se dévorer dans l'ordre souhaité, selon l'inspiration donnée par le titre et motivant la lecture. Cela sera presque toujours une bonne surprise et le néophyte comme le lecteur expérimenté dans ces genres, y trouveront leur compte... de bonnes lectures.
Plus de 40 nouvelles donc, dans un format très compact ! J'ai une petite préférence pour «Des vacances aux îles». D'une part parce qu'elle sent les années 60 (c'est à s'y méprendre, ou alors je me trompe) et donc un peu «rétro», d'autre part parce que c'est un coup de coeur du fait qu'elle traite un thème que j'avais essayé dans une de mes propres premières nouvelles (certes il n'y a que 25 ans mais je n'ai pas le même âge que Jean-Pierre Andrevon). En tout cas la sienne est parfaite et d'une grande efficacité! Chaque mot et chaque idée est à sa juste place, signes d'une grande maîtrise. L'on est emporté par le style, les idées et... la démonstration de la bêtise humaine.
Car la bêtise humaine, c'est souvent de cela que traitent les nouvelles de ce recueil. D'où le titre quelque peu provocateur [...]. Retrouvez certains textes de cet ouvrage au format audio sur le CD MP3 - qui sort des presses - Quelques pas vers l'enfer, paru chez Livrior : Découvrez ou redécouvrez Jean-Pierre Andrevon, in contestablement un incontournable. Les fans de Barjavel apprécieront, j'en suis sur. Lecture fortement recommandée!!!

Laurent Delin

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Psychovision, octobre 2009.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

Chers amis lecteurs et lectrices, me voilà bien embêté. En effet j'aurais voulu vous éviter la même tirade que je sors à chaque fois que j'écris sur Jean-Pierre Andrevon : «ce type est tout simplement un génie, l'un des plus grands auteurs français, l'un de ceux que j'admire le plus etc., etc.» Mais ce n'est pas encore le cas aujourd'hui et encore une fois l'auteur m'a scotché, troublé, fait vibré, révolté mais aussi fait sourire, rire et bien sûr j'ai adoré ce recueil de nouvelles.
Mais mon trouble est double. Car chroniquer un recueil de nouvelles n'est déjà pas une chose facile - comment parler de tout sans rien trop dévoiler, comment ne pas trahir l'écriture de l'auteur, ses chutes et ses dénouements ? mais alors que dire de celui-ci ! A la rigueur j'aurais préféré un pavé de 600 pages rempli à ras bord plutôt que ce recueil absolument génial et original. Ici nous n'avons «que» 160 pages, un format poche mais bien plus dense qu'un roman de 600 pages, c'est vous dire devant quoi je me trouve ! Et oui car en à peine une centaine de pages Andrevon et son éditeur nous offrent 44 nouvelles et une postface qui à elle seule a mérite que l'on s'intéresse à ce recueil!
C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre est donc un livre bien étrange et fabuleux qui regroupe des nouvelles qui font une page voire trois pages (à la limite de la micronouvelle pour certaines) écrites par Andrevon entre 1960 et 2000. Autant dire qu'il y a ici tout un pan de l'histoire de cet écrivain génialissime qui prouve encore une fois son talent. Personnellement, en tant que lecteur, je ne comprends même pas comment on peut faire! Chacune de ces nouvelles oscille dans des genres différents qui vont de la SF en passant par le surréalisme et qui vont jusqu'au gore parfois, le tout avec un certain engagement entre autre contre la guerre, pour le droit des femmes et avec un certain regard, si typique à l'auteur mais qui semble ici exacerbé, quant à la nature humaine. On sort complètement lessivé, retourné, de ce recueil qui fait mal, très mal, comme un coup de poing en plein dans l'estomac.
Dans certaines nouvelles l'auteur fait parler des marchands de canon, dans d'autre des femmes qui arrêtent de respirer à la demande de leur mari. C'est surtout contre la guerre et la folie des hommes que s'époumone Andrevon mais toujours avec ce style et ce ton si spécial, reconnaissable entre mille, presque désabusé, pessimiste comme si rien ne pouvait changer, comme s'il savait que l'écriture elle-même ne pouvait pas faire avancer les choses... Peut-être est-ce aussi pour cela que certains textes de Jean-Pierre Andrevon parlent, sur un ton quasi surréaliste, de la fuite, de cette idée que l'on pourrait qualifier de misanthropique, de partir loin, très loin des hommes. Ces hommes que parfois monsieur Lune regarde d'un air tendre tout en se disant qu'ils ne valent pas grand-chose! Beau et triste à la fois...
Autre aspect que je trouve très marquant dans les textes de Jean-Pierre Andrevon, et c'était déjà le cas dans Tous ces pas vers l'enfer, recueil parut chez Glyphe et qui m'avait découvrir l'écrivain, c'est la présence constante de la mort comme inéluctable, comme inapprivoisable, comme le fait de l'homme aussi (la guerre encore et le meurtre toujours), comme la solitude ultime et qui offre parfois de superbes pages, drôles aussi parfoisÉ
C'est une évidence, je ne peux pas vous parler de toutes les nouvelles, je ne peux pas rendre avec mes mots toute la force et toute la beauté d'une telle entreprise qui s'étend sur plus de quarante ans et qui se retrouve ici, qui tient là dans le creux de ma main, qui tient dans un sac mais qui, dans mon esprit et dans mon cÏur, prend beaucoup de place comme tous les écrits de l'auteur que j'ai pu lire jusqu'à ce jour. Il y a beaucoup de textes que j'ai aimé, celui sur les cannibales, celui sur ce facteur qui s'annonce sa propre mort, ces brûlots anti-guerre qui sont encore tellement d'actualité, ces récits de pillages absurdes et ces nouvelles qui sont comme de la poésie et qui s'inspirent autant du réel que de l'imaginaire.
C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre plaira autant au lecteur de SF que de fantastique et même aux amateurs de littérature dite blanche! Une Ïuvre universelle, l'oeuvre de toute une vie.
Ces fabuleux textes ont été publiés dans Fiction mais aussi dans Charlie hebdo ou Fluide Glacial à l'époque où la presse était libre, du moins peut-être plus qu'aujourd'huiÉ Ils sont aujourd'hui réunis par l'éditeur La Clef d'Argent et je trouve que c'est un beau pari et une superbe initiative!
J'ai découvert cette maison d'édition il y a peu, avec le roman de Gilles Bailly, Malbosque, un roman hors norme et superbe. Je ne connais pas plus que cela leur catalogue mais c'est une évidence pour l'instant cette maison ose, elle sort des sentiers battus, publie autre chose, cherche la différence et sincèrement c'est une belle réussite qui a tout mon soutien ! Des livres comme celui de Jean-Pierre Andrevon ou celui de Gilles Bailly sont rares, trop rares, ils bousculent les conventions de l'écriture et par là même ils bousculent le lecteur.
C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre (que dire de ce titre sublime qui à lui seul résue l'oeuvre ?) c'est surtout du grand Andrevon, un très bel ouvrage et une belle initiative de La Clef D'argent!

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Phénix-Web, 21 août 2009.

Le Codex Atlanticus 18:

«Anthologie permanente du Fantastique», le Codex atlanticus lequel 'paraît théoriquement une fois l'an, au solstice d'été, quand tout va bien' perpétue la tradition de l'anthologie purement fantastique contrairement à celles de Fantasy qui encombrent les rayons des librairies.
Souvent de qualité supérieure, le présent Codex est malheureusement plutôt moyen en ce qui concerne la qualité des textes retenus. Les auteurs sont presque tous jeunes, et peu publiés. Je retiendrai Bouquets épars au bord des routes, bel exemple d'horreur contemporaine, situé dans l'ambiance froide d'un motel Formule 1 ou le très beau Désert de Catherine Bord, unique incursion SF du recueil. Alexandre Mercereau est, quant à lui, un «ancêtre» (1884-1945), et sa nouvelle L'Homme est un bel exemple de fantastique canonique pur et dur, centré sur une apparition monstrueuse que l'on ne verra jamais. La bibliothèque d'Anne Morin mêle Kafka à Borgès. La main gantée d'Annick Perrot-Bishop est un joli pastiche de Maupassant, et Murat, de Philippe Bastin, bien écrit, plus policier que vraiment fantastique, se laisse lire avec agrément. Le restant est plus anodin.
Le Codex nous doit une revanche.

Bruno Peeters
Note du webmaistre: On y travaille! Même si cela n'a peut-être pas forcément tant d'importance, on ne peut pas vraiment dire que les auteurs de ce volume 18 sont presque tous jeunes et peu publiés. Sans être d'âge canonique, les plus jeunes ont déjà dépassé la trentaine et la moyenne d'âge est de 45 ans. Et ces auteurs ont quasiment tous été publiés à plusieurs reprises, en anthologie ou en volumes, souvent chez des éditeurs de large diffusion comme Actes Sud, Nuit d'Avril, La Différence, Le Rocher. Enfin, on a parfois tendance à confondre la qualité intrinsèque d'un texte avec l'adéquation de son style à nos goûts personnels. Si on compare ce Codex-ci avec le précédent, c'est peut-être un peu ce qui vous arrive ici. :) Mais il serait intéressant d'entrer dans le détail en comparant justement ce Codex-ci avec les précédents, qui vous semblent plus réussis, et en précisant surtout ce qui fonde pour vous la qualité d'un texte.

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Psychovision, 11 août 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:

J'ai lu Malbosque, d'une traite, en un après-midi, captivé par les mots, la poésie, l'histoire. Les yeux écarquillés, je suis arrivé à la dernière page, j'ai fermé le livre et j'ai relu certains passages car une question cruciale tournait en boucle dans ma tête : qu'est-ce que je viens de lire? Généralement, quand je me pose ce genre de question, soit le livre est vite oublié soit c'est que j'ai pris une telle claque que je sais que j'aurai du mal à m'en remettre. Pour Malbosque on est dans le second cas... Et là je suis bien embêté, seul devant mon ordinateur, car je dois écrire une chronique d'un livre étrange, barré, à la limite des genres et je suis presque dans l'incapacité de vous raconter ce qui se passe dans l'oeuvre de Gilles Bailly. Malbosque c'est à la fois du fantastique qui s'en va côtoyer le surréalisme, c'est à la fois de la science-fiction qui s'accoquine avec l'absurde, c'est l'histoire d'un écrivain perdu et d'un paradis perdu, l'histoire d'une rupture et de plusieurs métamorphoses. Une réflexion kaléidoscopique sur un monde, le nôtre sans doute...

Un écrivain en mal d'inspiration s'en va se perdre dans une France sauvage et il rencontre un village qui avance, un règne végétal nouveau qui transforme les Twingo en voiture de bois, une communauté étrange (c'est le mot qui définirait d'ailleurs le plus l'ouvrage) qui brûle le passé et le moderne pour s'approcher de la nature. Et bientôt, on plonge dans une aventure proche de Jules Verne et de son "Voyage au centre de la terre". L'écrivain est d'ailleurs cité, malmené aussi. Une plongée dans les profondeurs du monde qui change les gens, une quête initiatique, une randonnée dans le bizarre. Les personnages sont-ils plusieurs, sont-ils un, se métamorphosant jusqu'au tout, jusqu'au un. Peut-on parler de recherche d'harmonie? De fable écologique? De conte humaniste? Gilles Bailly joue avec tout ça, joue avec le lecteur, multiplie les points de vue, de la focalisation interne à la focalisation externe, nous fait perdre nos repaires, toute notion du temps et même de notre époque. A la fois une écriture sombre et parfois même un brin désabusée, une histoire labyrinthe mais un labyrinthe à la fois végétal et minéral. En lisant Malbosque, plus que des réponses ce sont des questions qui viennent à l'esprit du lecteur, comme s'il était difficile dés la première lecture de saisir l'oeuvre dans sa globalité. Malbosque mérite non pas une lecture mais une multitude de lectures pour une multitude d'interprétations. OEuvre tiroir, il nous faut chercher les clés et impossible de devenir lecteur passif devant un tel roman. On s'interroge sur le rapport homme-nature-végétaux. On s'interroge sur notre monde et sur nous même. Malbosque remet en question... L'écriture de Gilles Bailly est étrange, poétique, sombre, bourrée de belles trouvailles pour une histoire inracontable, à la limite de la folie. Lire Malbosque est une expérience unique, que l'on aime ou pas d'ailleurs, l'expérience reste, comme la première fois que vous lisez un roman surréaliste ou la première fois ou vous vous penchez sur le génialissime Kafka. Il faut avancer dans le roman comme on avancerait dans une jungle, il faut peu à peu défricher et se laisser surprendre par ce que l'on peut trouver dessous les lianes, ses ou son personnage(s), ses lieux étranges, son écriture bizarre mais agréable, ses aventures loufoques. Une aventure unique.

Et voilà, j'arrive à la fin de cette chronique et je me rends compte que je ne peux pas vous en dire plus. D'abord car Malbosque est une expérience qui se vit mais qui ne se raconte pas, ensuite car vous en dire plus viendrait à déflorer le mystère et à faire de l'ouvrage une analyse détaillée (et il y a de quoi faire!). Au final Malbosque est un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un roman hybride, envoûtant, et qui mérite plus qu'un coup d'oeil. Je ne peux que saluer le courage et la détermination de La Clef d'Argent qui a décidé de publier ce roman, pas forcement facile au premier abord, et qui inaugure ainsi leur nouvelle collection "FikhThon". Bravo à eux et si la suite de cette collection est aussi bonne, alors c'est merveilleux!
Je ne peux que vous inviter à plonger dans cette expérience unique et vous en sortirez changés!

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ActuSF, 22 juillet 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
Gilles Bailly, écrivain connu pour ses nouvelles fantastiques parues dans de nombreuses revues dont le Codex atlanticus, signe ici avec Malbosque son premier roman.

De l'utopie à l'enfer
Malbosque s'ouvre sur l'histoire d'un écrivain en quête de substance. Il décide alors de quitter son quotidien pour suivre les chemins vers lesquels le mène sa voiture: «celle qui lui murmurait qu'un génie dormait en lui.....il n' avait plus toute l'éternité devant lui». Son arrivée en pleine campagne le projette peu à peu à la frontière du réel, du fantastique et de l'absurde. C 'est au détour de ses nombreuses rencontres que le récit dérive. Sa rencontre avec deux jeunes filles machiavéliques, un village qui change d'endroit tous les mois, un bûcher tout de patchwork de ferrailles et des réseaux de galeries interminables, sont autant d'éléments qui vont le pousser peu à peu à rejoindre un autre groupe d'individus en quête d'une autre vie. Le mode de vie communautaire et le fantasme de l'autarcie tournent alors au cauchemar. Dans Malbosque, «L'enfer c'est les autres», «les éléments», «soi».

L'odyssée
Malbosque pourrait être l'expression du mélange de Huis clos, pour la promiscuité et le caractère beaucoup «trop» humain des personnages, de Cube pour les labyrinthes réels et métaphoriques dans lesquels ils sont enfermés et de L'Odyssée, pour la lutte contre les éléments et l'apport initiatique de leur quête utopiste. Malbosque c'est l'histoire d'un périple difficile à suivre, du point de vue temporel pour commencer, mais aussi topographique, les lieux changent très rapidement, les personnages aussi. Il est parfois difficile de saisir les passages des frontières entre réel et fantastique et de saisir à quel moment les protagonistes sombrent dans la folie. Le voyage au coeur de la campagne française se transforme alors assez vite en une expédition dans des couloirs sous terrains qui mèneront certains personnages à leur perte. Pour d'autres, cette expédition s'ouvre sur la découverte de pays lointains où l'imaginaire et le réel coexistent facilement, avec comme point commun une certaine idée de la cruauté.

Une belle alchimie
Malbosque est en fin de compte le résultat d'une alchimie réussie et originale, dans le fond aussi bien que dans la forme, où se mêlent avec subitilité plusieurs dimensions et plusieurs niveaux de lecture. Gilles Bailly joue avec les symboles, les codes et entraîne le lecteur dans un labyrinthe inattendu, frôlant parfois l'absurde. Malbosque est un roman qu 'on prend plaisir à relire pour mieux saisir tout ses aspects et reconstituer le puzzle qui amene les protagonistes à leur destination finale, totalement métaphorique.

Axelle

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Sueurs Froides, juillet 2009.

Le Codex Atlanticus 18, anthologie permanente du fantastique:
Comme tous les ans, La Clef d'Argent sort un nouveau numéro (le 18) de son anthologie fantastique, Codex Atlanticus. Si la couverture une nouvelle fois signée Mélusine est encore plus belle que celle de l'an dernier, regrettons que les 100 pages du recueil ne comportent aucune illustration. C'est sans doute la passion qui nous fait parler, mais on rêverait de voir des nouvelles illustrées aussi talentueusement. Cela donnerait assurément un plus à un ouvrage à la qualité d'écriture et d'inspiration tout bonnement excellente. Bien sûr, sur 16 nouvelles, on est libre d'en préférer certaines, tandis que d'autres nous toucherons moins, mais globalement, le tout est extrêmement professionnel. Pour notre part nous retiendrons cett année l'angoissant «Bouquets épars au bord des routes", une nouvelle d'horreur de Timothée Rey, la version macabre de Cendrillon par Amelith Deslandes (son recueil chez Nuit d'Avril est à ne pas manquer !), ou encore «La main gantée» de Annick Perrot-Bishop, du fantastique classique impeccable, effectivement dans la lignée de celui d'un Maupassant. Certains textes cherchent à faire peur, d'autres à inquiéter, tandis que d'autres encore apportent une vision plus décalée ou poétique du fantastique. Un genre d'une richesse infinie, amoureusement traité par le Codex Atlanticus.

Patryck Ficini

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Yozone, 22 juillet 2009.

Le Codex Atlanticus 18, anthologie permanente du fantastique:
Ce dix-huitième numéro du Codex Atlanticus est plus épais d'une vingtaine de pages que son prédécesseur de l'année passée et son sommaire est aussi plus fourni (16 textes au lieu de 9). Mélusine illustre à nouveau la couverture et donne le ton. Et qu'en est-il du contenu?
Plutôt que de parler de chaque nouvelle, choisissons de nous arrêter sur les plus marquantes. En bien ou en mal...
Les courageux parviendront peut-être à finir «La konfrairi» de Laurent Bayssière, texte abandonné pour ma part au bout du premier paragraphe, car écrit, à dessein, de façon illisible. Alors que Daniel Keyes se sert à merveille de cet artifice pour illustrer son propos dans «Des Fleurs pour Algernon», là les trois pages semblent interminables... et elles le sont!
Après cet intermède à oublier bien vite, attardons-nous sur le meilleur:
Avec «Bouquets épars au bord des routes», le quotidien selon Timothée Rey dérape. Il détourne avec brio une triste réalité et y rajoute un zeste d'horreur. Beau texte qui confirme tout le bien que l'on pense de cet auteur qui monte.
Catherine Bord réussit la performance de s'inviter dans une anthologie de fantastique, avec «Désert», une nouvelle de science-fiction. En plein rite initiatique, une jeune fille rencontre un homme dont le vaisseau s'est échoué sur sa planète. C'est beau, bien écrit et rappelle un peu la thématique de Ursula Le Guin dans son cycle de l'Ekumen. Une réussite qui trouve ainsi sa place au sommaire.
«Je vis dans ton placard», miniature de Santiago Eximeno, traduite de l'espagnol, fait mouche en quelques lignes. Rien que le titre en dévoile déjà beaucoup. Une short story menée de main de maître!
Ce numéro du Codex Atlanticus nous permet de découvrir Alexandre Mercereau (1884?1945), à travers une biographie intéressante et fort documentée, et «L'homme», une de ses créations, nous parlant d'une maison hantée par un défunt qui pollue toute la vie d'un village. Beau coup de loupe sur le monsieur!
Auteur du recueil «Les Loges Funèbres» et de textes épars dans quelques fanzines et revues, Amelith Deslandes est un auteur rare et à ne surtout pas rater. Il a l'art de surprendre les lecteurs. «Les crochets et la soie», où une fillette présente un spectacle de marionnettes à un public attentif, ne déroge pas à la règle. Superbe!
Philippe Bastin qui s'était déjà fait remarquer dans le numéro 17 récidive avec «Murat», où un prêtre rude terrorise les enfants lors du catéchisme. Après lecture des deux dernières livraisons de cet auteur belge au Codex, cela n'est que justice de le retrouver régulièrement au sommaire.
«Puerto deseado» nous présente une histoire de vengeance sur laquelle Victor Parral ne s'attarde pas. Il laisse délibérément des éléments dans le flou et éveille l'imagination des lecteurs quant aux rapports entre les deux personnages principaux. Un brin de mystère, un sujet grave avec de petites touches de dérision et le résultat ne passe pas inaperçu.
«La main gantée» d'Annick Perrot-Bishop (un pastiche de Maupassant), «La bibliothèque» d'Anne Morin et «Retour» de Liliane Gray méritent aussi d'être cités.
Quincampoix et Coolter terminent cette dix-huitième livraison de façon très originale. Parviendront-ils à s'échapper des pages du Codex Atlanticus? Il faudra attendre l'année prochaine pour le savoir.
Vous l'aurez compris, ce numéro vaut le détour, car la plupart des auteurs s'avèrent bien inspirés et nous font passer un bon moment de lecture. Rendez-vous est donc pris pour le prochain.

François Schnebelen

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Librairie Soleil Vert, 18 juillet 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
Voilà bien un roman atypique, de ceux que l'on croise, rarement, mais qui existent. Conçu comme une succession de chroniques, voire de nouvelles, il nous entraîne à la suite de ? dans ses pérégrinations insolites, loufoques, merveilleuses, fantastiques, disjonctées, jamais glauques. Dans ce très bizarre récit de voyage, l'on croise l'ombre de Stevenson, de Jules Verne, de Walt Disney. On passe par les Cévennes, on remonte jusqu'à la chaîne des puys par où s'entrouvrent quelques tunnels menant jusqu'en Italie et à la limite de L'Europe de l'Est. Chaque étape est une rencontre, un brin de folie ou de rêve éveillé. On y devine constamment le souci de l'humain, de l'environnement, de l'idéal sous leur forme les plus surréalistes qui soient.
Avec Gilles Bailly, vous prendrez votre premier ticket pour un voyage étrange, onirique, souvent drôle, vous circulerez dans une voiture toute de végétal conçue, vous croiserez Tabouret, le chien à trois pattes, qui plus tard se transformera en ours (vous êtes prévenu), quelques vampires vous hébergeront, toute une faune sauvage suivront vos pas, écureuils, lézards, pipistrelles (qui se dégustent aussi, aux champignons, quand on n'a plus le choix)... Mais dans ce paysage fantaisiste, il y a aussi des ombres, une réflexion sur notre société, sur les rassemblements faussement anticonsuméristes, sur l'hypocrisie, l'Utopie, l'Europe et l'éclatement paradoxal de nos provinces... et il y a Malboque, un village qui se déplace; donc même quand on tombe dessus, on est jamais sûr de pouvoir y revenir. Aussi, jusqu'à la fin, il restera une sorte d'Arlésienne et quand on y revient, il a changé, comme l'auteur.
Ce premier roman recèle malgré tout quelques imperfections qui sont à noter. Si la narration partait sur des textes très courts, avec même une structure élaborée de chapitres écrits une fois sur deux à la première ou à la troisième personne, sauf le premier avec la forme "nous", on peut rencontrer une certaine lassitude dans les derniers chapitres, beaucoup trop longs, injectant tant et tant d'idées et de loufoqueries qu'on s'y perd et le schéma aussi. De chroniques, on passe à de vraies nouvelles mais qui déséquilibrent l'ensemble. Il n'y a plus vraiment de structure. Même si l'on comprend le cheminement intérieur et extérieur du héros, tout délirant soit-il, on a complètement occulté le point de départ, la recherche d'inspiration. A défaut de celle-ci, peut-on au mieux se dire que le héros a ouvert les yeux sur une réalité qui lui échappait. Toutefois, on aurait pu s'attendre à la fermeture d'une boucle, un retour aux sources de son aventure, un renvoi vers l'écrivain en manque d'idées ("Un polar, peut-être ?").
Heureusement, d'inspiration, Gilles Bailly n'en manque pas. Il y a donc à parier que nous le recroiserons encore dans les méandres de l'imaginaire.

Herveline Vinchon

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Atemporel.com, 15 juillet 2009.

Le Codex Atlanticus 18, anthologie permanente du fantastique:
Nous vous parlions déjà du numéro 17 du Codex Atlanticus l'an dernier, de manière un peu plus sommaire. Revue de détails pour ce 18ème numéro, paru comme le veut la tradition pour le solstice d'été.
Philippe Gindre nous présente une édition à nouveau très soignée. Qualité de l'ouvrage, par les matières et la mise en page, couverture remarquable signée Mélusine... tout se prête à s'aventurer au long des treize nouvelles que compte le Codex Atlanticus 18.
Certes on retrouve quelques habitués de la Clef d'Argent, comme Timothée Rey, quelques reprises aussi, mais l'ensemble dépaysera tout lecteur à coup sur. Chaque nouvelle est bien présentée, notamment par l'insertion d'une mini biographie de l'auteur. De fait la vocation anthologique du Codex Atlanticus est tout à fait suivie: nombreux auteurs, nombreux textes différents et des auteurs plus ou moins connus.
La Clef d'Argent en termine d'apporter sa patte: très bonne qualité (l'éditeur associatif nous y a habitué), mise en page propre, voire originale... et de belles trouvailles! La mer reviendra à Wattebléry, d'Arnauld Pontier, à notre préférence. A noter, en clôture de l'ouvrage, un clin d'oeil aux personnages de Jonas Lenn, Coolter et Quincampoix. La note d'humour fantastique, très décalée et originale dans sa recherche... graphique, tombe à point pour donner envie de patience pour attendre le prochain solstice d'été.

Laurent Delin

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Yozone, 13 juillet 2009.

Le Codex Atlanticus 17, anthologie permanente du fantastique:
Chaque année, La Clef d'Argent nous présente son anthologie de textes fantastiques: le Codex Atlanticus.
Sous la sobre et belle couverture de Mélusine, onze textes figurent au sommaire de ce numéro 17.
Quelques uns sont très courts («L'épitaphe» de Jean-Jacques Nuel, «Une flaque» de Denis Moiriat et «L'exclusif» de Gilles Bailly) et comptent parmi les moins convaincants. Un traitement trop rapide, pas vraiment de chute, un sujet trop léger nous les font oublier très vite.
«Pierre d'homme» de Christian Hibon et «Reflet» de Franck Denet, un peu plus longs, tombent dans les mêmes travers. Pour le premier, on a du mal à savoir où il veut en arriver et pour le second, inspiré du «Portrait de Dorian Gray» d'Oscar Wilde, la fin est beaucoup trop rapide pour y adhérer.
«Extension du domaine de la punition» de Timothée Rey se veut humoristique et, si je l'aurais bien vu dans l'anthologie «Conquêtes & Explorations Infernales», dans ce numéro du Codex Atlanticus versé dans un fantastique sombre et classique, son registre détonne. De plus, son auteur, très prometteur, n'est pas très inspiré et fait un peu dans la facilité.
Michel Rullier, avec «Peuchâtre et Gésirac», traite de l'ogre évoqué pour effrayer les enfants. Les contes ont souvent un fond de vérité et le personnage le découvre à ses dépens. Sans atteindre des sommets, il s'avère meilleur que les productions citées ci-dessus.
Quatre textes se démarquent du lot. Par ordre d'apparition: «Les livres invisibles» de Philippe Vidal nous présente un écrivain qui utilise une encre de sa composition et qui disparaît aussi vite qu'il écrit. Plutôt que d'enlever de la matière à la réalité, il préfère ce moyen de création, générateur de changements. Original et intéressant.
Dans «Victor Skopein n'est pas mort», Jean Effer se sert d'une structure éclatée où l'ordre chronologique des évènements est chamboulé. Surprenant par sa construction et par les temps employés, mais justifié par ce qui arrive au personnage. Un beau travail effectué sur ce texte.
Dans une section abandonnée d'un canal rôderait une menace. Affabulations d'un vieil homme ou réalité? Selon Philippe Bastin («L'homme-crochet»), on ne serait en sûreté nulle part. Dérangeant et bien présenté.
Avec «La sagesse du fossoyeur», Stéphane Mouret clôt cette anthologie de fort belle manière. Un jeune homme simplet trouve sa vocation lorsqu'il voit le fossoyeur du village creuser une tombe. Il devient son apprenti puis son successeur et, lors des enterrements, il semble parler à quelqu'un que personne n'aperçoit. Sous des airs assez classiques, Stéphane Mouret signe là un très beau texte, tout en finesse.
Finalement, même si le niveau des nouvelles présentées apparaît inégal, l'initiative de publier une telle anthologie de fantastique est à saluer. Selon les sensibilités, chacun y trouvera son bonheur et gardera certaines images fortes en tête.
Il est à noter qu'aucun éditorial n'ouvre la revue, mais que l'avant-dernière page nous narre une bribe des aventures de Quincampoix et Coolter, prisonniers des pages du Codex. Une trouvaille originale et plaisante!
On peut se procurer ce numéro, ainsi que les anciens, sur la page dédiée au Codex Atlanticus. Et pour découvrir cette anthologie, il y est même possible de télécharger un numéro virtuel, en plus des premières parutions épuisées. N'hésitez donc pas à suivre le lien.
En tout cas, rendez-vous est déjà pris pour la cuvée 2009!

François Schnebelen

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Encres Vagabondes, 11 juillet 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
Avec Malbosque, La Clef d'Argent inaugure la collection FiKhThOn, consacrée aux «romans étranges et fantastiques, insolites et inclassables». Inclassable, le livre de Gilles Bailly l'est assurément, qui brasse le fantastique, la science-fiction et l'humour noir avec une originalité certaine et parfois déconcertante. Le roman se présente comme une succession de chapitres assez brefs, qui fait alterner les points de vue des deux personnages centraux, d'ailleurs voués à se rencontrer et à se lier d'une amitié étroite puisqu'ils sont en fait «les deux facettes d'une seule et même personne.» L'un d'eux est un marginal sans occupation précise, l'autre un écrivain raté en quête d'inspiration, et tous deux, avant de croiser leurs routes, parcourent les montagnes d'un Massif Central évoqué non sans réalisme, où ils vont partager une expérience de «reconversion civilisationnelle» dont les acteurs se sont installés sur les hauteurs du Puy Mary. Suivent des aventures des plus insolites, dont un voyage au centre de la Terre qui se réfère explicitement à Jules Vernes, tandis que l'Europe se décompose en micro états instables comme la «Principauté Cunéo-Niçarde» ou la «Vénéto-Padanie».
Au fil du texte, le lecteur va de surprise en surprise : il tombe sur des trouvailles poétiques, comme ce pacte avec le règne végétal que conclut l'un des personnages dont la voiture se transforme à l'avenant : «Ma nouvelle auto est un petit bijou de menuiserie et de marqueterie. Carrosserie en liège, volant en bois d'olivier, tableau de bord en ronce de noyer. Les fauteuils sont des structures de rotin recouvertes de mousse, les pneus des sphères de résine souple. Une merveille de technologie naturelle!» De même le village de Malbosque, qui donne son nom au livre, a-t-il la possibilité de se déplacer dans l'espace. Les personnages du roman sont aussi sujets à des métamorphoses, comme le chien Tabouret qui se transforme d'abord en ours, puis en humain, tandis que d'autres fusionnent pour former une entité nouvelle, et devenir «un être plus équilibré, plus vertueux, plus généreux que ses deux "jumeaux"». D'autres passages révèlent un humour noir très décalé, comme lorsque les membres de l'expédition partie explorer le volcan recourent tout naturellement au cannibalisme, ou lorsque la communauté du Puy Mary est assaillie par un bombardement de corps humains, l'armée prenant à la lettre l'expression "chair à canon" et utilisant ses propres soldats comme projectiles. De là des images d'une macabre étrangeté, comme celle des «cadavres qui jonchaient le sol sur plusieurs mètres d'épaisseur. A perte de vue. (É) Seul le temple de pierre avait tenu bon. Il gisait actuellement sous trois à quatre mètres de profondeur, enfoui sous l'amoncellement, si bien qu'il leur avait fallu pratiquer un tunnel dans la masse des cadavres pour atteindre l'air libre.»
Contrastée, volontairement disparate et pourtant cohérente dans les choix qu'elle assume jusqu'au bout, l'esthétique de cet OVNI littéraire, qui se lit avec beaucoup de curiosité, n'est pas sans rappeler celle d'un surréalisme friand de rencontres bizarres, comme celle, pour reprendre la formule d'Isidore Ducasse, d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection.

Sylvie Huguet

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Le Dauphiné Libéré, 8 juillet 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
Il est professeur d'italien au collège de Fontreyne. Depuis une dizaine d'années, Gilles Bailly, nouveau haut-alpin qui a choisi de vivre en terre ancellus, aime poser des nouvelles «insolites et insolentes, caustiques et poétiques» dans différentes revues comme Codex Atlanticus, Hespéris, Le jardin d'essai.
Il y a deux ans, il s'est enfin décidé à signer un premier livre, «Malbosque», un opus oscillant entre science fiction et poésie, entre fantastique et roman noir. «C'est tout à la fois. Il est même inclassable. A priori, on pourrait dire que c'est un recueil de nouvelles, puisque certains chapitres sont autonomes. Mais c'est aussi un roman avec des personnages qui évoluent au fil des pages», confie l'auteur qui s'est fait éditer par «La clef d'argent», maison spécialisée dans la littérature fantastique.
Poétique et décalé.
«D'ailleurs, l'itinérance des personnages est une constante », raconte celui qui a trouvé l'inspiration sur les sentiers montagneux du Massif Central. «Je ne connaissais pas la région, je suis parti à l'aventure avec ma Twingo devenue un des personnages de l'ouvrage. Pour appréhender cette nature intacte qui, bien plus qu'un décor, est elle aussi, tout au long des pages, un personnage.
J'ai aimé cette ambiance abandonnée. J'ai enregistré mes impressions sur un dictaphone, et au retour, j'ai retranscrit ce qui allait devenir ma base d'écriture.»
Gilles confie volontiers qu'un des deux héros est un avatar de lui, un écrivain raté qui part chercher l'inspiration dans la France profonde, dans un mystérieux village qui se déplace, lors de ce périple dans les entrailles de la terre. Et son ton décalé ne laisse pas de place* à une compassion affichée pour la condition humaine.

Agnès Braisaz
* Sic. pour "laisse toujours place".

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Epicure, juin 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:
Est-ce le contexte «rural» de la plupart de ces contes, ou les recours aux ogres, aux loups, à des formes fantastiques déjà rencontrées, il y a longtemps, chez Poe et Maupassant par exemple, mais rarement revus depuis -- ou alors pas de cette manière? Toujours est-il que certains de ces contes nous rappellent avec une heureuse nostalgie nos lectures enfantines et collégiennes depuis longtemps enfuies. Mais attention: donner le frisson n'est pas à la portée de tout le monde. Le style a ses exigences. Et puis, il s'agit bien de contes: il faut donc un conteur, plus qu'un narrateur -- la nuance est d'importance. Michel Rullier en est un. il n'a pas oublié que son lecteur a ses cinq sens. il réussit à les tenir en éveil et offre une lecture presque tactile, odorante, pourvoyeuse de sensations physiques et immersive: le lecteur EST là où ça se passe, tenu en haleine comme un enfant -- encore -- lors de la veillée d'antan, lorsque les anciens, assis au coin de l'âtre, contaient les légendes locales au bruit du feu qui crépitait. Enfin, on imagine... Foutue télé qui a tout gâché.

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Atemporel.com, 19 mai 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
Étrange est l'adjectif qui convient le mieux à ce premier livre de la collection FiKhThOn. Étrange d'une part parce que le livre est quelque peu surréaliste, d'autre part parce qu'il s'agit là d'un roman fantastique aux frontières de l'étrange. Assez déroutant, il est quelque part dans l'esprit d'un certain Douze mètres cubes de littérature, de Roland Fuentès.
À la différence près que Douze mètres cubes de littérature est un recueil de nouvelles. Malbosque est un roman! Et c'est là que Malbosque en devient plus étrange encore, c'est qu'il peut se lire comme un recueil de nouvelles. J'ai d'ailleurs par erreur commencé la lecture de l'ouvrage en lisant des chapitres au hasard. Et en fait cela n'a pas trop gêné la compréhension du texte et de la trame. Comme des sauts dans l'espace, voire le temps, j'étais happé par cet univers déroutant présenté par Gilles Bailly. Un univers étrange et déroutant donc, pour une trame qui l'est tout autant, mais pour un ensemble on ne peut plus fantastique et cohérent. En espérant que le second titre de la collection soit du même calibre.

Laurent Delin

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Sueurs Froides, mai 2009.

Malbosque, roman de Gilles Bailly:
«La pluie d'hommes! La pluie d'hommes! La pluie d'hommes a repris!»
Les vaillantes éditions de La Clef d'Argent lancent aujourd'hui une nouvelle collection de romans «étranges et fantastiques, insolites et inclassables». Et bien, le moins que l'on puisse dire est que le premier roman de Gilles Bailly, jusqu'à présent connu pour des nouvelles publiées en revue, correspond vraiment à cette définition. Malbosque, qui ne plaira pas à tout le monde tant il est singulier (et ce n'est évidemment pas son but), est un objet littéraire non identifié, où l'on trouve un peu de tout: un «voyage au centre de la terre», des références à Walt Disney, une armée qui bombarde l'ennemi avec des corps humains, une voiture végétale, un chien métamorphe nommé Tabouret, des soeurs siamoises et des vampires, le tout dans une atmosphère surréaliste qui évoque parfois l'immense Boris Vian. L'écriture, classique quant à elle, sert efficacement le propos, même si ses choix narratifs peuvent prêter parfois un peu à la confusion, dans une histoire qui est elle-même plutôt compliquée. Une chose est sûre, Malbosque est un roman que l'on peut (vraiment) qualifier de bizarre, à l'univers riche et pour le moins original.

Patryck Ficini

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Phénix-Web, 1er mai 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:
Les amateurs de fantastique rural vont être gâtés: voici un recueil de contes qui sent bon la terre, la campagne, les bêtes, le Diable... L'auteur nous était déjà connu par le récit titulaire, paru dans le Codex Atlanticus n°17. Récit reprenant un vieux thème de contes, celui de l'ogre.
On y remarquera surtout un style fouillé, recherché, travaillé à l'extrême, et qui se complaît dans des descriptions somptueuses de phénomènes naturels tels ici qu'une bourrasque en forêt. Dans la nouvelle initiale, L'Autre, il s'agira d'un orage: «Alors, énorme, un roulement s'empara de l'espace, voix de basse qui n'en finissait plus d'épandre son courroux, grandiose bouleversement du ciel, de fond en comble, répercuté jusqu'aux entrailles de la terre ébranlée, prête à basculer». L'Autre est un gigantesque loup qui terrorise le pays. Ces deux nouvelles, relativement longues, montrent l'auteur sous son meilleur aspect, celui d'un conteur sculptant un décor splendide et sauvage pour y inscrire le fil, parfois ténu, de son intrigue. Un autre exemple est fourni par Le loup, touchante histoire d'un loup apprivoisé qui s'échappera pour ne revenir qu'à la mort de son ancien maître. Ces nouvelles se ressentent sans doute du pays saintongeois cher à Rullier. Ce qui ne l'empêchera pas de situer son action en Ecosse (Ceux qui règnent à Charn Hill, un peu lovecraftien), en Afrique (Nekr) ou au Cambodge (Le parfum).
Quelques nouvelles, les plus courtes, sont de véritables poèmes en prose: Le dieu ocre, Le cheval, Les assiettes (sorte de voyage onirique), ou Birgit. Ce dernier texte, qui ne fait que six pages, devrait être développé: je ne sais si Rullier a écrit des romans, mais il devrait ou aurait du. La brièveté ne lui sied pas trop, au point de rendre certains récits incompréhensibles (Le château, La lionne). Un 'épilogue' mystérieux, intitulé «In memoriam A.R.» émet quelques commentaires sur chaque texte. Critique mitigée donc pour un styliste parfois un peu laborieux, et dont plusieurs nouvelles semblent inabouties.

Bruno Peeters

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L'Écran Fantastique n°200, avril 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:
Au village de Carvejac, alors que la nuit est sur le point de tomber, tous les habitants se calfeutrent chez eux, en attente... De quoi? Le matin même, Augustin a retrouvé tous ses moutons égorgés, sans que le chien ait donné de la voix. Pas de doute, La Bête est revenue, celle qu'au Moyen-âge des seigneurs chassaient déjà sans succès. Et qui, périodiquement, refait surface. Ne reste plus qu'à un villageois intrépide de se mettre sur sa piste... Intemporel, sis en Charente où l'auteur a vécu, écrit d'une plume précieuse, précise et colorée, ce texte, «L'Autre», pourrait très bien être signé Maupassant. Il est en tout cas de ceux qui vous font dire qu'un écrivain, un vrai, vient de montrer le bout de son nez avec ce recueil de 19 textes, pour la plupart campagnards et nocturnes, qui cherchant dans le folklore traditionnel le genre de récits qui font frissonner de bonheur. Si certains ne sont guère que des poèmes en prose, d'autres, comme celui qui donne son titre au volume et brode sur l'innocence enfantine qui va s'égarer dans la maison de l'Ogre, sont de magnifiques courts-métrages dont les images s'impriment dans la rétine.

Jean-Pierre Andrevon

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Yozone, 3 avril 2009.

Caviardages, recueil de Timothée Rey:
Sept nouvelles fantastiques avec chacune son ambiance, son atmosphère et son idée, pour des petites merveilles de style et de précision.
Timothée Rey n'a jusque là publié que des textes courts mais dans de nombreuses revues comme "Géante Rouge", "Fiction", "Monk", "Éclats de Rêves" ou dans des anthologies comme «La Terre» chez Griffe d'Encre. Ce premier recueil de sept nouvelles, dont certaines ont déjà été publiées, permet de se faire une idée de son indéniable talent.
Chacune de ces histoires étranges possède son rythme et vous plonge dans son petit univers, celui d'un homme simple face à l'incompréhensible, à l'étrange ou à l'horreur. On passe d'une Italie rêvée à Prague, d'un rassemblement d'amateurs de jazz sur la Côte d'Azur à une salle d'étude dans une école, etc. Chaque lieu est minutieusement décrit avec son décor, ses couleurs et ses odeurs, et le lecteur est immédiatement en phase, en empathie avec le personnage.
Ces textes courts d'une quinzaine de pages sont remarquablement efficaces et particulièrement bien écrits.
On referme ce petit livre en remerciant l'auteur de nous avoir embarqué dans ses étranges promenades. Mais attention, on est content de ne pas être le malheureux héros de ces horribles aventures.
Il est à souhaiter que Timothée Rey soit rapidement publié chez un grand éditeur... pour une longue histoire. Un auteur à suivre.

Hervé Thiellement


Note de La Clef d'Argent: le recueil court (Caviardages compte 110 pages) ne se pratique plus beaucoup de nos jours et on peut le regretter. C'est une formule qui permet à peu de frais de familiariser le lecteur avec un auteur et/ou de proposer un choix thématique de ses textes courts, comme c'est le cas de Caviardages, plus particulièrement centré sur les nouvelles fantastiques de Timothée Rey. Précisons qu'il n'y a pas de rapport particulier entre la longueur de ce recueil, fruit d'un choix délibéré de l'auteur et de l'éditeur, et l'envergure de La Clef d'Argent, structure associative relativement modeste, comme en témoignent les 238 pages du volume suivant de la collection, Peuchâtre et Gésirac. La Clef d'Argent ne saurait prétendre au statut de «grand éditeur» en termes de diffusion ou de chiffre d'affaire, mais Claude Seignolle nous faisait l'amitié tout récemment, à la lecture de Peuchâtre et Gésirac, de nous confier: «Ce dernier bébé de votre petite famille d'écrivains vous fait entrer dans la cour des grands producteurs de livres.»

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Atemporel.com, 23 mars 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:
Nouveauté à La Clef d'Argent avec le premier recueil de nouvelles, fantastiques, signé Michel Rullier. Un certain temps qu'elle dormaient dans un tiroir en attente d'un éditeur. Un talent certain qui enchantera les amateurs de pur fantastique!
Près de vingt nouvelles tous plus fantastiques les unes que les autres.
Une dominante rurale et même centrée sur la Charente. Des thèmes différents, pour un ensemble véritablement fantastique. Les puristes apprécieront lorsque le surnaturel et l'étrange pénètrent la réalité. L'ensemble est d'une très bonne tenue et le style vraiment agréable. Des décennies à attendre que Michel Rullier soit édité. Dommage. Il n'y avait peut-être que la Clef d'Argent pour nous proposer ce recueil. Et c'est très bien, voilà une erreur fantastique réparée. D'autant que comme toujours la mise en page et la qualité de l'ouvrage sont encore au rendez-vous. C'est par ailleurs l'auteur qui signe une très bonne préface associée à une belle postface. Vingt nouvelles ou presque? Vingt nouvelles et presque la certitude que vous trouverez une nouvelle qui vous convaincra du fantastique talent de Michel Rullier! Une préférence en ce qui me concerne pour Le château et Nekr ;-) A lire donc: original et fantastique!

Laurent Delin

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Sueurs Froides, 20 mars 2009.

Peuchâtre et Gésirac, contes fantastiques de Michel Rullier:
Diable des villes, ogre des champs.
Peuchâtre et Gésirac est un recueil de nouvelles dans l'esprit de Claude Seignolle (pour le côté rural de nombre d'entre-elles) et de Gérard Prévot ou Thomas Owen pour le style éminemment poétique de quelques autres. Michel Rullier a écrit ces textes entre 1966 et 1972. Incroyablement il a fallu attendre 2009 et La Clef d'Argent pour en tirer un recueil. Et pourtant, l'ensemble aurait fait un fort bon Marabout à la glorieuse époque de cette maison d'édition culte dans le domaine. Quel meilleur compliment lui adresser? Rullier est un vrai écrivain, au style constamment maîtrisé et élégant. Qu'est-ce qui a empêché la publication de ces nouvelles auparavant? Si Rullier n'avait été si pris par sa profession première, nul doute, à lire «Ceux qui régnaient à Charn Hill», qu'il aurait pû écrire de sacrés bons Angoisse aussi: on dirait du grand B.R Bruss! Outre ce texte superbement satanique, qui évoque même «The Wicker Man», citons aussi les excellents «La nuit des chats» et «Le Diable», sans omettre la nouvelle-titre «Peuchâtre et Gésirac», une histoire d'ogresse agréablement cruelle. Michel Rullier mérite qu'on l'encourage. Qui sait? peut-être a-t-il encore quelques petits bijoux dans ses cartons ou d'autres histoires en tête, qui ne demanderaient qu'à être couchées sur le papier?

Patryck Ficini

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Fiction n°9, mars 2009.

Caviardages, recueil de Timothée Rey:
[L]a tasse de thé [de Timothée Rey], c'est un fantastique volontiers absurdiste, tendance Kafka mais sans oublier l'humour de ce grand auteur. Et notre émule niçois de peaufiner aux petits oignons des textes mi-grinçants mi-rigolards, avec une plume d'une formidable maturité, un style robuste et travaillé, tiens, une autre comparaison me vient: Roland Fuentès. J'ai bien l'impression qu'avec Timothée Rey les genres de l'imaginaire ont gagné un nouvel auteur, un vrai. Et puis, ce qui ne gâche rien, qu 'il est mignon ce mince et petit volume: soigné, et servi par une couverture abstraite de Sébastien Hayez, ces Caviardages sont de la belle ouvrage.

Serge-André Matthieu

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Phénix-Web, 27 février 2009.

Caviardages, recueil de Timothée Rey:
Né en 1967, Timothée Rey est professeur de lettres dans un lycée. Il écrit depuis longtemps et ses nouvelles sont parues dans diverses revues comme Codex Atlanticus, Géante Rouge ou... Phénix.
Ce recueil, son premier, en reprend quatre et en ajoute trois originales. La première, qui lui donne son titre, est basée sur une idée fulgurante: effacer un mot du dictionnaire est effacer le concept même qu'il représente. Ainsi, quand Gabriel tache accidentellement un dictionnaire bizarre qu'il vient d'acquérir, et supprime le mot 'fourchette', toute fourchette disparaît de son monde, remplacée par un autre ustensile, la piquevrille. Fasciné par le pouvoir de son livre, Gabriel va-t-il effacer les mots 'mort', 'guerre', 'souffrir'? Une perle fantastique en treize pages.
Rey est un auteur complet et touche à tous les genres avec bonheur. L'humour par exemple, avec «On n'est jamais trop prudent», ou l'histoire d'un homme archi-précis, qui mesure le moindre instant de sa vie quotidienne à l'aune des risques qu'il pourrait courir et s'entoure, dès lors, de rituels méticuleux. Jusqu'au jour où... La poésie n'est pas absente de son univers non plus, comme en témoigne «Reperdre Giulietta» qui se déroule dans une Italie onirique dérivée directement des toiles surréalistes de Giorgio de Chirico: superbe! Le fantastique pur et dur, 'canonique' comme dirait Jacques Finné, reprend ses droits dans «Quand ça part en brioche» qui voit l'alliance de la pâtisserie et de la légende du golem, ou dans «Dans la galette», assez horrible récit d'un fou de jazz pris dans les rêts d'une secte aux relents lovecraftiens. Peu de dialogues, une langue châtiée et des thèmes attachants et surprenants: tout est réuni pour un recueil qui fera les délices des amateurs de fantastique, gâtés ces temps-ci.
Après Le Passage de Sylvie Huguet, que j'ai si bien accueilli ici-mêmeil y quelque temps, La Clef d'argent frappe fort, décidément.

Bruno Peeters

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ActuSF, février 2009.

Les Jardins de Klarkash-Ton, essai de Philippe Gindre:
Un essai original sur les monstrueuses créations florales de Clark Ashton Smith...
Co-fondateur avec Philippe Dougnier de la maison d'édition la Clef d'argent, Philippe Gindre a publié un roman, une anthologie et des novellas, parmi lesquelles Albandon* ou L'Affaire Bellocq. On lui doit aussi des traductions des oeuvres de l'écrivain californien Clark Ashton Smith, dont Nostalgie de l'inconnu et Le mangeur de Hachisch. Né à la fin du 19ème, cet auteur célébré par Lovecraft publia de nombreuses nouvelles fantastiques à l'écriture singulière et raffinée. Ainsi, dans son essai Les jardins de Klarkash-ton, Philippe Gindre analyse l'esthétique végétale de cet auteur qui avant d'être écrivain fut cueilleur de fruit, bûcheron, gâcheur de ciment, jardinier et mineur......entrons dans la serre littéraire de Smith...
Un univers foisonnant
Sont-ce les douces étendues gazonneuses et les parterres proprets de la Californie qui ont inspiré à Smith ses mystérieuses créatures florales? Non. Ses plantes aux allures tantôt humaines ou animales sont tout sauf décoratives. Encore mieux, elles ont une âme...et c'est dans des zones vertes non identifiées, souvent géantes, que les personnages se perdent, s'enivrent où s'enlisent, c'est selon. Au fil de compositions vives et touffues comme un tableau du douanier rousseau, on plonge dans un univers merveilleux où Alice aurait sans doute aimer se promener, ou bien Blanche neige fuir, enlacée par quelques branches d'ébène. Mais l'oeuvre de Smith, aux influences multiples, ne résonne pas seulement avec les forêts des contes de fée. Pionnier de la dark fantasy, baudelairien convaincu, son écriture riche et sophistiquée délivre des visions hallucinantes évoquant aussi bien les jungles musicales d'Alejo Carpentier, des femmes fleurs aux allures de vamps décadentistes, les tableaux d'Arcimboldo ou bien encore les jardins des récits licencieux du XVIIIème, ou les princesses en déroute caressaient des fleurs cachant de vilains génies libidineux...
Tumeurs végétales
Car sous ses atours parfumés et ses feuilles graciles, la flore de Smith peut se révéler carnivore, vénéneuse et tentaculaire. Ses tiges étranglent, ses pétales cachent des immondices, son suc empoisonne, et surtout elle croît infiniment, rampe, rampe comme une menace telle la débauche de chlorophylle de la semence de Mars, qui se propage comme une gangrène, et dont on ne voit ni le début ni la fin... Car c'est bien là le secret de l'horreur végétale. L'étrangeté dans la confusion des formes. L'abstraction à force de profusion. L'inconnu. La peur.
Ainsi, grâce à de longues citations et des analyses concises et accessibles, Philippe Gindre nous introduit dans le coeur vert d'un auteur passionnant, et sans doute inconnu pour bien des lecteurs. À noter dans la même collection, deux autres essais portant sur le même univers: Les mondes perdus de Clark-Ashton Smith, écrit par Jean Marigny et Clark-Ashton Smith, poète en prose, de Donald Sydney- Fryer.

Audrey Cansot
*Albandon est en fait un récit de Christian Hibon. [Note du responsable du site].

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ActuSF.com, janvier 2009.

Caviardages, recueil de Timothée Rey:
Premier recueil à lire d'un auteur prometteur!
Timothée Rey, auteur Niçois, enseignant les lettres et l'histoire dans un lycée hôtelier, auto-édite ses poèmes et a déjà fait paraître de nombreuses nouvelles dans les revues Codex Atlanticus, Éclats de Rêves, Géante Rouge, Monk, Fiction ou L'Ours Polar. Bref il a déjà commencé à se faire les dents et même si tout n'est pas parfait dans ce premier recueil, on sent néanmoins tout le potentiel d'un grand auteur fantastique à venir à qui il ne manque qu'un peu plus de perseverance dans l'écriture pour nous emmener encore plus avec lui dans son univers de folie. Car le fantastique de Monsieur Rey c'est un peu celui du «Horla» de Maupassant, on se demande régulièrement si ces personnages sont fous où s'ils leur arrivent vraiment quelque chose de surnaturel. La nouvelle «On n'est jamais trop prudent» est d'ailleurs un petit bijou du genre, vraiment très bien écrite, dans le langage poétique caractéristique des aliénés mais dont la chute, parfaite, nous fait douter, et si ceux de l'entre-deux existaient réellement?
Un auteur au style poétique, talentueux et inspiré.
La danse des mots débute avec la nouvelle qui donne son titre au recueil, «Caviardages», où un lexigographe découvre par hasard un dictionnaire aux facultés plus qu'étonnantes sur les mots, mais sera-t-il à même de maîtriser le pouvoir qui découle d'un tel ouvrage?
«Reperdre Guilietta» nous emmène dans une version moderne de Romuald et de sa Morte amoureuse Clarimonde, de Théophile Gautier. Ludovic, habitant de Paris, rêve toutes les nuits qu'il perd et retrouve Guilieta dans les Italies, mais n'est-ce bien qu'un rêve?
Le Golem maléfique de «Quand ça part en brioche», jouera de son apparente inoffensivité pour faire regretter à un boulanger pragois son incapacité à se débarraser des ses restes de préparations patissieres.
Les deux jumelles énigmatiques de «L'Étude du soir» joueront sur les nerfs de leur professeur attentif, tandis que «Dans la galette» invite l'amateur de jazz à une écoute vraiment surprenante de Duke Ellington.
La nouvelle «Chambre D'écho» clos le recueil sur une note troublante et laisse le lecteur s'interroger une fois de plus sur la santé d'esprit de sonnarrateur.
Les sept textes présentés dans ce livre procurent donc un réel plaisir de lecture, le rythme monte crescendo dans chacune d'elle et les sensations de doute et de peur attendues sont bien là.
Le seul petit reproche que l'on pourrait faire serait sur les chutes de certaines qui peuvent parfois paraître un peu obscures et laisser le lecteur légèrement sur sa faim. Mais comme l'on devient forgeron en forgeant, l'on devient écrivain en écrivant, alors on attend avec impatiente d'autres nouvelles de cet auteur, qui a coup sûr nous promet de bien belles surprises fantastiques à l'avenir!

Melisande

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Sueurs Froides, janvier 2009.

Caviardages, recueil de Timothée Rey: Caviardages est un premier recueil de nouvelles fantastiques de l'écrivain Timothée Rey, bien connu des participants aux repas S.F niçois. Ce mignon petit livre, publié à La Clef d'Argent, contient 7 textes dont 3 inédits. Globalement c'est un régal qui aurait pû, par ses qualités d'écriture et la force de son imaginaire, être publié chez Marabout à la grande époque de Thomas Owen.
«Caviardages», la nouvelle-titre, narre la découverte d'un dictionnaire maléfique (?) où il suffit d'effacer un mot pour plonger dans le néant l'objet réel qu'il définit. Evidemment, ce petit jeu finira mal... Citons brièvement la romantique «Reperdre Giulietta» pour apprécier la délirante «On n'est jamais trop prudent», avec son héros plein de T.O.C et rituels à même de conjurer le mauvais sort. Une magnifique plongée dans une folie quotidienne. À moins que...? Comment ne pas s'entousiasmer, enfin, pour la revisitation du mythe du golem de «Quand ça part en brioche». Un texte qui plaira aussi aux fans des Gingerdead Man de la Full Moon (malgré un style bien différent on s'en doute!). Caviardages est idéal pour qui aime un fantastique subtil mais imaginatif. Et l'auteur mérite qu'on garde un oeil sur lui.

Patryk Ficini
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