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Dossier de presse

Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2014.
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Aubes trompeuses - Jean-Pierre Andrevon Les lectures de l'Oncle Paul, 19 septembre 2014.

Aubes trompeuses, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Trompeuses les aubes? Oui à en croire Jean-Pierre Andrevon qui dans ce recueil composé de neuf nouvelles, nous propose plutôt des crépuscules.
Neuf nouvelles parues dans des magazines parfois confidentiels, disparues aujourd'hui, ou revues et remaniés, enrichies, et même une inédite.
L'inspiration et l'imagination de Jean-Pierre Andrevon sont sans limites, et s'adaptent au support pour lesquelles ces nouvelles étaient destinées.
Ainsi la nouvelle destinée à Chorus N° 6 de 1998, revue aujourd'hui défunte consacrée à la musique et qui avait été crée et dirigée par Fred Hidalgo, grand amateur de Frédéric Dard, Jean-Pierre Andrevon nous propulse dans un avenir plus vieux de quelques décennies. Le jardin extraordinaire est le titre de cette nouvelle dans laquelle le narrateur voit des chanteurs des années cinquante, Jacques Brel, Georges Brassens, Guy Béart, Félix Leclerc et autres auteurs-compositeurs-interprètes sur scène chantant à leurs débuts leurs oeuvres, des chansons à texte qui trifouillent l'âme. Un héritage provenant d'un arrière-grand-oncle et composé de disques vinyles, d'un électrophone, et autres reliques. Des artistes qui viennent en lui, grâce à une morphogénèse presque parfaite. Seulement il y a Clare, qui apparait sous la forme d'un fantôme transparent, perturbe son environnement et dissipe le charme. C'est d'abord un hommage à ces artistes qui ont peiné pour se faire un nom et qui restent les grands maîtres de la chanson francophone auquel Jean-Pierre Andrevon rend. Mais il n'est pas seulement romancier, nouvelliste ou dessinateur, il est également chanteur et a enregistré quelques disques. Voir à ce propos mon article consacré à l'un de ses albums ici.
Némésis, la première des nouvelles du recueil, se décline comme un compte à rebours, dans une Zone où règne la chaleur. Une petite voix s'infiltre dans les neurones du narrateur, implorante. Ne me laisse pas... Ne pars pas... Une voix de femme qui le stigmatise, envahissant son esprit: Alors, tu t'es bien amusé? Une parabole sur ce que certaines personnes peuvent être amenées à ressentir en s'adonnant inconsidérément à un univers virtuel. Première publication dans Khimaira N° 14, 2008.
Il se sent bien nous entraîne à la suite d'Olivier Charmeyrois dans le TGV de 17h08 en partance de Marseille pour Paris. Il lit en diagonale Le Monde, les infos étant répétitives et catastrophiques. Sa voisine est une jeune femme, belle, expansive, et bientôt ils se connaissent comme s'ils avaient toujours voyagé ensemble dans le train de la vie. Soudain un éclair violent et intense se produit et le temps défile à une vitesse incroyable, en faisant marche arrière. Publié dans Bifrost N° 6, 1997 sous le titre plus évocateur de Big Bang.
Je ne mourrai jamais, souhait que beaucoup d'entre nous effectue en regardant tous les livres contenus dans leur bibliothèque et que jamais ils ne pourront lire, Je ne mourrai jamais est une sensation ressentie par un personnage aux multiples identités. Il se balance dans un berceau, se confronte en une joute navale avec un adversaire planté sur un radeau, se retrouve sur une terrasse à l'ombre d'une palmeraie clonée, devient prospecteur de météorites, se débranche puis se rebranche à un jeune homme, à un lion cloné... Une vie interminable. Nouvelle inédite.
Dans Les ailes ne poussent qu'une fois, le narrateur vit avec Béni dans un vaste appartement qui devient bientôt une ruche. Au début naquit Farida, qui eut droit à sa chambre à part, puis vinrent Nahoum suivit de Aïch qui partagèrent une autre pièce. Mais inexorablement les enfants naissent, la famille s'agrandit de plus en plus, et comme dans les autres foyer le phénomène se produit de la même façon, la place vient à manquer dans la ville. Dans les rues il devient difficile de se déplacer et la solution arrive comme par miracle: des ailes leur poussent dans le dos et ils peuvent migrer et trouver un autre endroit où s'installer. Est-ce vraiment la fin d'un périple? Publié dans la défunte revue Faërie N° 7, 2002.
Aube trompeuse, nouvelle éponyme du recueil, nous propulse dans un monde où pour la première fois depuis longtemps le ciel est vide. Reflétant toutes les nuances ou presque de l'arc-en-ciel sans que l'une empiète vraiment sur l'autre. Hommes et femmes émergent des trous de la montagne, nus et respirant à pleins poumons. Un retour à la nature en foulant l'herbe mouillée mais craquante. Mais la nuit tombe inexorablement. Le narrateur retrouve son cher ami Sergio mais ayant aperçu par trois fois une belle jeune fille, il le frappe. Le début ou la fin d'un monde, d'un cauchemar ou d'un rêve? Nouvelle parue dans la défunte et éphémère revue Gandahar N° 2 en 1973 mais dans une mouture inédite.
L'univers fantastique ou science-fictionnesque de Jean-Pierre Andrevon est résolument noir. Catastrophes, cataclysmes parsèment son oeuvre mais en même temps, il se montre onirique. Désabusé, pessimiste sur l'avenir de notre monde, l'auteur le décrit sous formes de paraboles, et il n'est guère d'espoir d'en imaginer une véritable aube radieuse. Il se mue en prophète mais comme l'écrivit Rémy de Gourmont: Il y a deux voies pour le prophète: ou annoncer un avenir conforme au passé, ou se tromper. Dans quelle catégorie ranger Jean-Pierre Andrevon?

Paul Maugendre

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Murmure de soupirail - Patrice Dupuis
Yozone, 17 septembre 2014.

Murmure de soupirail, recueil de nouvelles de Patrice Dupuis.

Troisième recueil de Patrice Dupuis, "Murmure de soupirail", malgré ce titre crépusculaire, recèle une grande lumière dans ses trois nouvelles.
Voilà un an que je l'ai lu, et le souvenir m'en est encore vivace. C'est dire.
Je ne vais pas entrer dans les détails, ma mémoire n'est point absolue, mais plutôt tenté de vous faire partager un ressenti, non pas à chaud, car les textes de Patrice Dupuis requièrent quelque repos, mais quelque chose de plus diffus, et durable.
"Bleu falaise" raconte le malheur d'un peintre sur une petite île de l'Atlantique. Il ne voit plus les couleurs, depuis longtemps, il vit cloitré, avec sa compagne, sur cette terre inaccessible. Et un jour, il revoit le bleu. Mais étrangement, cette couleur, qui fait la renommée du vitrail de la chapelle locale, principal attraction touristique, a disparu pour les autres. Très vite, à la frénésie artistique qui s'empare à nouveau de lui succède le mouvement de foule du village pour qui il redevient l'Étranger, l'Envahisseur, le bouc émissaire qu'on sacrifiera en espérant ramener les choses à la normale.
J'aimerais vous dire toute la force de cette nouvelle, la tension perpétuelle, qui change de sujet à chaque avancée du récit, pour dire l'abîme des hommes tant que leur capacité à s'élever au-dessus de tout.
Les choses semblent moins compliquées au début de "La Montre d'Héloïse", avec un jeune couple qui se tourne autour, une fille qui lui file entre les doigts, un sentiment de décalage. La bascule dans le fantastique se fait rapidement, tandis que les deux protagonistes ne sont plus sur la même temporalité. Et lui de courir après elle, de rattraper son temps, de ne pas rester à la traîne ni d'aller trop vite... Une très belle métaphore de la vie de couple en filigrane, une pointe d'humour autour du temps qui passe, et une course à l'immortalité ensemble, possible ?
Non pas que les deux précédents soient forcément drôles, mais "Mémoire d'une page blanche" est le texte le plus dur, puisqu'il retrace la biographie d'un Juif allemand dans la première moitié du XXe siècle. On commence sur sa mort, celle d'un clochard qui dessine des fresque sur les trottoir, fauché par une voiture un soir de neige, pour reprendre ensuite au jour de sa naissance. Un père bourgeois, une éducation exemplaire, des études en philosophie, mais surtout le développement d'une réflexion sur lui-même en tant qu'Allemand, et non pas en tant que Juif. Ce qui fait qu'il verra trop tard le danger, et finira dans un camp. Ressortant de là lessivé de sa vie d'avant, il erre pour raconter l'horreur, sur le pavé, avant de disparaître et que le monde (l')oublie. Leçon d'histoire à l'échelle d'un homme, leçon d'humanité et d'inhumanité, elle n'est pas sans rappeler "Le Pianiste" de Polanski dans cette ascension qui rend la chute infiniment plus dure.
Troisième recueil de l'auteur après "Dans le Désert et sous la lune" et "Le Guetteur de sémaphore", "Murmure de soupirail" est probablement le plus facile d'accès, avec deux textes plus longs qu'à son habitude, dans lesquels on a le temps de prendre ses marques. Le troisième est plus bref, mais traitant du temps, il n'aurait pu en être autrement.


Nicolas Soffray

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Aubes trompeuses - Jean-Pierre Andrevon Le blog de Zal Gosse, septembre 2014.

Aubes trompeuses, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Jean-Pierre Andrevon est une légende. Certes, l'homme existe réellement mais force est de constater qu'il doit être plusieurs pour mener à bien autant de projets, vivre autant de vies en même temps. Écrivain, peintre, chanteur. Sa nouvelle 'le jardin extraordinaire», récemment rééditée par les éditions la Clef d'Argent s'ouvre sur un concert de Jacques Brel se poursuit par une apparition de Georges Brassens et enchaîne par la visite, toujours virtuelle, de Félix Leclerc et de Charles Trenet (le héros lui-même se prénommant Jip, mais est-ce encore un hasard ?). On y devine l'hommage aux grands maîtres. Hommage d'autant plus flagrant qu'il se trame sur fond de science-fiction, d'avenir virtuel, d'anticipation, bref, les domaines de prédilection de Monsieur Andrevon. Avec plus de 160 romans, recueils et essais à son actif, la publication, en fin d'année dernière, d'une somme (le mot n'est pas trop fort) consacrée au cinéma fantastique et de science-fiction, fruit d'une dizaine d'années de travail, comportant plus de 5 000 entrées, quelques 2400 photographies pour un poids total de près de 4.6 kg, JP Andervon a tout du monstre. De la légende. Et d'ailleurs les édition la Clef d'Argent ne s'y sont pas trompées, elles qui publient ces jours-ci son nouveau recueil de nouvelles, «Aubes trompeuses».
Cet ouvrage fait indubitablement partie de ces livres qu'il convient de posséder. En neuf textes, dont un inédit (les autres ayant été publiés dans diverses revues, pour la plupart disparues), Andrevon développe ses craintes et ses angoisses, sa vision, forcément pessimiste, d'un monde qui a oublié de respecter l'essentiel, de prendre soin de son propre foyer. A la fois lucide et onirique, Andrevon prophétise la fin du pétrole, les épidémies et la flambée terroriste, le retour en arrière pour cause de fuite en avant ('Dernier appel pour le vol Transtlantique 2026»), il stigmatise surtout la connerie humaine et son incapacité à tirer du passé les leçons qui s'imposent pour l'avenir (le magnifique et très poétique 'Les ailes ne poussent qu'une fois»). Andrevon vilipende, s'agite et prévientÉ en vain ? On espère bien que non.
'Le monde était frais et clair. C'était un monde d'aube qui précipitait dans les sens une impression d'aube, avec ce que cette sensation contenait de limpidité dans le ciel, de fraîcheur mouillée dans l'air, de recommencement dans les corps.
En réalité, ce pouvait être le milieu de l'après-midi, la fin de la matinée ou n'importe quand, n'importe quel jour, n'importe quelle saison. Mais c'était une aube, la première depuis bien longtemps.»

Zal Gosse

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Aubes trompeuses - Jean-Pierre Andrevon Yozone, 17 septembre 2014.

Aubes trompeuses, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Jean-Pierre Andrevon nous revient avec un recueil de science-fiction pessimiste. Bon, je ne vous apprends rien, à le lire on aura compris depuis longtemps que l'auteur n'est guère optimiste concernant notre avenir. Avec ces quelques textes écrits durant ces vingt dernières années, et probablement passés inaperçus même des aficionados tant les publications originales sont variées, Andrevon nous emmène dans des futurs qui déchantent, mais tantôt avec sa gouaille et une bonne dose d'humour, tantôt avec une poésie qui illumine tout.
Allez, classons un peu : "Némésis", "Dernier appel pour le vol Transatlantic 2026", "Je ne mourrai jamais" et "Aube trompeuse" entent dans la catégorie des nouvelles grinçantes et noires. Dans "Némésis", un homme pervers erre dans une ville presque abandonnée, prenant son pied, ou essayant, en tuant les rares survivants rencontrés. "Dernier appel pour le vol Transatlantic 2026" décrit un avenir sans pétrole, dans la veine écolo de l'auteur, mais là encore le pessimisme noie tout, avec une vision de la France redevenue sauvage et le périple d'un scientifique qui pourrait changer les choses... Si la Nature ne l'en empêche pas. La Nature qui se révolte contre les catastrophes humaines, un thème récurrent chez Andrevon. "Je ne mourrai jamais" explore les possibilités du réseau, ses excès, tout cela grâce au fric encore et toujours omnipotent. Enfin, "Aube trompeuse" est un cauchemar, avec des humains traqués dans les ténèbres par des monstres mécaniques, vision entre des Morlocks mécaniques et la réalité de "Matrix".
Bon, voilà pour les textes qui filent le bourdon, et parfois la nausée. Très immersifs, trop, car Andrevon sait nous glisser dans la peau des pires tordus autant que brosser un paysage apocalyptique de la France ou du monde.
Heureusement, si j'ose dire, Andrevon sait faire la même chose en rigolant. "Boulot... Boulot !" narre la folle journée d'un dépanneur qui court la planète et la sauve toutes les heures. Mais c'est juste pour s'occuper... "Solidarité" est une belle histoire : après un accident sur une station spatiale, chaque membre de l'équipage donne un bout de lui pour "reconstruire" celui qui par son sacrifice a empêché la catastrophe. Qui une main, qui une jambe, qui un poumon... Et le grand Black, il donne quoi ? Andrevon n'est jamais contre un peu de piquant, rien de vulgaire, juste une petite allusion.
Enfin, les plus beaux textes commencent avec le déroutant "Il se sent bien", et un voyage en train qui se transforme en voyage dans le temps à contre-courant, "Le jardin extraordinaire" est une ode à la musique française, avec un personnage, cloîtré dans son appartement, qui s'immerge dans les archives 3D consacrés à ces artistes oubliés que sont Brel, Brassens et leurs contemporains... jusqu'à ce que le monde de dehors s'effondre. Et lui... part.
Enfin, "Les ailes ne poussent qu'une fois" pourrait, au premier degré, passer pour un texte sur l'immigration et ses dangers, puisqu'on suit une famille aux prénoms nord-africains qui grossit, grossit, s'enrichissant d'enfants comme autant de nouveaux bonheurs tandis que dehors le travail manque et la misère guette. Mais Jean-Pierre Andrevon signe là un texte solaire, qui parle de l'humanité toute entière, comme aux mythiques premiers temps, en une grande métaphore de l'Histoire du Monde, assortie d'un impérieux mais logique avertissement.
Parmi les multiples météorites de ce recueil, empreintes de violence et de peur, ce texte-là est sans conteste le plus beau.
Encore une fois, Jean-Pierre Andrevon n'a rien à prouver, ni son talent, ni son engagement, et cet excellent recueil tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme d'un futur plutôt sombre qui se rapproche à grands pas. Quelle sera la place de l'Homme, dans un univers où la diplomatie internationale, à coups de bombes, limitera les velléités de promenades de ceux que la pénurie d'hydrocarbures n'aura pas cloué chez eux et branché au réseau 24h/24 ?
Avec une pointe de nostalgie, profitons du passé, l'avenir arrivera bien assez tôt.

Nicolas Soffray

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Pandemonium Follies - Jean-Pierre Favard
Phénix-Web, 20 juillet 2014.

Pandemonium Follies, recueil de Jean-Pierre Favard.

Avec ce second recueil de nouvelles, Jean-Pierre Favard nous livre un mélange qui, comme précisé dans le quatrième de couverture, touche à tous les mauvais genres. Certains textes sont inédits, d'autres non. Espérons que les lecteurs se montrent suffisamment curieux pour accepter de découvrir d'autres horizons. Et ce voyage, justement, l'auteur nous le propose avec tout le brio dont on le sait capable.
Cette diversité m'a justement ravi car elle décuple le plaisir de la lecture. Du même auteur, j'avais déjà littéralement dévoré Le destin des morts, qui naviguait de manière prononcée sur les eaux du fantastique avec les hantises pour fil conducteur, et L'asch Mezareph qui croisait l'histoire et l'ésotérisme.
Preuve de la grande maîtrise littéraire dont il fait preuve au sein de ce nouveau recueil, Jean-Pierre Favard ajoute toujours sa petite touche personnelle là où on ne l'attend pas tout en se permettant le luxe de croiser les genres dans une sorte de shaker géant duquel ressort, au final, un cocktailÉ délicieux!
Vous y croiserez un soupçon de Fantasy dans L'écuyer mais de légère, cette touche s'approfondira rapidement dans Désolation (et son mémorable Korrigan) qui fait irrémédiablement penser aux romans de R.E. Howard tant les thématiques abordées étaient chères à cet auteur mythique. Je ne connaissais pas Jean-Pierre Favard dans ce registre et je dois reconnaître qu'il tire fort habilement son épingle du jeu.
Un hommage marqué aux vieux films noirs, précisé d'entrée de jeu par la mention de la présence du personnage de Humphrey Bogart, se fait dans Un cadavre sur les bras, une nouvelle gorgée d'humour... noir. Le mystère est aussi présent, notamment au travers du superbe Witch Inc.
Camping sauvage, que j'avais déjà eu le plaisir de lire dans l'anthologie Ténèbres 2013, rappelle ces vieux films d'horreur avec veillées de feu de camp cauchemardesques.
Le truc nous livre un texte touchant oscillant entre romantisme et science-fiction tandis que Le petit livre noir se veut une ode à la créativité à travers la littérature.
Welcome to Punkland se fait sous forme d'un reportage au sein d'une société utopique. Non dénuée d'humour et de réflexion sociale, cette histoire est un petit bijou.
11 août 1999 nous renvoie aux prédictions de Paco Rabanne au travers d'un récit de survivance dans une ville envahie de zombies. Jouissif!
Le recueil s'achève sur Mal barré (au jour du jugement dernier). Nous y suivons un raté de compétition au gré des péchés capitaux. Prévisible mais amusante.
Vous l'aurez compris, un recueil de nouvelles à découvrir rapidement!

Frédéric Livyns

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Moi, Cthulhu - Neil Gaiman

Metaluna n°9, juillet-août 2014.

Moi, Cthulhu, pastiche lovecraftien de Neil Gaiman.

Petite sucrerie éditée par la Clef d'argent dans sa collection Fhtagn, accueillant pastiches et hommages à Lovecraft, Moi, Cthulhu est une oeuvre
de jeunesse de Neil Gaiman (Sandman, Neverwhere). Dans cette courte nouvelle, l'auteur anglais imagine Cthulhu se remémorant ses origines et les dévoilant à un biographe humain. Avec l'humour décalé qui le caractérise, Neil Gaiman explore les origines et la venue dans notre monde de la création la plus mémorable de H.P. Lovecraft. Bénéficiant d'une lecture assidue par le jeune Neil de I'oeuvre lovecraftienne et de saillies humoristiques très bien senties (la description des Grands Anciens risque de vous rester en tête à la prochaine lecture des Montagnes Hallucinées), Moi, Cthulhu peut sembler assez anecdotique, vu la qualité d'écriture de Neil Gaiman par la suite, mais ce serait faire fi du travail d'édition de Ia Clef d'argent, qui a convoqué un spécialiste du « Mythe », Patrick Marcel, pour introduire et annoter la nouvelle, ce qui s'avère passionnant. De plus, une lettre écrite par Neil quelques années plus tard revient avec dérision sur cette oeuvre, en nous promettant de faire publier un jour un échange épistolaire fantasmé entre H.P. Lovecraft et P.G. Wodehouse. Un joli petit livre ludique et érudit qui n'a malheureusement pas la puissance de la nouvelle Une Étude en vert, où le même Gaiman s'amusait à se faire rencontrer Sherlock Holmes et la mythologie lovecraftienne.

Cthulhuien Savès

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Rouge Alice - Sylvie Huguet

L'Agrégation n°468, mai 2014.

Rouge Alice, recueil de Sylvie Huguet.

Sylvie Huguet est un de «nos» auteurs, les lecteurs de notre revue la connaissent bien, elle publie régulièrement et nous rendons compte de ses ouvrages depuis quelque quinze ans. Si elle a produit plusieurs romans, dont deux policiers, c'est surtout dans la nouvelle qu'elle excelle, avec une prolixité et une richesse d'imagination confondantes. La cuvée 2014 est un recueil qui porte le titre de la première et la plus longue des sept nouvelles qu'il contient, Rouge Alice. Dans l'univers où nous entraîne l'écrivain, nous sommes toujours à la lisière. Au bord du monde réel que peuplent les humains, il est un autre monde qui n'est perceptible qu'à quelques êtres privilégiés. Leur sensibilité exacerbée par une fragilité certaine, par une discordance avec le monde réel, par le malheur souvent, leur en fournit l'accès par le songe ou l'imagination. Alors un jour le mur de verre se brise, le rêve se fait réalité, la vie la mort se confondent.
La nature est chez Sylvie Huguet la grande Déesse-Mère. C'est elle qui détient la pureté originelle, souillée par la vilenie des hommes. C'est elle la source de vie où peuvent se régénérer ceux qui aspirent à s'affranchir d'un monde corrompu. C'est elle qui abrite en son sein un peuple animal, réel ou mythique, qui se fait médiateur pour les élus.
Et il n'est rien que Sylvie Huguet peigne mieux que cette nature. Sa plume est véritablement inspirée et entraîne le lecteur dans un monde enchanté qui le tiendra longtemps sous son charme.

Anne-Marie Lucas

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Pandemonium Follies - Jean-Pierre Favard
L'Écran Fantastique n°353, mai 2014.

Pandemonium Follies, recueil de Jean-Pierre Favard.

Et si les prédictions fantaisistes de Paco Rabanne, annonçant la chute, le 11 août 1999, de la Station Mir sur Terre, s'étaient réalisées? C'est l'hypothèse qu'a choisie Jean-Pierre Favard dans «11 août 1999», une des dix nouvelles de son recueil Pandemonium Follies. Qui plus est, la station s'écrase en plein Paris, entraînant pollution radioactive et mutation en zombies. Le texte suit le périple, raconté images fortes, d'un homme à la recherche de sa femme mais qui va bientôt... L'auteur explore à peu près tous les genres de récits, comme la fantasy avec un autre texte plein de bruit et de fureur, «Désolation», où un chevalier et son féroce korrigan perpètrent un véritable massacre dans une troupe de brigands ayant assailli un village. Mais le plus savoureux tient en un texte de quelques pages, «Mal barré» où, à travers les gestes quotidiens d'un réveil difficultueux, le narrateur égrène les Sept Pêchés capitaux. une écriture simple mais ciselée enveloppe cette compilation où tout n'est évidemment pas bon, ainsi de «Camping sauvage», soi-disant récit de terreur dont la chute est une véritable escroquerie faite au lecteur. Mais l'ensemble témoigne de la qualité permanente de la collection KholekTh, dont les couvertures sont chaque fois une belle réussite esthétique.

Jean-Pierre Andrevon

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Corp Circles - Jonas Lenn

ActuSF, avril 2014.

Crop Circles, recueil de Jonas Lenn.

Des ronds dans les champs et dans le temps.
Jonas Lenn cisèle ses nouvelles à longueur de page avec un style léger qui sait s'adapter au thème principal qu'il évoque. C'est doux et poétique comme un souvenir quand il joue avec le temps, bourru et sec quand il traite d'une rencontre rurale du troisième type et d'une tension impalpable quand la fatalité rattrape ses protagonistes.
La nouvelle éponyme du recueil, la plus longue, est doucement caustique. Cependant, la finesse de Lenn transparaît le mieux, me semble-t-il, dans deux des nouvelles courtes du recueil : "Une porte sur l'hiver" et "D'une vie à l'autre". Les deux ont en commun de jouer des artifices du temps et laissent sourdre un intense désespoir. La seconde est un petit bijou cruel de modernité, une angoissante métaphore sociale, un condensé de savoir-faire.
Les autres nouvelles prennent plus de temps pour développer leur propos et leur teneur. Elles explorent des thèmes variés (l'épigénétique, les mondes numériques) qui traduisent une belle hauteur de vue à propos des nouvelles technologies et de leurs liens avec nos sociétés.
C'est donc avec plaisir que l'on parcourt ces pages qui laissent, marque des grands, le souvenir d'un vrai moment de lecture.

Guillaume Casabianca

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Pandemonium Follies - Jean-Pierre Favard
Sueurs Froides, 29 mars 2014.

Pandemonium Follies, recueil de Jean-Pierre Favard.

Jean-Pierre Favard, après un passage remarqué chez Lokomodo (notamment pour le gros thriller ésotérique L'ASCH MEZAREPH), nous revient à la Clef d'Argent avec le recueil PANDEMONIUM FOLLIES.
Pour la Clef d'Argent, Favard a déjà signé l'excellent (petit) roman SEX, DRUGS AND ROCK'N'DOLE et le recueil BELLE ET LA BETE, dont nous avions pu apprécier la grande diversité thématique.
PANDEMONIUM FOLLIES est dans la droite ligne des travaux précédents de Jean-Pierre Favard, ce qui signifie qu'on est constamment surpris par la variété des textes et des genres proposés ici. Polar déjanté, fantasy, horreur/fantastique, science-fiction...Il est difficile de parler globalement de ce travail car ces nouvelles ont peu de points communs, à part la grande qualité d'écriture. C'est une joie que de ne jamais savoir où l'on va, ce que l'on va trouver dans l'un des 10 récits de PANDEMONIUM FOLLIES. En même temps, on imagine qu'un recueil aussi hétérogène est peut-être difficile à vendre car nombre de lecteurs n'aiment les surprises que jusqu'à un certain point. Et les lecteurs de fantasy ne sont pas forcément des lecteurs d'horreur ou de polar, hélas...
Sur les 10 nouvelles du recueil, nous avons plus particulièrement aimé :
UN CADAVRE SUR LES BRAS, un très étonnant polar, qui narre les mésaventures d'un privé nommé Bogart (!). L'homonyme déploie bien des efforts pour se débarrasser d'un encombrant cadavre... Ce que c'est d'aider les copains de beuverie, quand même! Il y a quelque chose de glauque dans cette nouvelle noire mais pleine d'humour, un côté quasi nécrophile (au sens large) qui la rend doublement attachante.
DESOLATION est un bon récit de Dark Fantasy qui vaut principalement pour son couple de héros en marge. De la fantasy qui fait penser à Michael Moorcock. C'est intéressant, même si pas forcément aussi enthousiasmant que ça pourrait l'être. La faute à une explication finale de l'intrigue un peu décevante sans doute.
Avec ces jeunes à qui l'on raconte une histoire de monstre du lac au coin d'un feu de bois, CAMPING SAUVAGE évoque autant un certain cinéma d'horreur américain que la collection Gore du Fleuve Noir (même titre d'ailleurs qu'un Gilles Bergal). C'est sanglant et réjouissant au second degré - ce qui est voulu comme le prouve le final ironique.
Avec le très bon 11 AOUT 1999, on touche cette fois à la vraie horreur pur jus, physique et psychologique, tendance zombies en liberté. Une fin du monde vraiment noire telle qu'elle aurait pu advenir si une certaine prophétie s'était révélée exacte... 11 AOUT 1999 est violente et sans concession. Très franchement, on aimerait que Jean-Pierre Favard écrive un roman de zombies tant il maîtrise la chose.
Evoquons, parmi les 6 autres nouvelles, LE TRUC, très romantique, WELCOME TO PUNKLAND qui rappelle que Favard est aussi l'auteur de SEX, DRUGS AND ROCK'N'DOLE, et WITCH INC qui multiplie les points de vue pour une sorte d'exercice de style assez réussi. Sans oublier LE PETIT LIVRE NOIR, qui séduira tous les bibliophiles et autres coureurs de vide-greniers et de bouquineries.
Au final, PANDEMONIUM FOLLIES est un bon recueil qui attirera le lecteur qui aime être étonné et dépaysé.

Patryck Ficini

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Jules Verne la géographie et l'imaginaire - Lionel Dupuy

Territoire en Mouvement, mars 2014.

Jules Verne, la géographie et l'imaginaire, essai de Lionel Dupuy.

Lionel Dupuy, docteur en géographie de l'Université de Pau, construit depuis plusieurs années un corpus de recherche portant sur les liens entre géographie et littérature, principalement dans les Voyages Extraordinaires de Jules Verne. Il cherche à comprendre comment la littérature produit une géographie différente, et l'entrée qu'il met en valeur est celle de l'imaginaire géographique. Comment Jules Verne, en tant qu'écrivain, écrit-il la géographie? Pourquoi la sollicitation de l'imaginaire lui permet-elle de rendre attractive la lecture de ses romans? En quoi ses romans participent-ils aussi de l'histoire de la géographie? Comment le romancier se situe-t-il par rapport à la géographie scientifique de son temps? À terme, l'objectif plus large de l'auteur est de voir comment on peut dire et enseigner autrement la géographie.
L'ouvrage ici présenté est une version grand public d'une thèse de doctorat en géographie soutenue en novembre 2009 (sous la direction de Vincent Berdoulay et Jean-Yves Puyo), dont le sujet était : «Géographie et imaginaire géographique dans les Voyages Extraordinaires de Jules Verne : Le Superbe Orénoque (1898)».
Le livre, de format commode et de lecture agréable, s'organise en quatre temps. Tout d'abord, l'auteur présente Jules Verne, écrivain et géographe, en évoquant en particulier ses relations avec la Société de Géographie de Paris dont il fut membre actif et assidu pendant de longues années, même quand il résidait à Amiens. Il montre aussi comment Jules Verne, dans les années 1880, trouve une nouvelle inspiration, plus militante, dans la fréquentation de l'oeuvre d'Elisée Reclus, après avoir d'abord cherché à diffuser des connaissances par ses contacts avec les frères Arago. Cette première partie se clôt par un essai de définition du roman géographique vernien où s'articulent deux géographies, l'une du réel, scientifique, nourrie des séances de la Société de Géographie et des récits des explorateurs, l'autre imaginaire, extraordinaire, utilisant le merveilleux géographique pour interroger les rapports de l'homme à la terre.
Ce merveilleux fait l'objet de la seconde partie («Les Voyages extraordinaires, ou le merveilleux en géographie»), dans laquelle L. Dupuy, après avoir examiné l'importance du merveilleux en littérature, montre comment Jules Verne l'introduit dans ses récits à caractère géographique. Verne écrit à une époque de découvertes, entre autres en Afrique subsaharienne, et de comblement progressif des vides de la carte. Les lieux évoqués dans l'oeuvre vernienne sont souvent étranges car étrangers au vécu quotidien de ses lecteurs, exotiques, zones tropicales et polaires, volcans (l'Islande, le Stromboli..), et la thématique de l'appropriation des territoires se retrouve dans divers romans, entre autres à propos d'îles «mystérieuses». L. Dupuy rappelle (p. 59) une citation de Julien Gracq, un autre romancier géographe célèbre, pour qui l'oeuvre de Jules Verne est un «Livre des merveilles» (au sens de Marco Polo) et un «révélateur de mondes», ce qui bien sûr est un des ressorts essentiels de l'immense succès de librairie de l'auteur, comme l'avait pressenti son éditeur Hetzel. Dans la troisième partie du livre, L. Dupuy, qui a aussi consacré des études à d'autres romans (Les Enfants du capitaine Grant, Vingt mille lieues sous les mers, Le château des Carpathes, les Cinq cent millions de la Bégum, L'ële mystérieuse, Voyage au centre de la Terre), se penche plus en détail sur «le Superbe Orénoque». Il y montre tout d'abord la fascination de Jules Verne pour l'Amérique latine, cadre de ses premiers ouvrages en 1851 et 1852, et aussi utilisée dans son premier grand roman, les Enfants du capitaine Grant. L'Amérique du Sud de Jules Verne se focalise d'une part sur la Patagonie et la Terre de Feu, d'autre part sur deux grands fleuves, l'Amazone (dans la «Jangada») et l'Orénoque. Dans les deux cas, le trajet sur le fleuve (descente de l'Amazone, remontée de l'Orénoque) sert de support géographique à l'élaboration romanesque d'une histoire retraçant la vie d'un personnage central. Pour l'Orénoque, Jules Verne s'inspire clairement des travaux de trois auteurs : Alexandre de Humboldt, l'explorateur Jean Chaffanjon et Elisée Reclus, mais il puise aussi dans les récits de Christophe Colomb, le mythe de l'Eldorado et la mort tragique de l'explorateur Jules Crevaux. Lionel Dupuy montre comment Jules Verne, parti d'une description minutieuse de la vallée de l'Orénoque par Chaffanjon, passe du registre scientifique au registre de l'imaginaire et du merveilleux pour les espaces les plus en amont que l'explorateur n'avait pas visités. Par un double processus d'extrapolation et d'exotisation, l'écrivain projette ses personnages au-delà de la réalité décrite par l'explorateur, quitte à prendre des libertés avec l'exactitude scientifique.
L'ouvrage s'achève par une analyse des ressorts du merveilleux dans ce roman vernien. «Du mythique Eldorado à la mission de Santa Juana». Entre Orénoque et Amazone, on passe de l'Eldorado historique à l'Eldorado vernien, pétri de merveilleux, exotique, pédologique, chrétien. La mission de Santa Juana, perdue au centre l'Amérique du Sud, où se dénoue l'intrigue dans un scénario hautement improbable de retrouvailles familiales, devient un «point suprême». Dans sa conclusion, Lionel Dupuy invite le lecteur non seulement à relire Jules Verne, ce qui n'est pas désagréable, mais aussi à renouveler le regard du géographe. On retrouve sous la plume de Lionel Verne / Jules Dupuy certaines tournures de phrases qui font penser à l'oeuvre d'Éric Dardel, que l'auteur cite comme un de ceux qui ont renouvelé l'étude des rapports entre l'homme et son espace environnant, au même titre que Gaston Bachelard ou Georges Perec.
Quel plaisir de lire cet ouvrage! Loin des contrats de recherche utilitaires et parfois bien austères, on est heureux de retrouver ici une géographie riche, subtile, créative, et la profusion de l'oeuvre vernienne ne pourra manquer de continuer à alimenter la réflexion de Lionel Dupuy. Comment abordera-t-il la dimension moderniste de certains romans (science-fiction) et les romans plus sombres à teneur plus politique davantage ancrés dans la vie politique et sociale du XIXème siècle (Michel Strogoff, Nord contre Sud)?

Yves Boquet, Université de Bourgogne.

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Pandemonium Follies - Jean-Pierre Favard

Yozone, 27 mars 2014.

Pandemonium Follies, recueil de Jean-Pierre Favard.

L'apocalypse, l'utopie punk, la magie, l'ombre en chacun de nous, la peur... et un zeste d'humour, noir bien sûr. Tel est le cocktail concocté par Jean-Pierre Favard dans ce nouveau recueil.
Je ne me hasarderai pas à chercher un fil conducteur, tant l'auteur se plaît à chasser sur tous les terrains, avec l'aisance qu'on lui connaît désormais, après «Belle est la Bête», son précédent recueil à La Clef d'Argent.
«L'écuyer» nous place dans une relation maître-apprenti, le héros buvant goulûment le récit sans cesse répété des exploits passés de son mentor, jusqu'à ce que vienne enfin l'heure de repartir sur les routes. Un côté dark fantasy sur champ de ruines pas déplaisant.
«Welcome to Punkland» nous emmène, au bras d'un reporter, dans une utopie punk installée dans une France du XXIe siècle qu'on devine, en creux, en proie à de violents démons réacs et fachos. La communauté punk, comme son guide s'évertue en peu de mots et beaucoup de jurons à le faire comprendre au journaliste, est libre, parce que personne ne veut du pouvoir et que tout le monde s'en fout. A la fois très documentée sur le mouvement, assez crue et fortement réaliste, la nouvelle dégage un violent vent de rébellion, assez agréable dans la sinistrose actuelle.
«Le truc» prend un virage plus poétique, avec le souvenir d'une improbable rencontre entre un Européen en mission à Singapour et une jeune fille du coin. Récit d'une brève passion, de regrets. La chute, très SF, n'en est que plus surprenante et vertigineuse.
«Un cadavre sur les bras» est un pur hommage au film noir, à Bogart et aux détectives qui croyant tirer le gros lot d'un boulot pépère et bien payé se retrouvent les deux pieds dans la m... Notre narrateur aide un "ami" à se débarrasser d'un corps, mais cela nécessite quelques services, et il réalise que la victime est une ancienne "affaire" à lui. Effacer les traces ou faire retomber la faute sur un autre devient dès lors bien plus urgent. C'est pas de l'Audiard mais pas loin, sur le fond comme la forme. Et on en redemande.
«Witch Inc.» se la joue thriller, avec une mystérieuse réunion de trois hommes dans un inquiétant manoir. Leur séduisante hôtesse ne tarde guère à les hypnotiser, et leur passé resurgit, et le lien qui les unit apparaît. L'intrigue se met en place lentement, révélant peu à peu, en fugitifs éclats, les faits marquants dans la vie de chacun, en nous laissant le temps de recoller les pièces du puzzle avant la révélation finale... et le châtiment.
«Camping sauvage» reprend le grand classique de l'histoire contée autour du feu de camp par le vieux du coin à une bande de jeunes adultes. Une vieille affaire de bûcherons, d'un soi-disant monstre dans le lac... Une horror story qui m'a rappelé, par son ambiance, «l'Eveil», de Jérôme Sorre, parue dans «Cellules», chez le même éditeur. Mais les ressorts diffèrent, et la fin plus encore. Jean-Pierre Favard préfère la pirouette humoristique, et on appréciera fortement, un grand sourire sur le visage.
«Désolation» reprend les personnages de Joshua et du Korrigan, le bras armé de la loi royale, venus enquêter sur une révolte paysanne. On est en pleine dark fantasy, pas très loin des histoires de pistoleros de La Tour Sombre de Stephen King ou des romans de Robert Howard : un soleil qui ne semble jamais se lever, des forces obscures, la force brutale comme principale application de la loi.
«Le petit livre noir» oscille entre régionalisme et étude. Le narrateur met la main sur un journal de pirate dans une brocante, et passionné il se lance dans de profondes recherches sur cet homme, né à quelques villages de là quatre siècle plus tôt, et son univers. De fait véritable mine de détails sur la marine pirate du XVIIe, récit aux accents de chasse au trésor, c'est avant tout un hommage aux écrivains et à la puissance de partage de l'imagination.
«11 août 1999», en référence à l'éclipse et la fameuse fin du monde attendue par certain grand couturier, explore le thème survivalist dans un Paris envahi de zombies. Le narrateur, parti à la recherche de son épouse (qui croit en Paco Rabanne), va rencontrer divers monstres mutants, redécouvrir que le mal est enraciné en l'homme, y compris en lui-même. En une trentaine de pages, Favard concurrence allègrement «The Walking Dead».
Enfin, «Mal barré (au jour du jugement dernier)», au rythme des sept péchés capitaux, décrit une matinée bien commencée et mal finie d'un glandeur-loser. Très maitrisée, elle est rendue encore meilleure par sa chute, certes attendue, mais qui arrachera sans mal un rire narquois de notre gorge.
Agglomérat de de part obscure , d'une noirceur que la couverture de Sébastien Hayez laisse présager, «Pandemonium Follies» est un spectacle sombre et magnétique.

Nicolas Soffray

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Rouge Alice - Sylvie Huguet
Sueurs Froides, 20 février 2014.

Rouge Alice, recueil de Sylvie Huguet.

Après LE PASSAGE et l'excellent AVEC ELLE, ROUGE ALICE est le troisième recueil de nouvelles de Sylvie Huguet publié à la Clef d'Argent, où l'on trouve aussi un petit roman de fantasy de l'auteure, LE DERNIER ROI DES ELFES.
Pas de déception pour qui apprécie l'univers de l'écrivaine aux 150 nouvelles. On retrouve tout ce qui fait son charme et sa force dans ce ROUGE ALICE. A savoir :du fantastique, du merveilleux, de l'horreur quand il le faut, mais aussi une passion véritable pour la nature et les animaux, magnifiquement évoqués dans les 7 textes présentés ici.
Les qualités purement stylistiques de Sylvie Huguet n'étant plus à démontrer, évoquons maintenant ces nouvelles, une par une.
ROUGE ALICE, véritable novella, tient du fantastique le plus pur (c'est à dire que le doute subsiste à la fin) tout en instillant un début d'enquête policière (pas le plus important ici, cependant). Les rapports conflictuels entre l'héroïne, follement passionnée par les loups, et sa grand-mère autoritaire et abusive évoquent les textes d'AVEC ELLE. Lorsque cette dernière meurt de peur, un policier soupçonne la belle Alice, à vrai dire peu attristée, d'avoir engagé un tueur à gages pour se débarrasser de l'encombrante harpie et ainsi empocher l'héritage qui lui permettrait de financer une expédition arctique au pays de ses chers loups. D'une certaine façon, on peut dire que ce texte original, subtil, évoque la lycanthropie sans jamais sortir l'artillerie lourde du genre.
LE RENARD BLEU est une pure nouvelle d'horreur, plus franchement surnaturelle, qui donnera à réfléchir (peut-être) aux amatrices de fourrures. Le contentement teinté d'une vague honte d'une acheteuse fortunée à l'idée qu'on a tué 150 renards (150 !) pour coudre son manteau fait tout bonnement frémir. Son sort sera aussi terrible. On pensera aussi à J'AURAI LEUR PEAU de Dario Argento... Huguet sait se montrer implacable dans ce qu'elle maîtrise peut-être le mieux : le fantastique écologique !
LE DOSSIER MORDRET reprend la thématique de l'enfant-loup avec brio. On y trouve notamment un intéressant personnage de chasseur assez abject dans son obsession meurtrière.
Avec la SEVE DE NOEL, l'auteure engagée (à notre avis) évoque la souffrance indicible d'un sapin de Noël arraché à sa terre nourricière pour contenter une petite fille riche... qui finira bien mal on s'en doute. En Franche-Comté, des légendes évoquent le sapin, peut-être paradoxalement, comme un arbre de Satan. On comprend mieux ce qui est peut-être aussi une nouvelle de vampire VRAIMENT originale en lisant le commentaire de Huguet relatif aux sacrifices de sang que l'on répandait aux pieds des arbres antan, lors du solstice d'hiver. Autres temps, autres moeurs. Depuis, la tradition païenne, comme d'autres, a été récupérée et édulcorée par le Christianisme :on y dépose des cadeaux. Ce qui est moins terrifiant, on en conviendra. LA SEVE DE NOEL est d'une certaine façon aussi un récit d'horreur, comme on en lit peu.
SOEUR LOUVE est peut-être une nouvelle encore plus atroce par le réalisme très cru decette gamine violée par son père (encore un chasseur !) et qui se venge d'une sanglante façon. L'évocation du viol incestueux retourne le lecteur dès le premier paragraphe où pourtant presque tout est suggéré. Lycanthropie là-encore, mais très originale. Sylvie Huguet a développé un univers tellement personnel qu'elle aurait bien du mal, semble-t-il, et le voudrait-elle, à écrire un récit sans inspiration et de la plus grande banalité. Nombre d'auteurs « fantastiques » ne se gênent pas, gâchant peut-être ainsi l'intérêt d'un genre qui n' a pour seules limites que celles de l'imagination.
EVEIL est un texte qui tient du merveilleux, où l'on retrouve (peut-être) un personnage du DERNIER ROI DES ELFES... et une licorne comme dans LA LICORNE. Sylvie Huguet marie ici le quotidien le plus sordide (un meurtre et un viol terrifiants, mais sans description complaisante) avec la beauté la plus pure (le monde des elfes et des animaux fabuleux qui accueille la jeune victime). Magnifique !
Pour finir, CLAIR D'ETOILES évoque à notre souvenir un très émouvant texte de Robert Bloch, CHEZ LE DINGUE (in LA BOITE A MALEFICES). Comme ici, des malfrats incultes s'introduisent chez un doux rêveur pour lui dérober ce qu'ils croient être des objets de valeur, en fait son bien le plus précieux d'un point de vue sentimental. Chez Bloch, il s'agissait d'une belle collection de B.D, chez Huguet, des pages d'un manuscrit. Un conte pour enfants magnifique qui ne suscitera (forcément) que mépris chez les vandales bassement matérialistes qui roueront de coups le pauvre écrivain. Parmi eux, son petit-fils, pour qui il avait écrit le conte alors qu'il était enfant. Terriblement fort.
Toutes les pages sur la nature sont un régal ; nombreuses dans ces textes, elles se teintent de merveilleux et de beauté pure. Ce qui n'empêche en rien toute la cruauté, la vulgarité et la stupidité du monde des hommes d'exploser dans les pages de ROUGE ALICE, le recueil de Sylvie Huguet qui aborde horreur et fantastique à sa façon, peut-être comme nul autre.

Patryck Ficini

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Isidore et le maharadjah - Pierre Stolze

Yozone, 16 février 2014.

Isidore et le maharadjah, roman jeunesse de Pierre Stolze.

Escale en Inde pour Isidore, et les couloirs du temps s'entrecroisent!
Isidore, en proie à d'horribles cauchemars, se doute que ceux-ci n'ont que peu à voir avec les prochaines vacances de ses parents en Inde et en Afghanistan. Ces rêves évoquent une époque où l'Empire britannique régnait encore sur ces régions, et les thugs, les assassins dévoués à Kali et drogués au hashish, semaient la terreur. Mais il sent Imina en danger, aussi, ni une ni deux, avec l'aide de Mémé Restitude, il part un siècle et quelques en arrière, à la cour du maharadjah de Golcopur où, dit-on, l'incarnation de la déesse Sîta va faire sensation pour l'anniversaire du prince héritier... Tout cela sur fond de révolte orchestrée par les partisans de Kali contre le maharadjah et les Britanniques.
Encore une fois, les aventures d'Isidore sont l'occasion pour Pierre Stolze de nous délivrer en douceur, grâce à l'immersion de son héros (et du lecteur), une leçon d'Histoire souvent méconnue en Occident, plus encore pour nous Français, peu concernés par les déboires des Anglais dans leurs colonies (nous avons bien assez des nôtres). On assistera donc à la chute du pouvoir britannique, commentée par les locaux. Les proches d'Isidore ne manqueront pas de faire le rapprochement avec la révolte de 1857, signe avant-coureur des évènements dont nous serons témoins.
Si certains éléments-cadre restent similaires aux aventures précédentes, comme la facilité avec laquelle Isidore, sorti de nulle part, est vite intégré, et avec déférence, au plus près du pouvoir, Pierre Stolze sait varier le reste de sa trame. Ainsi, Imina apparaît-elle tardivement dans ce quatrième volume, laissant Isidore se débrouiller seul un moment. Et quand elle arrive, coup de théâtre, elle est enceinte! Mais de qui? s'interroge notre héros adolescent. Lui-même se languit d'elle, depuis qu'elle lui a annoncé, à la fin du tome précédent, qu'ils ne s'uniront que dans un an! Quel est ce mystère? Dévoré par une jalousie toute masculine, Isidore ne pense pas aux méandres du temps...
Autre innovation, l'auteur donne une dimension SF aux capacités de nos deux héros, avec l'Œil de Kali, un joyau au pouvoir terrifiant, convoité par les thugs et qu'Isidore et Imina sont venus détruire. Mais tout ne va pas se passer comme prévu, bien entendu...
Je ne veux pas trop vous en dire, seulement que dans cette série où les épisodes pourraient se suivre et se ressembler, l'auteur opère par petites touches intelligentes et efficaces pour ne pas tomber dans le feuilleton, et construit une vraie trame de fond riche en découvertes comme en questionnements adolescents. Alliée à la densité du fond historique, cette histoire se dévore à tout âge avec plaisir.

Nicolas Soffray

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Rouge Alice - Sylvie Huguet

Droit animal, éthique et sciences n°80, janvier 2014.

Rouge Alice, recueil de Sylvie Huguet.

«Rouge Alice» est le titre de la plus longue d'une série de sept superbes nouvelles qui nous sont ici offertes. Toutes portent sur des thèmes animaliers et toutes basculent à l'occasion vers le fantastique. Telle cette jeune étudiante qui se transforme en loup, mais je n'en dirai pas davantage sur ce point, pour ne pas gâcher la surprise et le plaisir des lecteurs à venir. Comme souvent, le fantastique est aussi contrepoint au tragique du quotidien. Une fillette violée par son père, un vieillard torturé par son petit-fils, des chasseurs impénitents... À chaque pas, un univers fantastique inattendu, ancré dans l'animalité, transforme à sa manière le sordide qui suinte du quotidien. Et la merveilleuse écriture de l'auteure, particulièrement élégante et poétique, sait aussi, à chaque instant, au détour de chaque page, métamorphoser le sordide en beauté et nous entraîner vers le rêve, vers des horizons naturels pleins de forêts parfumées, de fleurs de montagne ou de lacs transparents. Ainsi (p.97): «Enchâssée au creux de montagnes abruptes, la prairie était fermée au nord par un glacier qui étincelait comme l'azur [...] une cascade se brisait en poudre d'écume [...] un ruisseau se faufilait entre edelweiss et gentianes.» L'auteure, qui a déjà publié près de cent cinquante nouvelles, souvent d'inspiration fantastiques, nous offre ici une collection qui se lit d'un trait avec passion, et qui, au-delà de nos lecteurs amis des animaux, intéressera un public très large.

Georges Chapouthier

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