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Dossier de presse

Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2015.
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Pont-Saint-Esprit, les cercles de l'enfer - Laurent Mantese

Yozone, 23 décembre 2015.

Pont-Saint-Esprit, les cercles de l'enfer, roman de Laurent Mantese.

Été 1951. Le village de Pont-Saint-Esprit, dans le Gard, est la proie d'un phénomène hallucinatoire inexplicable. Et encore aujourd'hui inexpliqué: un empoisonnement collectif à l'ergot de seigle, hypothèse la plus probable? Faute de pouvoir apporter une réponse authentique, et refusant d'en inventer une (l'affaire est trop récente et trop grave), Laurent Mantese nous replonge, «simplement» oserais-je dire, dans les faits.
Après Dole dans «Le Fantôme du Mur», la collection LoKhale fait escale dans le Gard.
Laurent Mantese emploie la forme encadrée d'un récit fait au crépuscule de la vie du narrateur. Celui-ci évoque sa jeunesse, et ces quelques jours aussi étranges que tragiques dont il fut témoin à Pont-Saint-Esprit. L'auteur s'appuie sur les multiples sources (presse, témoignages, rapports d'enquête) pour insérer son personnage dans la chronologie des événements, y collant au plus près. Il ne s'autorise que quelques incartades fictives (la visite chez l'oncle, la chasse, l'observation du cimetière) qui, sans abuser du fantastique, jouant seulement sur l'étrange, renforce la sensation de malaise chez le personnage et narrateur.
Et c'est tout le paradoxe de ce petit bouquin: la matière originale, «vraie», est déjà si riche qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter. Du coup, la «fiction» passe pour un témoignage réel seulement tempéré par l'avertissement initial.
Le flou est donc déconcertant, au point qu'au sortir de la lecture, terminée par l'excellent dossier composé par Jean-Pierre Favard, j'étais dubitatif, la soif de fantastique inassouvie, mon besoin de savoir le fin mot tout aussi frustré. Je l'ai donc laissé reposer. Et ces doutes sont devenues des qualités: cette retenue dans le fantastique est tant une marque de respect pour les victimes qu'un travail sur le minimalisme. Montrer peu, laisser imaginer beaucoup. Le fait-divers, inexpliqué et mystérieux, n'a pas besoin de fioritures, et entretenir ce flou entre le témoignage réel et la fiction respectueuse est sans conteste le meilleur choix qu'il fallait faire.
Il faut donc accepter que l'auteur n'ait pas lâché les rênes de son imaginaire et tout autant retenu sa plume, pour mieux nous immerger au plus près de ces gens qui ont vécu des heures d'horreur. On ne tournera vers les éditions Malpertuis pour lire les autres ouvrages de Laurent Mantese et y découvrir les autres facettes de son talent.
On saluera le grand travail de recherche de l'auteur et du directeur de collection, dont l'exhaustivité témoigne à elle seule de la complexité de cette affaire nébuleuse. N'hésitez pas à lire l'interview du premier par le second. Lecture qui achèvera de vous convaincre que le fantastique le plus léger est le plus insidieux...

Nicolas Soffray

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Pont-Saint-Esprit, les cercles de l'enfer - Laurent Mantese

Sueurs Froides, 2 novembre 2015.

Pont-Saint-Esprit, les cercles de l'enfer, roman de Laurent Mantese.

La Clef d'Argent est assurément un grand éditeur fantastique. Peut-être pas par la taille de sa structure ou par ses tirages, mais en tout cas il l'est bel et bien par la qualité globale de ses productions. Si l'on peut s'avérer séduit davantage par certains choix éditoriaux que par d'autres, il n'en reste pas moins que la Clef d'Argent aime passionnément le fantastique et parvient presque toujours à transmettre cette passion au lecteur, qu'il soit déjà converti ou pas. En partie par la beauté de ses ouvrages, à l'esthétique toujours soignée, en partie par l'implication et le talent d'auteurs qui méritent d'être découverts et essayés.  
Second « petit roman », après LE FANTOME DU MUR de Jean-Pierre Favard, de la collection Lokhale, PONT-SAINt-ESPRIT LES CERCLES DE L'ENFER ne fait pas exception à ce qui est devenu une règle. Principalement connu pour des recueils fantastiques chez l'éditeur Malpertuis, Laurent Mantese s'attaque ici à un sujet très fort, certainement encore douloureux pour ceux qui en souffrirent, directement ou indirectement, en 1951 dans la petite ville du Gard de Pont-Saint-Esprit.
Hystérie, hallucinations terrifiantes et autres crises délirantes secouèrent bien trois cent personnes de cette commune comme si elle avait été en proie à une mystérieuse contagion à l'origineméconnue. Des forces maléfiques furent-elles à l'oeuvre ? Sans doute pas. En fin d'ouvrage, à travers un dossier très complet, c'est Jean-Pierre Favard, le directeur de collection, qui liste les différentes hypothèses qui furent émises pour expliquer l'inexplicable et l'horrible. De l'intoxication à l'ergot de seigle à la contamination volontaire au LSD par la CIA - à titre expérimental-, tout a été envisagé pour cela. Du plus raisonnable au plus étonnant.
Un sujet comme celui-ci, encore vibrant dans la mémoire collective des français de l'époque, aurait pu donner un roman de contamination un peu trash, en extrapolant sur une réalité déjà terrible et sur des souffrances qui furent bien réelles. Il n'en est rien, plus subtilement, et avec un infini respect pour les victimes, Laurent Mantese reconstitue avec beaucoup de talent toute l'affaire sans jamais verser dans le sordide et le voyeurisme - ce que l'on peut toujours redouter avec une histoire « tirée de faits bien réels ».
Au contraire, l'auteur mêle savamment personnes réelles et fictives (le narrateur notamment) pour peindre la chronique d'un quotidien paisible qui dérape et bascule dans l'angoisse la plus pure.
L'angoisse... on pense d'ailleurs aux romans de B. R. Bruss pour la célèbre collection du Fleuve Noir, des Ïuvres puissantes comme LE BOURG ENVOUTE, NOUS AVONS TOUS PEUR ou LE MORT QU'IL FAUT TUER, qui eux aussi se déroulaient souvent dans des villages ou des petites villes bien françaises.
La Clef d'Argent retrouve ainsi les plaisirs d'un fantastique au charme suranné, celui des années 50. L'éditeur prouve que l'on peut encore, en 2015, évoquer des faits passés et dessiner l'atmosphère d'une époque sans jamais que le plaisir de lecture éprouvé paraisse, lui, daté.
PONT-SAINT-ESPRIT LES CERCLES DE L'ENFER est un roman, inquiétant mais surtout émouvant, qui délivre une petite musique triste. Celle d'un « fantastique réel ». Et donc, comme bien souvent, tragique.

Patryck Ficini

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J'étais assis sur une chaise et je ne faisais rien - Fernando Goncalvès-Félix Sueurs Froides, 26 juillet 2015.

J'étais assis sur une chaise et je ne faisais rien, portfolio de 12 dessins à l'encre de Fernando Goncalvès-Félix.

Après une série de cartes postales très réussie, impliquant divers dessinateurs, LA CLEF D'ARGENT continue d'investir le champ de l'art fantastique avec une enveloppe qui, pour 6 petits euros, contient 12 dessins absolument superbes du très doué FERNANDO GONCALVES-FELIX.
On avait déjà apprécié son talent chez cet éditeur à travers les étonnants recueils de poèmes intitulés LES POUMONS DU DIABLE et DES ANGES QUI PASSENT.
Les 12 dessins noir et blanc contenus dans J'ETAIS ASSIS SUR UNE CHAISE ET JE NE FAISAIS RIEN effraient et fascinent à la fois par leur sombre beauté. On y croise des créatures aussi hideuses qu'originales, que l'amoureux de fantastique se lassera difficilement d'admirer.
Ces dessins peuvent aussi, et bien évidemment, servir de marque-pages insolites pour la lecture des nombreux livres publiés à la CLEF D'ARGENT.
Le tirage est limité à 500 exemplaires : attention, il n'y en aura pas pour tout le monde !

Patryck Ficini

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Le fantôme du mur - Jean-Pierre Favard L'Écran Fantastique n°, juillet 2015.

Le fantôme du mur, roman de Jean-Pierre Favard.

«Parce qu'une histoire se déroule forcément quelque part, la collection LoKhaLe trouve son inspiration près de chez vous». Ainsi Philippe Gindre présente-t-il la première parution de sa nouvelle collection: Le Fantôme du mur, signé Jean-Pierre Favard, qui se déroule à Dole, où vécut Marcel Aymé. D'où une variation sur les univers fantasques de l'écrivain, particulièrement san nouvelle «Le Passe-murailles», le narrateur, prof d'histoire-géo nouvellement nommé dans la cité jurassienne, étant troublé par des coups dans les murs de sa chambre qui proviennent peut-être... Mais les lecteurs de ce charmant et très court roman (à peine 80 pages) le découvriront eux-mêmes, ainsi qu'une brève étude qui lui fait suite, sur Marcel Aymé précisément, due à Philippe Curval. Longue vie donc à cette nouvelle collection.

Jean-Pierre Andrevon

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Les licornes de Thulé - Sylvie Huguet

Yozone, 17 mai 2015.

Les licornes de Thulé, roman de Sylvie Huguet.

Ilgael se languit en Elmoor. Lug n'est plus qu'un vieux loup, rattrapé par la corruption de l'âge. Dans son dernier souffle, il pousse le roi des elfes à abandonner cette terre rongée par les hommes et leurs ambitions pour rejoindre son peuple à Thulé. Accompagné d'Isyl, héritier de Lug, le roi prend la mer, un expérience nouvelle et étrange, pour aborder des jours plus tard l'île mythique de Thulé. Il y est accueilli par les licornes, peuple équin très évolué, disposant de pouvoirs psychiques développés, à la limite de la conscience collective. Conduit au refuge accordé à son peuple, il retrouve quelques vétérans d'Elmoor mais surtout toute une population qui a grandi sans lui, sans les souffrances de la guerre, dans la tradition. Galdween, qui semble le connaître, s'attache à ses pas, voulant devenir son homme-lige, rappelant plus ou moins douloureusement à Ilgael la perte de Lindyll.
Hélas, attiré par les mythes sur les vertus magiques des cornes de licornes, les hommes débarquent bientôt, et seront prêts à tout pour faire main basse sur ce trésor, refusant de reconnaître aux licornes le statut d'êtres pensants. Le conflit est, une nouvelle fois, inévitable.
Bien que cinq ans séparent la parution du «Dernier roi des elfes» et celle des «Licornes de Thulé», l'on pourrait croire que l'auteure n'a pas reposé sa plume entretemps. On retrouve ce style étrange, détaché, entre le récit de fiction et la légende, qui convient bien à la perception du temps des elfes de Sylvie Huguet. Mon collègue Stéphane Pons, à propos du premier tome, invoque «Beowulf» et Tolkien, j'en appellerai pour ma part à lord Dunsany pour décrire cette fantasy qui s'accommoderait mieux des qualificatifs de «merveilleux médiéval».
La structure du roman diffère peu du tome précédent: La menace humaine plane, le roi croit trouver un havre de paix pour les elfes, mais la guerre est finalement inévitable. Aux affrontements directs succèdent les manoeuvres perfides (des hommes, cela va s'en dire), et ce ne sera que lorsque les pertes, hélas des deux côtés, seront trop importantes que le conflit cessera, pour un temps du moins.
Dans ce second volume, les licornes viennent se glisser dans l'opposition hommes/elfes. Mais si le peuple d'Elmoor les considèrent avec respect, et leur reconnaissent intelligence et bravoure, les hommes n'y voient qu'une race animale et une source de profit. Tout comme ils voyaient précédemment en les elfes une race du passé, limite démoniaque, vouée à disparaître. Sylvie Huguet, dans «Les Licornes de Thulé», montre une nouvelle fois l'étroitesse d'esprit des Hommes, leur égoïsme et leur fierté sans bornes, qui se heurte à l'ouverture des elfes et leur vision à (très) long terme. Leur ambition et leur avidité, leur «besoin» de satisfaction immédiate est mal compréhensible des elfes, que l'immortalité rend indolents, presque frivoles à nos yeux.
Les licornes sont à ranger du côté des elfes. Créatures du passé, vouées à disparaître tant leur fécondité est fragile et menacée, elles n'en sont pas moins de redoutables guerrières, elles qui ont débarrassé Thulé des géants et autres trolls qui la peuplaient. On notera évidemment l'absence de mâles (rappel du mythe des Amazones) dans cette société sage, presque idéale; tandis qu'il n'y a chez les hommes aucune femme (sous couvert d'expédition militaire, mais on sait qu'une femme est vite sujet de discorde), et que les elfes vivent séparés, ne se retrouvant qu'à la «saison des amours».
Il faut voir Galdween, bien évidemment, comme une reprise du motif de l'elfe lige. Mais à la différence de Lindyll, Ilgaël accepte Galdween à ses côtés car ce dernier s'impose, dans la tradition elfique, comme son serviteur, tandis que le roi elfe avait adopté l'humain comme son âme soeur (voire son fils, même si l'expression ne convient pas aux elfes qui ne s'attachent pas à la filiation par le sang). On lèvera finalement le voile sur cet entêtement de Galdween à servir le roi, et sur les effets contradictoires sur l'humeur d'Ilgaël: vouloir remplacer Lindyll à ses côtés, dans sa mémoire ou dans son coeur tient pour lui de la trahison. On découvrira en fin de récit que si l'objectif de Galdween est la pénitence et la recheche du pardon, sa manoeuvre permettra au roi de faire le deuil de son ami. Même s'il mettra longtemps à le comprendre, comme chacun confronté à la perte d'un être cher.
Deux visions du monde et de l'Autre, honneur et félonie, mémoire et oubli, enfin le pardon, voilà tout ce que brasse, sous couvert d'une fantasy à nulle autre pareille, le roman de Sylvie Huguet.

Nicolas Soffray

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Darkrün - recueil de Pierre Brulhet

Phénix-Web, 4 mai 2015.

Darkrün, recueil de Pierre Brulhet.

Avec Darkrün, Pierre Brulhet nous livre un recueil permettant au lecteur de connaître ses différentes facettes, avec les risques que cela comporte. En effet, si un lecteur fan se procure l'ouvrage, il ne pourra qu'être ravi d'une telle diversité. Par contre, pour un lecteur plus habitué à tel ou tel genre, brasser autant d'univers peut le perdre en chemin. Alors qu'en est-il?
Darkr
ün s'ouvre sur une préface décalée dont seul Jean-Pierre Favard (qui a déjà été chroniqué sur Phénix) a le secret.
Le trésor de l'arbre aux fées ouvre la danse mais, malgré son empreinte non dénuée de poésie, ne parvient pas à me conquérir. L'histoire a un petit quelque chose de déjà vu qui me perturbe.
Dans Le long puit, Pierre nous livre une pure pépite de fantastique baignant dans une atmosphère de légendes africaines.
Trois amours est un texte dont l'essence tient en deux mots: magique et émouvant.
Vient ensuite Darkr
ün et son univers SF/fantasy à l'ancienne mais diablement séduisant.
La faille met en scène un univers lovecraftien au même titre que Signes. Ces deux hommages sont réussis.
Mac Gothum (le notaire de l'étrange) ne sera pas inconnu pour les inconditionnels de Pierre qui auront déjà pu le lire en fin du roman Le manoir aux esprits aux éditions JPL.
Bien d'autres textes vous offriront de délicieux moments de fantastique: Fantasm 13, Après…, Le corset ou encore Les poupées.
Mais, s'il y a un texte que je désire placer hors du lot, c'est La cabane. Un pur joyau de fantastique empli de la part sombre de l'humanité. Un texte bouleversant, mené d'une main de maître par le sieur Brulhet.
Avec Darkr
ün, Pierre Bruhlet nous offre un magnifique florilège de son talent! Chapeau bas à cet écrivain qui, à chaque parution, réussit à me séduire et me surprendre.

Frédéric Livyns

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Le fantôme du mur - Jean-Pierre Favard

Sueurs Froides, 4 mai 2015.

Le fantôme du mur, roman de Jean-Pierre Favard.

LE FANTOME DU MUR est une assez longue novella de Jean-Pierre Favard publiée à La Clef d'Argent dans une tout nouvelle collection dont l'auteur est aussi le directeur, Lokhale. Le concept est intéressant : une histoire fantastique qui se déroule dans un lieu précis (ici, la ville de Dole, intimement liée au passé de l'éditeur), à laquelle est associé un dossier sur le ou les thèmes traités. En l'occurrence, c'est cette fois le grand auteur de S.F. Philippe Curval qui s'y colle pour nous évoquer l'immense Marcel Aymé, dont on n'a pas oublié la fameux PASSE-MURAILLE, entre autres contes fantastiques. Le dossier intéressera ceux qui veulent aller plus loin et se cultiver au-delà du simple plaisir de lecture. Notons enfin, que ce petit livre est emballé sous une chouette couverture photographique de Philippe Gontier (associé à son fils Léo), créateur du BOUDOIR DES GORGONES, une revue fantastique dans tous les sens du terme, et dont a déjà dit grand bien en ces pages.
LE FANTOME DU MUR est en effet un bel hommage à Aymé, à travers une intrigue qui évoque ses textes, notamment dans un final particulièrementbien conçu. Jean-Pïerre Favard, un peu comme dans son ASCH-MEZAREPH (éditions Lokomodo), entremêle brillamment les fils de l'histoire locale de Dole et du Jura avec un arrière-plan alchimique à mesure que son héros progresse dans son enquête, pour comprendre (peut-être) quel est l'origine du fantôme qui hanterait la maison de la vieille ville où il habite. A cela s'ajoute bien sûr des éléments biographiques liés à la vie de Marcel Aymé, qui vécut à Dole.
Les personnages principaux sont très attachants. Il s'agit d'un prof d'histoire qui sort d'une rupture et qui se prend d'amitié pour sa voisine, une vieille dame sympathique qui cache peut-être un passé difficile, notamment avec les violences qu'elle dut subir de la part de son mari. Leurs relations se teintent souvent d'émotion, notamment lorsqu'il est question d'un inévitable départ en maison de retraite...
On se prend vite d'intérêt pour les recherches du narrateur. LE FANTOME DU MUR est une nouvelle réussite de Jean-Pierre Favard dont on avait déjà apprécié ici les recueils et les romans au contenu si varié. LE FANTOME DU MUR est très fantastique et très romantique. Deux caractéristiques qui vont bien ensemble.
On ne peut que souhaiter longue vie à Lokhale, qu'elle nous fournisse d'autres petits textes aussi épatants et implantés dans leur sol et tout ira bien. Félicitons nous aussi de l'attachement de La Clef d'Argent à la forme courte à travers ses nombreux recueils et « petits » romans. Ce genre littéraire est assurément moins vendeur que la littérature « épaisse » et vendue au kilomètre, et si les petits éditeurs ne le défendaient pas, qui d'autre le ferait ? En tout cas, aussi joliment...

Patryck Ficini

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Le fantôme du mur - Jean-Pierre Favard

Les lectures de l'Oncle Paul, 26 avril 2015.

Le fantôme du mur, roman de Jean-Pierre Favard.

Hommage à Marcel Aymé et au Passe-Muraille.
À Dole dans le Jura, là où vécu durant son enfance perturbée Marcel Aymé, existe une maison dont la construction remonte à plusieurs siècles. Au dessus de la porte d'entrée figure une inscription gravée dans la pierre et dont seuls les initiés et les amateurs de vieilles pierres connaissent l'existence.
ABEANT FURES MURES LEMURES.
Des lettres ravagées par le temps et le narrateur n'en possédera la signification complète qu'au bout d'intenses moments de réflexion et en ravivant ses souvenirs de latiniste.
Mais que fait le narrateur en cette bonne ville de Dole. Encore une histoire d'amour qui s'est terminée en vrac. Emargeant à l'Eduction nationale, il a demandé à être muté dans une autre académie. Professeur d'histoire et de géographie, il s'est retrouvé dans la cité jurassienne par hasard, mais il ne s'en plaint pas.
Afin de passer le temps et comme c'est une passion chez lui, il se renseigne aussi bien auprès des bouquinistes de diverses institutions, Archives départementales par exemple, afin de s'imprégner de l'âme de la ville. Mais il existe aussi une autre raison à ses recherches.
Madame Angèle, sa voisine nonagénaire et plus, lui affirme qu'un fantôme réside dans les murs. Il est vrai que son appartement était inoccupé depuis très longtemps, mais les quatre-vingt-quatorze printemps d'Angèle ont peut-être influé sur son esprit. Justement il s'agirait d'un esprit frappeur. Le narrateur pensait au début qu'il s'agissait d'un problème de robinetterie ou du travail du bois dans la charpente et les cloisons.
Mais cette histoire de fantôme qui traverserait les murs l'intrigue et il se doit de résoudre cette affaire de passe-muraille. Madame Angèle le prend sous sa coupe, lui préparant de petits repas qu'elle apporte dans une assiette qu'elle refuse de récupérer.
L'occasion rêvée pour le narrateur, et l'auteur, de nous faire découvrir Dole par ses aspects géographiques, historiques et touristiques, avec l'attrait lié à la curiosité, en échappant à la pédagogie primaire et en incluant poésie et humour. Un bel hommage à Marcel Aymé puisque cet ouvrage comporte en outre :
- Marcel Aymé, le faussaire du quotidien par Philippe Curval.
- Une biographie non exhaustive de Marcel Aymé.
- Les ouvrages consultés et un articulet concernant les illustrations de couverture.

Paul Maugendre

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Le fantôme du mur - Jean-Pierre Favard

Yozone, 27 avril 2015.

Le fantôme du mur, roman de Jean-Pierre Favard.

Un prof d'histoire s'installe à Dole. L'occasion d'un nouveau départ après une rupture amoureuse. Sans repères et un peu à la dérive, il est pris sous l'aile d'une petite vieille qui lui parle alors du fantôme qui habite l'immeuble.
En cet été, avant la rentrée, ce fantôme sera le moteur de la renaissance de cet homme, qui va se jeter à corps perdu dans l'histoire de la ville, ses liens avec le fantastique très vite incarné en un auteur, Marcel Aymé, et son célèbre "Passe-Muraille".
Jean-Pierre Favard sait jouer sur de nombreux registres du fantastique. Ce "Fantôme du Mur", qui inaugure une nouvelle collection à la Clef d'Argent, destinée aux histoires à ancrage local fort. On commence avec le Jura et Dole. Comme dit en ouverture, cela aurait pu être ailleurs, mais c'est là.
L'histoire est courte, 70 pages, et le récit à la première personne alterne le présent du narrateur, sa nouvelle vie, seul; son passé et Aurélie, qui l'a abandonné/jeté; et ses recherches, sur l'histoire du Jura, de Dole et bien vite sur le fantastique, l'alchimie et Marcel Aymé. Et, la chaleur estivale et la solitude aidant, il s'emballe un peu. Pour s'occuper l'esprit, penser à autre chose qu'à sa vie brisée, pour se projeter en avant. Il fait feu de tout bois: le livre de Camille Flammarion, la jeunesse de Marcel Aymé dans les environs, la devise latine sur la porte.
Tandis que le temps passe, qu'il se remet lentement sur les rails avec l'approche de la rentrée, la vie a suivi son cours, sa vieille voisine part en maison de retraite, lui laissant la garde et le bon soin du spectre. Ce n'est qu'un peu plus tard qu'il lèvera le voile sur ce mystère, plus prosaïque que ses relectures des brèves aventures de Garou-Garou ne le lui avaient laissé imaginer.
Truffé de références, de citations (d'Aymé, principalement, vous l'aurez compris), ce petit ouvrage fait preuve d'une érudition plutôt agréable. Jean-Pierre Favard, derrière son personnage de prof d'histoire, s'en donne à coeur joie pour parler de sa région, le temps d'une leçon dynamique propre à captiver des collégiens mous et narcoleptiques. Le passage sur l'alchimie rappelle ses capacités dans le thriller ésotérique ("L'Asch Mezareph"), et cet emballement irrésistible lorsque toutes les pièces d'un puzzle semblent si bien s'emboîter.
Mais c'est avec la vielle Mme Angèle que la plume de l'auteur fait merveille, produisant une émotion de tout instant au travers de ce lien ténu et fragile auquel ces deux âmes à l'abandon se raccrochent pourtant mutuellement.
Du coup, on se plaindrait presque que c'est trop court. Mais cette brièveté va de pair avec la temporalité du récit, cette alternance de langueur et de frénésie qui s'empare du narrateur, un temps qui file trop vite ou s'étire sans fin quand on ne voudrait que voir le soleil enfin se coucher.
Et si jamais la concentration de savoir ne vous paraissait pas suffisante, Philippe Curval reprend en postface un article initialement publié en 1977.
Après cela, qu'on nous dise encore que les auteurs de SF ne sont pas des érudits...

Nicolas Soffr


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Sex, drugs & Rock'n'Dole - Jean-Pierre Favard Yozone, 11 avril 2015.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, roman de Jean-Pierre Favard.

Découvrez Dole, ses rockers fous, sa magie cachée, ses destins tragiques. Longez ses canaux, empruntez ses ruelles. Mais méfiez-vous: le diable n'est jamais caché très loin.
Sous une élégante couverture signée Sényphine, à la fois inquiétante et sombre, qui illustre à la perfection ce roman, grouillent toute une série de personnages qui pensent vivre dans un univers plus lumineux, tout simplement la ville de Dole et ses environs, où ils croient être capables de tirer leur épingle du jeu. Edie, Rock-star rencontrant un étrange grimoire, Jean-Luc, hilarant banquier sous acide, Bernie, batteur et parolier, Damien, journaliste, Amandine, son amie, et quelques autres individus découvrent peu à peu que le monde n'est pas tout à fait ce qu'il paraît être. Car certes oui, la vie est parfois belle et prometteuse, et l'on peut vraiment s'y amuser. Certes, on peut dealer des tickets restau contre de l'acide ou faire en sorte que les machines à brouillard des concerts rock diffusent des substances hallucinogènes. De la sorte, chacun pourra voir les démons, ou croire les voir. Sans se douter que le diable, le vrai, n'est jamais tapi très loin. Et qu'il n'est jamais bon de se sentir suffisamment futé pour dealer avec lui.

«Souvent, elle songeait que si elle était née plusieurs siècles auparavant, elle serait sans doute devenue une sorcière.»
«Sex, drugs and Rock'n Dole», qui tient à la fois du polar et du récit fantastique, c'est aussi la culture éclectique de l'auteur et de ses personnages, d'une génération nourrie à la fois aux classiques et à la pop: aussi Jean Pierre Favard mentionne-t-il par l'intermédiaire de ses personnages des auteurs et personnalités comme Alan Moore, Aleister Crowley, Anne Rice, Poppy Z. Brite, Edgar Allan Poe, Charles Baudelaire, Jacques Cazotte et bien d'autres. Mais pas seulement: on trouve également en background la culture musicale, et plus particulièrement quand elle est associée à des éléments mystérieux: tous ces musiciens (Brian Jones, Kristen Pfaff, Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Kurt Cobain) morts à l'âge de vingt-sept ans, et le mystérieux carrefour où des joueurs de blues comme Leroy Johnson auraient vendu leur âme au diable en échange d'une virtuosité surhumaine. C'est dire que les rockers de Dole pourraient bien, eux aussi, emprunter des voies ni tout à fait catholiques, ni tout à fait cartésiennes. Et emporter du joli monde avec eux.

«Pour elle, les écrivains représentaient sans nul doute les derniers punks encore en activité.»
«Sex, drugs and Rock'n Dole», distrayant, amusant, plein d'humour, agréable et facile à lire, avec ses tout juste cent-quarante-trois pages, est très exactement le petit roman qu'il faut pour découvrir Dole une journée d'été. D'été, voire de printemps, mais non pas des autres saisons: car lorsque l'on a affaire au diable, la fin pourrait bien n'être pas tout à fait optimiste, et même se révéler particulièrement âpre. A éviter, donc, les journées sinistres d'hiver et les après-midi déjà crépusculaires d'automne. Alors, oui, une longue journée de soleil: Dole ne manque ni de parcs ombragés ni de terrasses de cafés où lire ici et là quelques chapitres avant d'aller baguenauder à travers les rues et quartiers décrits par Jean-Pierre Favard.
La rue Pasteur avec sa maison natale, le lycée Charles Nodier, la Basilique Notre Dame, la Commanderie, le port de plaisance, la passerelle enjambant le pont du Rhône au Rhin, le canal des Tanneurs, la rue des Vieilles Boucheries, la place aux fleurs et sa statue quadricéphale, la treige des Dames d'Ounans: Jean-Pierre Favard nous propose une belle promenade historique, architecturale et culturelle. Quant au laboratoire du professeur Emile Chapouillaud et à l'Institut D'Ethnocosmologie Appliquée de Dole ( «Ce bâtiment, il n'y avait jamais prêté attention. Il pensait qu'il s'agissait d'une usine. Ou d'un entrepôt. En tout cas de tout sauf d'un laboratoire spécialisé dans les recherches paranormales» ), bien malin qui saurait le trouver. Mais c'est ainsi: il doit rester une part d'ombre, de rêve et d'inconnu.

«Après tout, ne dit-on pas que toutes les légendes sont fondées sur une part de vérité, plus ou moins importante ? Et que c'est précisément grâce à cela si elles parviennent à traverser les âges et à hanter nos esprits, aujourd'hui encore ?»
Cette part d'ombre, de rêve et d'inconnu, ce mélange intime entre réalité et fiction offert par Jean-Pierre Favard il y a quelques années, ce goût de la ville et du fantastique dissimulé dans ses ombres devaient forcément ressurgir. Philippe Gindre, l'un des éditeurs de Jean-Pierre Favard, lui a offert récemment les clefs non pas d'une ville imaginaire, mais d'une collection bien réelle, baptisée LoKhaLe. Aux éditions La Clef d'Argent, LoKhaLe sera une nouvelle série d'ouvrages consacrés aux villes et à leurs mystères, et au sujet de laquelle on trouvera quelques informations en suivant ce lien. Des volumes dont on ne doute pas qu'ils prendront la digne suite de «Sex, drugs and Rock'n Dole».

Hilaire Alrune

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Aubes trompeuses - Jean-Pierre Andrevon Bifrost n°77, janvier 2015.

Aubes trompeuses, recueil de Jean-Pierre Andrevon.

Il y a une petite mélodie Andrevon, ce qui ne surprend guère quand on songe que l'auteur se fait volontiers musicien. Même si on retrouve des thèmes récurrents dans toute l'oeuvre, c'est dans ses nouvelles qu'il les explore avec une ardeur inébranlable. Rien de nouveau sous le soleil: il y a plus de quarante ans, son deuxième livre, après le premier roman, était déjà un recueil.
Aubes trompeuses réunit neuf textes issus des revues de genre (Faerie, Khimaira, Bifrost) et d'autres supports (Libération ou, ben tiens, Chorus, entre autres), publiés sur une douzaine d'années, hormis une antiquité de 1973 (dans une «nouvelle mouture», indique JPA) et un inédit. Comme souvent dans ses florilèges, la SF côtoie -- et tutoie -- le fantastique.
On voit un chanteur appelé «Jip» auprès de Brel, Brassens et ses autres idoles dans ce qui pourrait être une après-vie; un TGV et ses passagers projetés dans un mouvement de balancier spatiotemporel qu'un van Vogt n'aurait pas renié; un univers virtuel cataclysmique dissimulant... non, ce serait déflorer le texte; l'agonie de l'humanité, ici dans les affres du post-pétrole, qui offre à la planète des lendemains peut-être plus radieux (une constante chez notre auteur, qu'on se souvienne de titres comme Le Désert du monde et Le Monde enfin); une fable à la Ballard, terrifiante de cocasserie apparente, sur la surpopulation; et ainsi de suite.
Il y a une petite mélodie Andrevon, mais mieux vaut prévenir: elle tient souvent de la mélopée. Même si «le monde était frais et clair», il peut toujours s'agir d'une «aube trompeuse». Toutefois, dans la grisaille ou la noirceur, il subsiste la couleur des sentiments, l'amour, l'amitié, voire -- il faut chercher -- l'espoir. ll y a surtout une belle maîtrise de la langue, une poésie réelle et, afin de chahuter quelque peu le bourgeois, une dose de cul quand la routine menace de s'installer.
Avec sa couverture, elle aussi due à notre homme, mettant en situation un emblème de sa ville, Grenoble, ce volume, sous sa modestie apparente, montre le talent protéiforme d'un de nos écrivains les plus précieux -- au meilleur sens du terme.

Pierre-Paul Durastanti

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