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Dossier de presse

Cette page contient notre dossier de presse pour l'année 2010.
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Elegy n°66, 17 décembre 2010.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, recueil de Jean-Pierre Favard.

Il est toujours hasardeux d'écrire une histoire basée dans sa totalité (ou presque) sur un concert de rock, et sur la magie trouble, par nature liée à ce type de manifestation. Si certains y parviennent avec panache (on pense à Mélanie Fazi, dans nombre de ses nouvelles, ou à l'extraordinaire GiG de James Lovegrove) on ne compte pas le nombre de tentatives qui tombent vite à plat. Ce n'est ici heureusement pas le cas, bien au contraire! Sex, Drugs & Rock'n'Dole, court et fascinant petit roman, est un véritable hommage à la musique... eh bien, du Diable, forcément! Vous vouliez savoir pourquoi tant d'icônes du rock se sont si prématurément éteintes? Venez donc faire un tour à ce concert-là, à Dole dans le Jura! Une égérie de la scène goth rock, au zénith de sa gloire, met en pratique les secrets d'un bien étrange grimoire pour offrir aux spectateurs -- et à nous lecteurs -- une véritable nuit de Sabbat. L'auteur alterne les points de vue d'une poignée de personnages hauts en couleur pris dans le même tourbillon, en crescendo vers un final un peu trop prévisible mais qui n'atténue en rien le plaisir de cette lecture... littéraire en diable!
Sire Cédric

Voix du Jura, décembre 2010.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, recueil de Jean-Pierre Favard.

Edie, est une chanteuse à la mode. Toutes les télévisions se l'arrachent. Elle est la nouvelle star de la scène gothique française. Elle a tout pour se sentir bien dans sa vie. Seulement, en devenant une star, elle a oublié qui elle était vraiment, d'où elle venait. Au cours d'un concert mémorable à la Commanderie de Dole, la jeu ne chanteuse disparaît... Les spectateurs ont de cette soirée des souvenirs extrêmement bizarres. Mais qu'est devenue Edie. S'agit-il d'une disparition volontaire? D'un rapt? D'une manipulation? Jean-Pierre Favard dresse un portrait sans concession de la condition de star et des nombreux fans qui les entourent en dressant avec malice des portraits saisissants de vérités. Ce livre a fait l'objet d'un tirage de tête limité à 50 exemplaires. Présenté sous coffret, chaque exemplaire est accompagné d'objets tirés du roman. Un beau cadeau pour les amateurs de littérature de l'imaginaire.


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Psychovision.net, novembre 2010.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, recueil de Jean-Pierre Favard.

Tant qu'il y aura du rock'n roll, il y aura de la vie! Et quand en plus le rock s'invite dans la littérature fantastique ça me plait. Sauf que d'habitude c'est de l'autre côté de l'atlantique que l'on s'amuse à ce genre de télescopage. La France n'est pas un pays rock'n roll ? Et bien si! On peut même placer un concert rock en plein coeur du Jura, avec des cas de possession, des démons, des sortilèges et tout un tas d'autres trucs absolument géniaux! En tout cas Jean Pierre Favard l'a fait!
Le livre commence par une citation d'un homme que j'admire au plus haut point: Montague Summer. Ce démonologue émérite à fait graver sur sa tombe: "Racontez-moi des choses étranges". Et c'est ce que je demande à tous les auteurs quand j'ouvre un livre et c'est ce qu'à réussi à faire Jean Pierre Favard. Alors son histoire n'est peut être pas la plus originale qui soit mais elle a eu au moins le mérite de me surprendre malgré tout: Edie est une chanteuse célèbre, une icône pour la scène gothique rock. Elle est en pleine tournée et elle donne un concert à Dole dans le jura. Mais en plus de la musique, en plus du succès, la jeune femme à envie d'autres expériences. Envie peut-être d'aller toujours plus loin. Alors quand elle reçoit ce vieux grimoire, elle est prête à tout pour expérimenter de nouveaux horizons. Mais cette fois ci elle est allée trop loin et suite à ce concert à Dole qui deviendra mémorable, la jeune femme disparaît. Nous allons suivre alors plusieurs tranches de vie, plusieurs personnages tous différents qui ont tous une façon bien particulière de gérer la disparition de la jeune fille... Je ne peux pas vous en dire plus, il faut garder le mystère. Bon, il faut le reconnaître, il y a quand même un petit goût de déjà vu dans ce livre et le mystère est vite éventé. Mais pourtant, ce court roman est un vrai régale de lecture. Pour plusieurs raisons...
La première c'est qu'ouvertement Jean-Pierre Favard cite par exemple Poppy Z Brite, donc une certaine idée du roman américain, mais sans jamais perdre sa "nationalité" française. Ce qui au final crée un décalage absolument épatant. La même histoire portée à la Nouvelle Orléans aurait été d'une nullité affligeante. Mais là, en écrivant et en déclarant son amour à la ville de Dole, ça crée véritablement quelque chose d'étrange, de plus proche de nous aussi, de décalé, et c'est génial!
La seconde grosse qualité de cet auteur, c'est que l'on sent que l'écriture de Jean Pierre Favard est complètement décomplexée. J'imagine l'auteur devant son PC, se disant: je vais écrire un "truc" qui me plait et tant pis pour le reste! Le maître mot c'est plaisir! Se faire plaisir et du coup ça fait plaisir au lecteur. C'est une alchimie rare et ça donne un excellent roman, qui se lit rapidement, simplement, et avec le plus grand des bonheurs! Tant pis si ce n'est pas à la mode, tant pis si ce n'est pas le "truc" le plus original, tant pis si ca ne plait pas à tout le monde. C'est aussi ce qui fait la grande qualité de ce roman et c'est bien sûr ce qui m'a plu.
Alors je vous mentirais en vous disant que cette oeuvre est la plus originale qui soit! Non, bien au contraire on avance en territoire connu, avec des possessions, de la musique rock, une sombre histoire de démons mais c'est aussi ce qui fait que l'oeuvre devient intéressante à lire et surtout que c'est un véritable plaisir. C'est un régale à lire comme on prend plaisir à regarder une véritable série B.
Jean Pierre Favard assume ses références, s'en amuse et nous entraîne au final dans une aventure qui devient surprenante! J'ai personnellement trouvé ça stupéfiant.
Et puis il y a de la folie, du courage et de la vie dans ce qu'il écrit avec des personnages proches de nous, des cadres qui pètent les plombs, des petites frappes qui sont dans les mauvais coups, des jeunes filles un peu perdues, des idoles qui n'ont aucune raison de l'être et surtout le rock vu de derrière la scène... Et oui, tant de choses en un si petit roman que ça en devient fabuleux! Une bien belle histoire de sexe, de drogue et de Dole!

Le Cimmerien

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ActuSF, novembre 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

Pour le second titre dont je voudrai parler, nous allons quitter des territoires plutôt dédiés à la space fantasy chère aux Edgar Rice Burroughs de John Carter ou au Cycle de Mars de Leigh Brackett pour revenir vers la matière elfique avec la publication chez le petit éditeur La Clef d'Argent d'un court roman de Sylvie Huguet, Le dernier roi des elfes. Adoptant la thématique du texte dans le texte, Sylvie Huguet, qui a déjà publié plus dune centaine de nouvelles dans des revues telles que Nouvelle Donne, Solaris, Brèves, le Codex Atlanticus, etc..., nous propose une histoire venue du futur qui atteste l'existence des elfes et en donne pour preuve la reproduction d'un manuscrit accompagné des notes de son découvreur, l'archéologue Sandwell. Ce récit raconte l'aventure de Lindyll, un enfant humain recueilli par Ilgaël, roi d'lmoor, et dernier souverain des elfes à un époque où les armées humaines conduites par le roi Louis repoussaient toujours un peu plus loin les frontières du domaine des elfes, abattant les arbres de leurs forêts, tuant les loups leurs alliés, s'emparant de l'ivoire des licornes et réduisant les trolls à l'impuissance. Mais avant que les racines de l'arbre d'Yggdrasil soient à jamais chassées des terres des hommes, il y eut ces dernières batailles où s'illustra Lindyll, l'homme elfe, s'efforçant de convaincre sa race d'origine de conclure une paix juste avec le peuple des forêts. Mais son entreprise était vouée à l'échec car les hommes avaient décidé d'exterminer les elfes car leur Dieu leur avait promis le monde et ils devaient faire périr ces démons par le fer ou par le feu. Dés lors la torture fut sa seule récompense.
Prolongement d'une nouvelle, L'anneau d'Ilthiar, publiée en 2001 dans le numéro 50 de la revue Chimères de Josiane Kieffer, ce court roman aurait pu s'intituler Le crépuscule des elfes, tant il baigne dans une oppressante ambiance fin de règne rendue encore plus pesante par l'intimité des rapports père-fils et par la surenchère dont doit faire preuve Lindyll afin de prouver sa loyauté à son peuple d'adoption, prouvant une fois de plus tout le talent de Sylvie Huguet à décrire dans un style admirablement ciselé où chaque mot compte les noirs méandres de l'âme, humaine, ou elfique, comme elle a su si bien le faire dans son recueil La vraie nature du croquemitaine publié conjointement par Le bruit des autres et Encres vagabondes en 2009. Rédigée dans une écriture volontairement travaillée et empreinte d'une profonde mélancolie cette histoire toute en noirceur nous rappelle parfois certains passages des Chroniques des elfes de Jean-Louis Fetjaine, tout en entretenant un certain parallèle avec l'extermination des indiens d'Amérique du Nord (mise en avant de la fécondité des humains par les roi des elfes, plus on en tue et plus il en arrive). Mais il a également le mérite de sortir le peuple de la forêt de l'image assez mièvre où il est parfois cantonné, rappelant qu'il peut faire preuve d'autant de cruauté que son adversaire qui, l'Histoire humaine l'atteste, n'est pas en reste dans ce domaine. C'est donc un petit livre qui s'inscrit parfaitement dans le cadre de la collection KhRhonyk destinée à accueillir les Chroniques merveilleuses et terrifiantes de royaumes de l'imaginaire et dont la lecture conviendra parfaitement à tous ceux qui hésitent à se lancer dans les gros pavés où les cycles à rallonge lots communs de la Fantasy contemporaine.

Jean-Luc Triolo

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Freaksn°5, 30 octobre 2010.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, recueil de Jean-Pierre Favard.

Edie, une chanteuse sensuelle et charismatique, à la fois glam, goth et punk, marche dignement sur les traces de Jim Morrison, Jimi Henrix, Janis Joplin et Stiv Bators. Un soir électrique, elle décide de disparaître au sommet de sa gloire pendant son dernier concert donné à la «Commanderie», à Dole. Elle a tout prévu, son dernier show sera unique, orgiaque et surtout mystérieux, même ses musiciens ignorent ce qui se trame en coulisses... Ce soir la devise «Sex, Drugs and Rock'n'Roll» prendra tout son sens, ce sera une véritable hystérie collective, un déchaînement de forces obscures et dionysiaques qui marquera l'histoire du rock, son public et la destiné de certains de ses fans à jamais...
Après sa trilogie alchimique, «La seconde mort de Camille Millien» et plusieurs nouvelles publiées de-ci de là, Jean-Pierre Favard revient en force avec ce cinquième roman très prometteur édité par «La Clef d'Argent», maison d'édition indépendante qui n'a pas fini de faire parler d'elle notamment avec ce titre: «Sex, drugs & Rock'n'Dole». Celui-ci devrait ravir les amateurs de rock (au sens large), de sorcellerie et d'intrigue rondement menée. C'est un roman palpitant d'un bout à l'autre, vous n'aurez qu'à vous laisser porter par la prose fluide de l'auteur qui égratigne au passage ses personnages, l'industrie du disque et les média avec un humour corrosif. Ce polar où se mêlent fantastique, satanisme et ésotérisme devrait donner à certains l'envie de ressortir leurs vieux albums de rock 70's et les blousons de cuir. Un pur moment de Rock'n'Roll!!!
N.D.L.R.: Notons que la suberbe couverture du roman et les produits dérivés disponibles dans le coffret de l'édition limitée sont signés Senyphine. Nous ne pouvions donc pas manquer cette deuxième collaboration entre nos deux artistes rencontrés à l'occasion de notre numéro 1 qui tombe pile poil pour fêter nos un an... Un très beau cadeau en somme...

H.-P. B.

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Freaksn°5, 30 octobre 2010.

Les poumons du Diable, recueil de Fernando Goncalvès-Félix.

C'est la première fois que nous faisons une chronique sur un recueil de poèmes dans nos pages et pour cause, Fernando Goncalvès-Félix nous a littéralement bluffés, n'ayons pas peur des mots! «Mes os», «Le corbeau», «L'obsession», «Une vérité de la nuit» autant de poèmes offerts comme des fleurs du mal qui ravivent nos maux quotidiens. Comme il le dit lui-même dans sa rapide biographie, une enfance heureuse ne l'a pas empêché obsédé par des univers monstrueux et surréalistes, d'être hanté par des visions cauchemardesques qu'il s'évertue à retranscrire non sans humour (voir «Petit à petit») pour notre plus grand plaisir de mortel. Sa prose sombre, à la fois violente et dérangeante (le poème «Tue» pour ne citer que lui), souvent intime et sensible («La roue de l'infortune»), accompagnée de ses illustrations torturées, nous plongent d'emblée dans les méandres de cet univers macabre qui fonde sa démarche artistique. Fernando, avec des textes courts, provocants et souvent lourds de sens, redonne avec un certain cynisme ses lettres de noblesse à la poésie la plus noire...

Zal et H.-P. B.

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Sueurs Froides, 14 octobre 2010.

Sex, drugs & Rock'n'Dole, roman de Jean-Pierre Favard.

À lire SEX, DRUGS & ROCK'N'DOLE, on pense souvent à la CORALIE TRINH THI de BETTY MONDE pour toute la première partie (le concert de rock gothique qui tourne mal, le personnage torturé de la chanteuse Edie qui évoque immanquablement Betty). Une auteure à l'étonnante carrière, appréciée de SUEURS FROIDES, puisqu'elle a aussi co-réalisé BAISE-MOI. On peut aussi songer à quelques pages de SIRE CEDRIC (le concert de MOONSPELL dans DE FIEVRE ET DE SANG).
L'univers gothique est intimement lié au fantastique et au macabre, comme celui, plus largement, du rock. Pas étonnant donc de découvrir ici une nouvelle histoire de pacte avec le diable, un classique du genre depuis le mythe de FAUST. Bien exploité, comme c'est le cas ici, le gothique est bourré de potentiel pour donner naissance à une fiction séduisante (on est loin d'une série Z juste sympa comme GOTHIC VAMPIRES FROM HELL!). On peut même parler d'un réel pouvoir de fascination.
JEAN-PIERRE FAVARD semble bien connaître le monde musical qu'il décrit. En tout cas, l'ambiance du concert (qui vire à la partouze ponctuée d'actes violents!) est fort bien rendue à travers une intéressante structure éclatée qui donne au lecteur le point de vue des différents personnages que l'on retrouve tout au long de cet attachant petit roman. L'idée de situer l'action à Dole est excellente aussi (avec le passage obligé par L'INSTITUT D'ETHNOCOSMOLOGIE APPLIQUEE, bien connu des fidèles de LA CLEF D'ARGENT).
Rock n'roll oblige, ARMAGEDDON RAG, roman culte de GEORGE R. R. MARTIN n'est pas loin non plus. On retiendra aussi une intéressante hypothèse sur la mort prématurée de nombreuses stars du rock.
Alors, le rock, musique du diable?

Patryck Ficini

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Sueurs Froides, 14 octobre 2010.

Sentences létales, recueil de Nihil Messtavic.

«La vie oscille comme un pendule, de la souffrance à l'ennui» Un bien bel aphorisme ténébreux du philosophe allemand SCHOPENHAUER, cité par FREDERIC FAJARDIE dans l'un de ses polars géniaux.
Une noirceur, un pessimisme, et un sens de la formule définitive, que l'on retrouve dans une bonne part des aphorismes de NIHIL MESSTAVIC, dont la CLEF D'ARGENT nous délivre aujourd'hui un second recueil.
Humour noir, misanthropie, dégoût de la vie, vision négative de tout ce qui est... Par moments, MESSTAVIC évoque aussi le LOVECRAFT le plus dark.
Paradoxalement, on prend un plaisir (sadique?) à lire ces vérités (qui ne sont pas LA vérité) souvent remarquablement exprimées, d'une plume élégante et maîtrisée. Très clairement, on peut les apprécier pleinement sans pour autant les partager entièrement. NIHIL MESSTAVIC est-il (était-il?) aussi pessimiste et nihiliste que ses propos semblent l'affirmer, ou n'est-ce là qu'un jeu, une pause de poète maudit assurément fasciné par une vision terriblement sombre de l'existence?
Peu importe. Ce qui compte réside dans l'intérêt intellectuel de ces SENTENCES LETALES, souvent subtiles, qui laissent rarement indifférent. Sans aller jusqu'à conseiller la lecture de ce petit ouvrage à un suicidaire ou à un dépressif, on se doute qu'il séduira en tout cas tous les amoureux des ténèbres, gothiques ou, tout simplement, hommes de goût. Bon ou mauvais, c'est une autre histoire.
« La vie est une perte de temps précédant la mort."

Patryck Ficini

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Psychovision.net, 21 septembre 2010.

Le jardin des délices, roman d'Éric Cerle.

Qui parle? Qui dort? Qui est mort? Qui est dans le coma? Je ne sais pas. Qu'ai-je lu? J'en sais rien non plus. D'ailleurs je n'ai pas lu, j'ai hurlé des mots. Des mots durs, beaux parfois, violents aussi, étranges, poétiques très certainement. Ce n'est pas un récit, c'est autre chose... Une littérature inclassable, troublante comme seule la clef d'argent sait nous en offrir!
Bon, alors comment vous dire de quoi parle ce livre, comment vous dire ce que c'est? Difficile, voir impossible. "Le jardin des délices" en soi n'a pas d'histoire, il ne nous raconte rien si ce n'est mille choses. On avance dans une ville, on avance dans un tableau, un Jérôme Bosch bien sûr, on y croise des chimères, des personnages étranges, inquiétants, troublants. A Eric Cerle d'en profiter pour assener ses vérités aux racistes, aux bien pensants... Le livre est comme un long dialogue, un cri qui m'a personnellement déchiré, ému, effrayé juste par la beauté de ses mots, par la force de ses images inquiétantes, par cette pérégrination dans cette ville, dans ce monde entre réel et sombre ailleurs.
"Le Jardin des délices" est avant tout une sorte de poème en prose, une promenade littéraire touchante qui rompt avec ce que l'on a l'habitude de lire, loin des carcans dans lesquels on a tendance à s'enfermer parfois. Pour lire ce livre il faut oublier le reste. Pour lire cet étrange et précieux roman, il faut tout oublier! Comme je le disais en préambule, je n'ai pas lu "Le Jardin des délices", je l'ai hurlé! Je sais que j'y retournerai, je sais que j'y repenserai... Je sais que je suis passé à côté de certaines choses et que je n'en aurai jamais vraiment fait le tour.
Il m'est difficile d'en dire plus sur cet étrange livre. En effet, "Le Jardin des délices" n'a pas un début, un milieu une fin, il n'a pas un héros prêt à sauver le monde et une jolie héroïne qui pleure avant de le retrouver. "Le Jardin des délices" se sont avant tous des mots, des vérités, quelque chose d'autre, d'étrange aussi, de troublant surement, une lecture qui se mérite, qui se réfléchit, qui peut faire mal et vous changer. Bref, on n'est pas face à un livre banal, commun, on n'est pas dans une littérature facile, les mots d'Eric Cerle résonnent longtemps en nous et même le livre refermé ils sont encore là... Oui, il faut le digérer et oui assurément "Le Jardin des Délices" n'est pas une chose simple, mais ce qui est évident c'est que sa poésie est formidablement belle et au final très proche de nous. Voici donc à travers le prisme d'un certain fantastique un regard très contemporain sur le monde qui nous entoure.

Le Cimmerien

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Sueurs Froides, 13 août 2010.

Le Codex Atlanticus 19.

On pourrait les croire sorties du BOUDOIR DES GORGONES ou du PETIT MUSEE DES HORREURS (coll. BOUQUINS), ces incroyables nouvelles pleines d'élégance, qui peuplent une partie des pages du CODEX ATLANTICUS N°19. Des récits d'horreur old school et pourtant originaux comme les excellents COMMEDIA (TIMOTHEE REY) ou LA COLLECTION PRESCOTT (JEAN-PIERRE FAVARD) ont ce charme suranné, cette beauté du verbe, et cette force aussi, qu'on trouve dans les oeuvres fantastiques du 19ème siècle ou du début vingtième. Il en va de même pour MA PRISON DE CHAIR (même titre qu'un DOMINIQUE ARLY!) ou des DUNES DIAGRAMMES, respectivement signés NIHIL MESSTAVIC (auteur bien mystérieux!) et THOMAS DESBRIERES. On sait combien LA CLEF D'ARGENT aime ce fantastique d'un autre temps, qui fait pourtant encore travailler notre imagination et peut même inquiéter, angoisser ou effrayer!
Le plus amusant est que ces nouvelles sont nées de la plume d'écrivains contemporains, bien décidés à rivaliser avec les plus grands auteurs fantastiques qui les ont précédés de, maintenant, deux siècles.
Il est donc question, tour à tour, d'assister à une Commedia dell'Arte (COMMEDIA) ou de visiter un cabinet des curiosités (COLLECTION PRESCOTT), deux spectacles dont l'infortuné héros pourrait bien devenir le dindon de la farce. On lira aussi le récit poignant d'un homme qui perd progressivement l'usage de ses sens (MA PRISON DE CHAIR) et l'on tentera vainement de percer le mystère des DUNES DIGRAMMES (dont le sujet pourrait donner lieu à un MARTIN MYSTERE!).
Au rayon horreur contemporaine, jamais négligée par LA CLEF D'ARGENT, on suivra avec intérêt la déchéance d'une insomniaque mal conseillée par son médecin (L'INSOMNIEUSE de SYLVIE HUGUET) avant de trembler avec les victimes sacrificielles d'un très bon FAUX FRERE qui permet à AMELITH DESLANDES de signer une sorte de SAW sans sadisme gore mais d'une réelle cruauté.
Sur les douze textes du recueil annuel de PHILIPPE GINDRE (qui joue une nouvelle fois la carte de l'humour pour un vibrant hommage au passé des enquêteurs métapsychiques COOLTER et QUINCAMPOIX), retenons aussi le golem de LA SUORA AFRICANA de GILLES BAILLY. Un thème nettement moins utilisé, en littérature comme au cinéma, que le vampire ou le loup-garou, et qui en conserve justement une fraîcheur assez unique.
Le CODEX ATLANTICUS 2010 fait passer, on l'aura compris, bien plus qu'un bon moment pour qui aime la nouvelle de qualité, sur le fond comme sur la forme.

Patryck Ficini

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Sueurs Froides, 10 août 2010.

Satanachias, recueil de Christophe Lartas.

« L'espèce humaine pullulait (...) sur la Terre ainsi que des mouches bleues sur de la viande avariée... » (P.25)
SATANACHIAS est un recueil de 4 novellas signées CHRISTOPHE LARTAS, déjà connu des fidèles de LA CLEF D'ARGENT pour SATURNE (même collection : NoKhThys).
On pense à LOVECRAFT à la lecture de ce petit livre, pour le style (toutes ces phrases très longues mais souvent d'une poésie ténébreuse) comme pour l'inspiration. Tour à tour le LOVECRAFT qui imitait avec talent LORD DUNSANY (MARSSYGNAC) mais surtout le LOVECRAFT misanthrope, plein de haine à l'égard de l'humanité et de la société actuelle.
CHRISTOPHE LARTAS s'est littéralement déchaîné dans la description d'un monde en pleine déliquescence, en proie à la pollution et à toutes les perversités. MEGALOPOLIS est un formidable tableau de notre monde, à peine phantasmé, tel qu'il sera ou tel qu'il est peut-être déjà. Un monde qui ne peut qu'agoniser, bouffi de crasse et de pourriture. Un royaume du Mal où des Grands Anciens tout droit sortis du Mythe de CTHULHU ne peuvent que régner.
SATANACHIAS, qui ouvre le recueil, narre la quête d'un homme à la recherche du diable, pas aussi mauvais qu'on le dit, puis de Dieu. Un dieu maléfique qui a l'apparence d'une mygale mutante et monstrueuse.
« Ainsi c'est toi qui a créé cette saleté d'Univers! cette saleté d'espèce humaine! Toi qui a créé la vie et la mort - et l'immonde toute puissance de la vie et du Mal! » (P.24)
CHRISTOPHE LARTAS propose une vision de la divinité audacieuse, négative, d'une extrême noirceur. Une vision que n'aurait pas reniée LOVECRAFT.
LARTAS, l'écrivain, semble haïr la décadence d'une humanité répugnante, vouée à sa propre perte. Ses mots sont souvent d'une grande force pour dépeindre un monde pourri de l'intérieur, pour lequel il n'est d'autre destin que la fin absolue, l'apocalypse la plus terrifiante.
LE CYCLE décrit magistralement cette fin du monde, une révolte de la nature comme on en a rarement vu, profondément horrifique. Les textes très denses de LARTAS ont plus de puissance que bien des romans sur le même thème pourraient en rêver.
« Nos yeux coulaient hors de nos orbites comme des oeufs crus, nos dents giclaient hors de nos gencives comme des grains de pop-corn. Les nuages se liquéfiaient sur nos crânes tels des ruisseaux de pus... » (P. 31)
SATANACHIAS, ou l'enfer sur terre. Un enfer créé par l'homme.

Patryck Ficini

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Yozone, 8 août 2010.

Le Codex Atlanticus 19.

«Codex Atlanticus» n'a pas d'éditorial, mais Philippe Gindre nous narre en conclusion une aventure de Coolter et Quincampoix, se passant dans une quincaillerie. Sur fond de nostalgie et avec la manière, "Rétrolfaction" enfonce bien le clou sur le problème de mise en librairie d'une anthologie telle que celle-ci. À cause des étagères surchargées par la pléthore de publications de certains éditeurs, «Codex Atlanticus» peine à toucher un plus vaste public.
Ce qui est vraiment dommage au vu de certaines excellentes nouvelles au sommaire de ce numéro 19...
Toutefois, reconnaissons que le démarrage est un peu poussif.
Gilles Bailly («Malbosque») plante bien le décor et, alors que l'on pense que l'histoire va décoller, la fin tombe comme un couperet. L'auteur n'est pas allé jusqu'au bout ou a insuffisamment exposé son idée, pour que le lecteur adhère à "La suora africana". Dommage...
Anne Morin nous décrit sur quatre pages "La maison dans le bois". Si l'on enlève l'atmosphère se dégageant de ces lignes, il ne reste plus rien. Sans grand intérêt.
"L'insomnieuse" de Sylvie Huguet («Le Passage», «Le Dernier Roi des Elfes») ne relève guère du fantastique. Une femme cherche à se passer des somnifères prescrits par son mari médecin. Pour ce faire, elle voit un soi-disant docteur et freine tout simplement le nombre de cachets, jusqu'à l'arrêt. Bien sûr, cela ne va pas sans mal. L'ensemble est prévisible et, comme avant, n'apporte rien à l'anthologie.
"Transformation" d'Arthur Z. Balogh s'avère d'un autre acabit. Tout le monde s'interroge sur l'après-vie. Qu'y a-t-il donc après? L'auteur nous donne sa version, bien tournée et non dénuée de poésie.
Dans "Commedia" de Timothée Rey, un ingénieur de Paris descend dans un petit village de province pour la réfection d'un pont. Le soir, il assiste à un curieux spectacle.
La réputation de Timothée Rey («Caviardages») n'est plus à faire et il nous prouve ici son talent. Il mène parfaitement son récit ancré au début du XXe siècle. De facture classique, mais impeccable tant au niveau du rendu que de la conclusion.
Jean-Pierre Favard lui donne parfaitement la réplique avec "La collection Prescott". Il se dégage les mêmes points forts que ci-dessus. Même si l'on se doute de son terme, ce dîner d'un jeune homme chez une famille prestigieuse du début XXe est tout aussi intéressant.
"Barnum chrysanthème" est tout aussi dispensable que les deux précédentes contributions de Denis Moiriat au «Codex Atlanticus». Moins d'une heure après lecture, j'en avais déjà oublié le sujet. L'art de la short story est plus compliqué que ce que semble croire l'auteur.
"Les Dunes diagrammes" de Thomas Desbrières ressemble à un traité de science. Que signifie la complexité de la disposition des dunes dans une partie du désert? Texte étonnant, n'ayant à mon sens pas sa place dans une revue de fantastique, mais que Philippe Gindre a bien fait de nous présenter. Il plaira ou non, mais on ne peut lui dénier de la recherche et une certaine érudition. Une surprise agréable!
À travers "La vie du maudit" et un article de François Migeot, ce numéro nous présente l'écrivain vénézuélien José Antonio Ramos Sucre (1890-1930). "La vie du maudit" relève du fantastique morbide, la forme est recherchée et le lecteur curieux éprouvera l'envie d'en découvrir plus sur Ramos Sucre.
Cette ouverture sur des écrivains plus ou moins tombés dans l'oubli est justement une des forces de cette anthologie.
Nihil Messtavic intrigue. Qui est-il vraiment? La présentation ne nous éclaire pas beaucoup et on pourrait presque croire à un canular. Pourtant, "Ma prison de chair" s'avère une belle pépite. Le personnage perd peu à peu ses sens et subit impuissant son calvaire, qu'une expérience lui permet de signaler. Fait froid dans le dos quant à ses implications.
Amelith Deslandes («Chair et Tendre») ancre "Faux Frère" dans notre quotidien. Des gens enlevés, un juge disparu, une grande demeure lugubre... autant d'ingrédients pour une incontestable réussite. L'auteur a l'art de dérouler son intrigue sur presque trente pages, nous tenant en haleine sur le sort des personnages. Ce n'est qu'à la fin que les différentes trames se rejoignent. Pour le pire, bien sûr!
Voilà donc un très bon numéro du «Codex Atlanticus», dont les deux tiers des textes sont de très belle facture, soit plus des trois quarts en terme de pages. Certains ne s'oublieront pas de sitôt et serviront dans le futur de références.
Au passage, remarquons que, pour le même prix, «Codex Atlanticus» a une tendance à l'embonpoint (80 pages pour le numéro 17, 102 pour le 18 et 120 pour celui-ci) et que cela lui va très bien.
«Codex Atlanticus» représente un rendez-vous annuel incontournable pour les amateurs de fantastique. Messieurs les libraires, il serait bon de le mettre en avant, afin que le plus vaste public y ait accès et s'intéresse donc à ce genre un peu passé de mode.

François Schnebelen

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Psychovision.net, 3 juillet 2010.

Satanachias, recueil de Christophe Lartas.

Il y a les livres que vous lisez et que vous aimez. Il y a les livres que vous dévorez et que vous adorez. Puis il y en a d'autres, qui sont encore autre chose, quelque chose de plus fort, un bout de vous, quelque chose qui semble écrit pour vous, qui semble s'arracher de vous. Christophe Lartas et son Satanachias font partie de cela, c'est un livre qui parle pour moi et la sensation à sa lecture est étrange, si je n'avais pas peur des mots je dirais même une sorte d'illumination-confirmation. Ou pour parler crument, je dirais que ce petit livre fut à sa lecture et relecture une sacrée claque!
Comment définir une telle oeuvre? C'est très difficile. Certains mots me viennent en tête qui peut-être pourraient décrire l'ambiance et le ton général : humaniste, misanthrope, désabusé, réaliste, poétique... C'est à chaque page que l'on en prend plein les mirettes, que votre estomac se tord, que vos yeux se mouillent car devant nous s'étend la crasse de l'humanité, soit les religions, l'urbanisme, la consommation à outrance, les quêtes impossibles, les rêves qui s'envolent, le mal-être, la mort... Oui, il n'y a pas besoin de trente milles pages pour décrire ces choses, la plume de Christophe Latras, en peu de mots, d'une manière intelligente, incisive et belle, nous décrit tout ça et nous donne envie de nous terrer et de lire encore et encore ses contes. Car oui, il s'agit bien de contes, des contes éclairés façon le siècle des lumières mais en infiniment plus intelligent!
Le recueil s'ouvre sur un conte, celui qui donne son titre à l'ouvrage. Titre qui a de quoi attirer, comme tout ce qui joue avec le diable! Le personnage est Untel. Il pourrait donc être vous, il pourrait être moi, bref n'importe qui. Le but de ce M. Untel: voir dieu, connaître le pourquoi et le comment de la création, de notre création. Mais qui est le plus beau, qui a le plus de réponse : dieu ou diable? Bien sûr plus proche de nous, le mal. C'est lui qui en premier va lui répondre. Et que lui dit-il? Connais tes concitoyens et tu verras peut-être dieu. Et je ne vous parle pas de la "tronche" qu'il se "tape" dieu. Pas besoin d'avoir fait St Cyre pour comprendre. Je vous laisse méditer sur cette fable, qui interroge le bien, le mal, le beau, le laid et qui nous montre encore une fois qu'il faut toujours voir plus loin que le bout de son nez, voir plus loin que les mots même... Pour moi c'est du grandiose, c'est la réunion de la poésie et de la "philosophie" le terme étant à prendre au sens large. Rien que pour ce texte, il faut absolument se procurer ce petit livre, petit par la taille grand par les textes...
Et il est un autre texte absolument fantastique: "Mégalopolis". L'histoire d'un homme qui vit dans une ville, une mégalopole comme des millions d'autres. Mais qu'est-ce qu'une ville? C'est la puanteur du bitume, de ceux qui transpirent dans les lieux dit festifs, des gamins qui crient et qui courent, des SDF et la misère qui s'expose sur les trottoirs, des vieillards qui crèvent seuls et tout un tas d'autre joyeusetés qui sont superbement décrites par Christophe Latras, dans une langue qui ne cache rien, dans une langue qui dit la puanteur, la laideur et l'absurdité de nos villes. Le style est époustouflant, poésie urbaine disant le mal-être de ceux qui n'en peuvent plus de vivre dans ces villes où la vie est plus qu'insupportable! C'est magnifique. Alors, le narrateur n'en pouvant plus de cet enfer sur terre veut s'enfuir mais s'enfuit-on vraiment? Court, direct, beau, un texte qui parle du mal-être, de l'emprisonnement, du problème des villes aussi... Bref en quelques pages tout est dit, c'est somptueux et pour moi à la limite du jamais vu.
Il est un autre texte qui parle de ce problème, de cette atrocité qu'est la ville : "Le Cycle". Dans le même genre que "Mégalopolis" mais sans répéter la thématique, Christophe Latras nous décrit la "cité" telle qu'elle est. Un lieu où tu consommes, où on cherche à ce que tu sois bien à tout prix, en se foutant des libertés, des espaces verts, de la nature. Ou les seuls animaux que tu vois sont au zoo, mais voilà, ils vont se rappeler à nous. Dans leur super HLM des temps modernes, aux parois translucides pour que la communauté soit soudée, ils les voient venir, nué verte, plantes, nuées sombres, insectes... Je ne vous en dis pas plus. C'est magnifique, comme si Jacques Tati (pour moi LE génie) avait écrit une SF sombre et torturée, un brulot écologiste qui n'est pas racoleur, ni dans l'air du temps, se jouant des modes et s'en fichant quelque peu. J'imagine Christophe Latras écrivant seul face au monde, un monde qui déborde d'horreurs, d'absurdité et que fait l'auteur dans sa solitude : il vomit, il crache ses cinq contes que l'on prend en pleine tête, des textes dont on ne revient pas, des textes sur l'horreur mais beaux malgré tout! Christophe Latras est un sacré écrivain et la Clef D'argent une sacrée maison d'édition!
Il est temps pour moi de conclure cette chronique. Mais peut-on réellement conclure avec un tel ouvrage? Non! J'ai l'impression d'en avoir trop dit mais en même temps de ne pas en avoir assez dit. Il y en a qui s'époumonent à écrire trente tomes (bon j'exagère un peu mais quand même) pour ne pas dire grand-chose voire rien du tout, et d'autres, en quelque page, changent votre vie, confirment vos choix, renforcent votre pensée. Alors non, on ne conclue pas avec un tel livre, on le prend partout avec nous, on le promène dans notre poche (et le format s'y prête), on le lit, on le relit, on l'use et on grandit. Rares sont les maisons d'édition qui proposent ce genre d'oeuvres intelligentes, belles et différentes. La Clef D'argent ne fait pas de bruit, elle travaille dans son coin mais chacune de ses nouvelles sorties est pour moi un régal et je guette chacune de leur nouvelle production avec un oeil avide! Je voudrais aussi attirer votre attention sur la couverture qui a été réalisée par un grand monsieur aussi dont je vous reparlerai très bientôt, poète et dessinateur : Fernado Goncalvés-Félix, un artiste aux talents multiples, un artiste publié lui aussi chez La Clef D'argent.

Le Cimmerien

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Sueurs Froides, 20 juin 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Les recueils de nouvelles fantastiques de LA CLEF D'ARGENT se suivent avec une régularité qui n'a d'égale que leur qualité. La collection au nom lovecraftien KHOLEKTH est aujourd'hui incontournable pour l'amateur de bon fantastique court. On se croirait revenu aux temps héroïques (et mythiques) des recueils MARABOUT. Rappelons que la nouvelle, traditionnellement, se vend mal. Il faut faire long, voire très long, pour espérer avoir une petite chance de vivre de sa plume aujourd'hui. On n'est plus à l'époque des pulps ou, en France, des novellas éditées par FERENCZI.
D'où l'immense intérêt de petites maisons d'édition comme LA CLEF D'ARGENT qui peuvent encore se permettre, avec un tirage modeste, de parier sur des créateurs méconnus qui sortent enfin de la publication en revue ou en fanzine, qu'on imagine un peu frustrante, pour signer « leur » propre livre. Pour le lecteur, un recueil à auteur unique offre l'avantage énorme de délivrer en profondeur la vision, l'univers personnel, d'un nouvelliste.
Inutile de préciser qu'on n'est pas déçus à la lecture de QUE LA TENEBRE SOIT. ALAIN ROUSSEL a un talent fou. Imagination et style.
LE GALET propose une relecture délirante du mythe du golem, pas si traité que ça comparé à d'autres figures du fantastique. UNE PETITE VILLE TRANQUILLE, qui justifie le titre du recueil, est un superbe morceau d'apocalypse. Le monde pourrait mourir ainsi.
LA FOURCHETTE EN ARGENT est un bijou d'humour noir tandis qu'un ASSASSIN EN CHAMBRE verse dans l'onirisme meurtrier. UN AMOUR TRAGIQUE relate une poétique histoire d'amour végétale. UN BAISER DANS LA NUIT pourrait être la dernière aventure de DAVID MORGON (un auteur/détective injustement oublié du FLEUVE NOIR). Enfin, LE RECIT DE MERVYN est un bel hommage au génial auteur des CHANTS DE MALDOROR.
14 nouvelles, 14 réussites, même si bien sûr on peut être plus sensible à l'une ou l'autre. Des inédits et des rééditions. En tout cas, ALAIN ROUSSEL est un nouvelliste avec qui il faut désormais compter, nous en avons la preuve irréfutable. Et nous ne manquerons pas de garder un oeil sur lui à l'avenir!
Seul regret: que la couverture ne soit pas illustrée par notre coup de foudre du mois dernier, FERNANDO GONCALVES-FELIX (LES POUMONS DU DIABLE), un illustrateur tellement talentueux qu'on aimerait qu'il travaille sur toutes les productions LA CLEF D'ARGENT. En même temps, c'est la passion qui nous fait parler un peu injustement. Un peintre comme SEBASTIEN HAYEZ, que certains apprécient sans doute, a tout autant sa place chez l'éditeur dijonnais!

Patryck Ficini

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L'Écran Fantastique n°310, juin 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Alain Roussel a-t-il vu Petits meurtres entre amis? Même si son style est fort éloigné de l'humour anglais (on pense plutôt à une loufoquerie poétique quelque peu désuète à la Pierre Véry), chacune des nouvelles de son recueil Que la ténèbre soit! détaille un crime qui s'évade du quotidien par sa bizarrerie: parfois c'est une ombre qui se retourne contre son propriétaire, à une autre et karfkaïenne occasion un homme se transforme en crabe pour commettre ses méfaits, quand ce n'est pas tout simplement à coups de fourchette qu'on trucide sa voisine. C'est léger mais agréable sous la langue.

Claude Ecken

Yozone, 16 juin 2010.

Les poumons du Diable, recueil de Fernando Goncalvès-Félix.

Fernando Goncalvès-Félix nous propose grâce au valeureux éditeur qu'est La Clef d'Argent, son premier recueil de textes poétiques qu'il accompagne de nombreuses illustrations dont il est également l'auteur.
Entre les visions cauchemardesques, souvent teintées d'un humour très noir ou franchement provocateur, et les passages plus sensibles et intimes, « Les Poumons du Diable » est un ouvrage intéressant d'où transparaît un enthousiasme réel et sincère.

Mère de toutes les littératures de l'humanité, la poésie demande un engagement de la part de l'écrivain géniteur qui ne tolère que très rarement, voire jamais, l'à-peu-près.
Autant la prose permet quelques sorties de route vite pardonnées, autant l'art poétique se doit d'être un alliage parfait.
On ne peut donc s'empêcher d'aborder un tel recueil en plaçant la barre de nos espérances textuelles très haut.
Et heureusement pour nous, le très bon est souvent présent, tel dans ce court poème : "Les arbres étaient couchés, ils ne dormaient pas, ils nous écoutaient parler" où l'on retrouve un sens de la concision des plus justes.
Cet exemple n'est d'ailleurs pas unique, Fernando Goncalvès-Félix séduit presque toujours dans ses poèmes les plus succincts.
À l'image de "Remords" (...« et à aucun moment je n'ai vécu ce que j'étais devenu. ») quand le poète se garde d'aborder des rivages trop torturés où il n'a pas forcément grand-chose à gagner. Ainsi "La maison creuse" ou "Le secret" donnent la même impression de justesse grâce à une belle simplicité stylistique.
Loin des afféteries tout juste destinées à faire mousser LE GRAND créateur torturé auprès de quelques crédules, on se souvient que des monuments contemporains de la poésie française comme Jean Follain, Jean Rousselot et même Eugène Guillevic ne sont jamais aussi grands que dans leur recherche du mot juste, utile et nécessaire.
C'est aussi en cela que des passages beaucoup plus communs (... "et je me surprends à arroser d'urine la tête de ceux qui nous ont menti... Les politiciens") que l'on imagine plus sur des cahiers adolescents que dans cet ouvrage, sont assez décevants. D'autres poèmes aussi, bien qu'intéressants mais volontairement plus provocateurs ("Tue", "Con fondant") n'ont pas le même attrait. On a parfois l'impression que l'écrivain cède à une certaine facilité là où il aurait du se résoudre à trancher dans le vif de son sujet.
On peut aussi juger qu'une bonne volonté évidente d'aérer la lecture de passages d'une grande noirceur par un humour un peu forcé n'était pas obligatoirement la meilleure des solutions (même si l'idée partait d'un bon sentiment).
Les illustrations proposées sont par contre d'un niveau global beaucoup plus constant, recelant moins de hauts et de bas qu'une écriture poétique qui se cherche encore (à notre très humble avis).
Le trait de Fernando Goncalvès-Félix, déjà croisé dans de multiples revues dont le Codex Atlanticus, est précis, affirmé. Il amène l'Ïil du lecteur là où le sujet central du dessin l'attend.
On ne sait si les illustrations précédèrent les poèmes ou inversement, mais l'ensemble est le résultat d'un heureux mariage dont on aime par principe la totalité des prises de risques thématiques et graphiques proposées.
Entre déformations de la réalité et visions surréalistes, il y a dans « Les Poumons du Diable » de quoi s'évader dans de multiples contrées que l'on adore fréquenter.
Si le bilan de cette critique peut apparaître mitigé, voire sévère, il faut aussi la peser à l'aune du respect que votre humble serviteur éprouve pour un genre littéraire qui ne pardonne rien.
Évidemment, on peut aussi peser le bon et le moins bon et juger que la balance de ce recueil penche franchement du côté que l'on espérait et par conséquent en recommander l'achat.

Stéphane Pons

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ActuSF, juin 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Philippe Bastin est né en Belgique, en 1958. Un goût précoce pour la lecture et l'écriture lui ont fait choisir les humanités classiques et une licence en philologie romane. Auteur au parcours professionnel éclectique (professeur de français, journaliste, secrétaire d'avocat, assistant parlementaire, chercheur en histoire régionale, employé au Musée de Wéris), il écrit aussi des poèmes, nouvelles et pièces de théâtre.
Le monde du sport
Dans ce recueil de nouvelles essentiellement fantastiques, l'auteur explore la lisière de notre réalité, au moment où les événements basculent dans l'étrange et l'inexplicable. La nouvelle qui donne son titre au recueil décrit les exploits sportifs d'un sprinter, exploits qui seraient liés à une nouvelle méthode scientifique. La description presque clinique des événements font tomber le récit dans l'horreur, qu'on laissera au lecteur le soin de découvrir. Le monde du sport et du journalisme sportif sont à l'honneur ici: Qu'est devenue Nachtalia Lachtenko? prend pour cadre le monde de la gymnastique féminine, et montre dans une nouvelle poignante l'une des formes de l'exploitation des sportifs. Les nuages grimaçants est un récit mystérieux et terrifiant, aucune réponse satisfaisante ne venant au narrateur et par conséquent au lecteur...
Le fantastique à l'honneur
Les autres textes du recueil sont beaucoup plus classiques dans leur approche, et appartiennent au registre du fantastique: La tragédie du Musée des sciences naturelles de Vienne décrit un musée pas comme les autres, où l'inanimé s'anime... on retiendra aussi Le bain des damnés, récit qui nous emmène dans le désert, lieu propice aux illusions et aux événements surnaturels. Les autres histoires reprennent des sujets classiques: L'histoire de mon double reprend le thème du doppelganger, La dette celui du pacte avec une entité démoniaque, et l'homme-crochet celui du fantôme.
Toutes ces histoires partent de la vie quotidienne pour s'engouffrer dans le fantastique, le moment où la réalité bascule. Les nouvelles de Philippe Bastin sont toutes très sombres: des situations anodines prennent des proportions terrifiantes, et les certitudes des personnages vacillent.
On se trouve devant un recueil de nouvelles agréable, avec une partie des textes sur des thèmes classiques, et une manière astucieuse d'aborder le monde du sport, et les problèmes de dopage. Les nouvelles fantastiques sont beaucoup plus classiques dans leur fonctionnement mais pas moins efficaces. Un bon recueil, intéressant et équilibré, dommage qu'il soit si court!

Tony Sanchez

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Remue.net, 8 juin 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Les personnages qui apparaissent dans les treize nouvelles composant l'étonnant petit livre d'Alain Roussel sont des êtres épris de solitude. À force de vivre en retrait et d'écouter en boucle «la musique des sphères», ils ont réussi à toucher quelques unes des faces cachées de la pensée et à acquérir dons et psychisme intérieur capables de faire entrer l'improbable, l'imprévu, le dérèglement, le crime et la folie passagère là où règnent d'ordinaire routine et calme plat.
Une secrète alchimie née entre tel ou tel objet et l'imaginaire en irruption d'un Casimir Laroche ou d'un Pierre Lune ou d'un Barillet ou d'un Morphéas ou d'un Pénardin ou d'un Lafouine (tous convoqués par l'auteur en ses périples menés aux confins de la logique) suffit pour que la mort violente frappe vite avant de s'en aller cingler sous d'autres latitudes.
Il ne faut souvent pas plus qu'un invisible aléa (par exemple une étoile mal arrimée au ciel un soir de brume) pour qu'un galet retrouve soudain ses anciennes velléités d'assassin, pour qu'une ombre quitte subitement son locataire habituel afin d'aller commettre un meurtre à proximité ou pour qu'un collectionneur de casquettes subtilise celle d'un matelot qui «Êvenait de massacrer deux paisibles promeneursÊ» pour se métamorphoser lui aussi en tueur.
«Ici les personnages sont des somnambules sous l'emprise d'un rêve implacable, à la fois tragique et dérisoire, dont ils ne peuvent espérer maîtriser les règles. Seul doit régner le destin!»
Dans ces nouvelles aux chutes subtiles et implacables, l'auteur de La Vie privée des mots (La Différence, 2008) intercepte à chaque fois, entre fantastique et imaginaire, une séquence de l'existence ténébreuse d'un individu au parcours jusque là anodin. Il le fait au moment précis (et crucial) où celui qui touche le couteau tranchant de la lumière voit son destin s'assombrir puis vaciller et basculer dans l'inconnu et le néant.

Jacques Josse

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L'Écran Fantastique n°309, mai 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

Le royaume des humains et celui des elfes se livrent une guerre sans merci. Sylvie Huguet, dont on a pu lire de nombreuses nouvelles dans diverses revues et fanzines, prouve qu'on peut écrire de la fantasy en 100 pages et pas nécessairement en 600. Le dernier roi des elfes, s'il n'est pas d'une grande originalité, séduit par son écriture délicatement ciselée.

Claude Ecken

Sueurs Froides, mai 2010.

Les poumons du Diable, recueil de Fernando Goncalvès-Félix.

«Je suis l'homme qui met le doigt dans l'os. »
On croit rêver! Ca fait très longtemps qu'on n'avait pas tenu entre les mains un livre aussi beau que LES POUMONS DU DIABLE, qu'on ne se lasse pas de feuilleter. Les illustrations de FERNANDO GONCALVES-FELIX sont tout simplement superbes, à tel point qu'on désirerait profondément qu'il s'occupe désormais de tous les livres publiés à LA CLEF D'ARGENT. La couverture est le reflet exact du talent qui explose à l'intérieur du recueil de poèmes (signés par le même homme). LES POUMONS DU DIABLE, c'est un régal absolu pour les yeux. Les dessins nous font pénétrer dans un autre monde, à l'image exacte des poèmes qu'ils entourent: un monde torturé, esthétique et glauque (mais parfois humoristique), qui met souvent mal à l'aise. Sans être expert en matière de poésie, on ne peut nier la force de nombre de textes recueillis ici. Citons encore un extrait pour le plaisir:
«Je respire fort enfin pour chasser de mes idées
les mots insensés,
répandus par milliers,
creusant des cavités dans chacun des os
de mon squelette désarticulé.»

Patryck Ficini

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Psychovision.net, 18 mai 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Plus je lis d'ouvrages sortis chez l'éditeur La clef d'Argent et plus j'aime! C'est fou ce qu'ils sont capables de nous trouver! Des petites pépites en matière de fantastique, des trucs que l'on ne lira nul part ailleurs et ça fait du bien, c'est un régal et c'est génial! A l'heure où les grosses écuries nous proposent un peu toutes la même chose, où l'horreur est reléguée aux sorties épisodiques et bien sûr anglo-saxonne à de rares exceptions près, où le fantastique est toujours pareil et où il n'est qu'histoire de rééditions, La clef d'Argent sort incontestablement du lot, prend des risques et je me régale à chacun de leurs titres! "Que La Ténèbre soit!" ne déroge pas à la règle, bien au contraire...
Que le lecteur me pardonne, tout comme l'auteur et l'éditeur, je ne pourrais pas parler de toutes les nouvelles. C'est une honte je sais, d'autant plus que rien n'est à jeter ici, elles sont toutes bonnes, voire très bonnes. Mais que voulez-vous, ce petit ouvrage, qui tient dans votre sac mesdames et dans une poche assez large pour vous messieurs, déborde d'idées, de textes superbement écrits, souvent courts avec pour obsession me semble-t-il, le meurtre. Ca tombe bien car le meurtre, moi j'aime ça.
Oui, on tue beaucoup dans les écrits d'Alain Roussel. Et donc c'est bon! Enfin, tuer c'est mal bien sûr, mais quand c'est un caillou qui tue et qui mène tous les menhirs de Carnac à se révolter, c'est bon et c'est bien. Et que dire de ce type qui tue à travers le temps, comme si l'Histoire n'était qu'une longue répétition de meurtres? Ce qu'elle est en fait. Pour un autre, c'est pas lui le meurtrier, c'est son ombre. Une ombre bien gênante d'ailleurs, mais je ne vous en dis pas plus! Et puis ce flic qui fait une erreur terrible, ah ben non, en fait ce n'est pas une erreur... Car c'est ça l'art de la nouvelle et Alain Roussel l'a bien compris, c'est la chute, cette fin surprenante, inattendue. Et à ce petit jeu, l'auteur est très fort, et si je n'avais pas peur, d'ailleurs je n'ai pas peur, les écrits d'Alain Roussel sont dignes de ceux de Guy de Maupassant, qui est pour moi le maître incontesté à ce petit jeu! Ca vous donne une idée de la qualité des écrits!
Clairement, on est dans du fantastique classique et qui sait pourtant encore être surprenant. C'est rare, très rare. Le style de l'auteur n'a pas à pâlir face aux grands maîtres du genre et je qualifierais ses textes de cultivés ce qui est un plus considérable. Je vous parlais tout à l'heure, par exemple, de ce caillou tueur, nouvelle ouvrant le recueil, et bien c'est toute la culture, la tradition et les légendes judaïques qui sont en quelques pages "résumées" et superbement utilisées. Dans la nouvelle "Les complots de l'histoire", on apprend beaucoup de choses sur les rues de Paris et l'alchimie. Ca été pour moi une véritable découverte, que dis-je une révélation! Le fond et la forme s'unissent ici pour nous livrer une oeuvre époustouflante et inoubliable!
Dans "Une petite ville tranquille", nouvelle un peu plus longue que les autres et que j'ai particulièrement aimé, un homme retourne dans le pays de son enfance, mais une terrible tragédie va se produire car des maléfices sont à l'oeuvre. Désolé encore pour le résumé succin mais je ne veux absolument pas vous dévoiler la fin. Tragique donc mais aussi une superbe image de cette nostalgie qui nous dévore tous par moment... C'est beau tout simplement, fantastique dans tous les sens du terme.
Alain Roussel a une façon d'écrire qui est captivante, une façon de vous présenter des situations bien à lui et surtout une manière de vous présenter et de caractériser ses personnages complètement hallucinante!
Derrière ce titre quelque peu mystérieux, "Que La ténèbre soit!", se cachent donc treize nouvelles absolument géniales, des mises en scène de crimes avec des assassins tous aussi étranges les uns que les autres pour des chutes surprenantes, un style absolument remarquable qui plaira aux amateurs de vrai fantastique, comme on en fait malheureusement plus ou que très rarement.
Pour conclure, je dirais qu'à l'heure où certains rééditent dans des versions grands formats des auteurs anglo-saxons pour la plupart lus et relus, à vingt euros le livre, vous pouvez ici, pour neuf euros seulement pénétrer une terre complètement inconnue et nouvelle, plonger dans une littérature fantastique qui renoue avec ses origines tout en allant de l'avant. Des histoires stupéfiantes, sanglantes et macabres, et pas dénouées d'humour ni d'une certaine beauté toute particulière. Si Alain Roussel avait été d'un autre siècle, Poe aurait aimé ses nouvelles!

Le Cimmerien

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Phénix-Web, 13 mai 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Sixième recueil de nouvelles paru dans la collection KholekTh de La Clef d'Argent.
Après les découvertes agréables et même confondantes de Sylvie Huguet, Timothée Rey ou Philippe Bastin, pour la première fois, je suis un peu déçu. Oh, certes, Alain Roussel ne démérite pas, mais l'ensemble de son livre ne me rend pas cette forte impression que m'avaient laissé les précédentes parutions. Il s'agit ici de fantastique canonique, une fois encore, bien écrit, avare en dialogues, et jouant de l'atmosphère et de l'ambiance. Oui. Mais tant d'autres l'ont essayé, et avec plus d'éclat. Si Le Galet, la nouvelle initiale, est fort originale et à la limite du gore pour débuter en fanfare, le ton s'atténue par après, pour trouver une petite musique certes agréable (Une petite ville tranquille ou la disparition soudaine de toute une ville) ou caustique (La Fourchette d'argent, à la chute hélas trop prévisible). Un amour tragique se situe à la limite de la science-fiction, avec son érotisme végétal. Fantastique pour fantastique, la plus belle réussite du recueil me paraît encore Un baiser dans la nuit, où le meurtre se diffuse par gargouilles interposées. Un joli texte, là. Signalons aussi l'intérêt de l'écrivain pour le nom de ses héros, plutôt improbables: Albert Chronoclaste, Alexandre Traquenard, les soeurs Coloquinte, Mademoiselle Baliverne, le baron Victor des Sornettes, Léon Chairdepoule, Morphéas, etc. Tout cela pourrait amuser un peu, sans doute, mais n'est pas suffisant. Un honnête recueil, sans plus.

Bruno Peeters

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Arcane 17, 10 mai 2010.

Que la ténèbre soit!, recueil d'Alain Roussel.

Vérolés de la logique. Sectateurs du pragmatisme. Sclérosés du rationalisme. Passez votre chemin, ce livre n'est pas pour vous. Si, par mégarde, le désir vous prenait de le lire, attention! vous verriez alors s'effondrer tout ce sur quoi vous avez bâti votre petite vie sécuritaire. «Que la ténèbre soit!», dernier jet d'encre sympathique d'Alain Roussel, vous confronte à des lieux, des personnages que l'on aimerait avoir visités et rencontrés dans des vies antérieures. Le drame c'est que les protagonistes de ces histoires traversent le temps, et s'il n'y avait que le temps! Lorsque vous aurez lu les treize nouvelles de ce livre noir, le monde vous apparaîtra tel qu'il est: dangereusement désirable, amoureusement menaçant et, en un mot comme en sang: infréquentable. L'auteur des présentes lignes flirtant avec une misanthropie versatile qui oscille selon les cycles lunaires en sait long sur le sujet. Après lecture, la première fourchette en argent qui vous passera entre les mains vous en dira long sur votre ligne de vie. Le moindre galet vous fera prendre la mer à votre cou. Sur cette mer flottera une casquette de matelot qui, passez-moi la facilité, vous fera perdre la tête. Je cesserai là, car je sens se dérober le clavier sous mes doigts et la goutte de sang qui perle au bout de mon médius me prévient du maléfice qu'il y a à trop parler de ce livre que l'on devrait tout simplement lire ou offrir à un ami alité dans un hôpital... ou ailleurs. «Que la ténèbre soit!» est un délice de marginalités, mais pas si décalé que ça, car, personnellement, mais c'est une autre histoire... qui ne regarde que moi et Alain Roussel.

Fabrice Pascaud

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Solaris, mai 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

«La trame du réel ne tarde pas à s'effilocher dans ces huit nouvelles oscillant entre un fantastique oppressant et une anticipation scientifique aux marges de l'horreur» Les éditions La Clef d'Argent sont de celles qui nous proposent des ouvrages hors norme, osant des thèmes bien particuliers, des ambiances marginales. Avec Mitochondries, elle nous offre un mélange de frisson, de malaise et de fascination, propres à nous en faire continuer la lecture, incapables de détourner les yeux.

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Epicure n°28, avril 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

La Clef d'Argent nous habitue à publier des oeuvres rares et originales. Ce recueil de nouvelles ne déroge pas à la règle et s'ouvre sur un récit percutant de «biologie-fiction» qui donne son titre à l'ouvrage: Dans Mitochondries, un sprinter américain moléculairement dopé par un apprenti sorcier achève sa carrière d'une curieuse manière. Chez Bastin, maître conteur, les apparences sont trompeuses, les héros souvent malheureux et les ambiances sombres empruntent autant au fantastique qu'à la fiction scientifique. Au risque de nous tromper, on y décèle aussi des échos de Poe ou Maupassant. À découvrir.

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L'Écran Fantastique n°308, avril 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Les mitochondries sont les productrices d'énergie à l'intérieur de nos cellules. Davantage de mitochondries améliorerait le rendement et nécessiterait, pour leur fournir du travail, un surplus de glucose à recycler, dopant absolument indétectable. Mais le tout n'est pas sans conséquences. Dans le registre de l'horreur sportive, Philippe Bastin fait très fort, avec cette première nouvelle éponyme, qui voit le champion fumer comme une locomotive. Deux autres nouvelles de ce petit recueil concernent le journalisme sportif et le dopage, qui laisse supposer que l'auteur a exercé cette activité tout en écrivant des poèmes et en concoctant des récits fantastiques dans un registre plus classique: autour de légendes locales, algériennes dans le cas d'un mariage dans le désert auquel il vaut mieux ne pas se mêler, aversois avec «L'Home-crochet» qui hante le canal. Dans la veine du quotidien qui dérape, très prisé du fantastique belge, Philippe Bastin se révèle également tout à fait à son aise, avec «La Dette» ou «L'Histoire de mon double». Au final, un petit recueil de contes fantastiques bien agréable.

Claude Ecken


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Encres Vagabondes, 23 avril 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

Après son recueil de nouvelles, La vraie nature du croquemitaine, Sylvie Huguet voit paraître son huitième livre à La Clef d'Argent, un éditeur spécialiste de littérature fantastique, dans une collection qui regroupe Les Chroniques merveilleuses et terrifiantes des royaumes de l'imaginaire. C'est bien d'un de ces royaumes dont il s'agit ici, un royaume peuplé d'elfes en guerre contre les humains.
Lors de l'attaque de la ville de Saint-Grégoire, le roi des elfes, Ilgaël recueille un petit humain qui lui est confié par sa mère au moment de mourir. L'enfant d'environ deux ans s'appelle Roland mais le roi le baptise aussitôt Lindyll. Ilgaël installe son nouveau protégé à califourchon sur son bel étalon, Clair d'étoiles, et l'emporte jusqu'à son campement dans la forêt. Son acte de clémence était sans précédent, et ne serait jamais imité: ce serait la première et la dernière fois que l'on verrait un roi des elfes s'engouer d'un petit d'homme. Pourtant ses féaux et ses guerriers ne lui en tinrent pas rigueur. Impulsifs, fantasques, les elfes pouvaient être aussi généreux que cruels: ce jour-là, ils adoptèrent Lindyll aussi simplement qu'ils l'auraient tué.
Chez les elfes, comme chez les cerfs et les biches, mâles et femelles vivaient séparées. Le petit Lindyll est donc confié à la reine Lylial et à sa cour féminine. Les années passent et à huit ans, pendant une promenade à cheval dans la forêt, il rencontre Lug, le loup légendaire qui lui prédit qu'un jour il chevauchera auprès du roi.
Comme tous les jeunes elfes, Lindyll apprend à lire dans l'esprit des animaux, à déchiffrer l'écriture runique et à adorer les esprits des arbres et des eaux. Il sait par coeur les poèmes qui racontent l'histoire des elfes et découvre l'existence du peuple humain auquel il appartient. Nous t'avons choisi pour l'un des nôtres, lui disait la reine. Tu es un elfe par élection, plus elfe qu'un elfe par le sang. Lindyll en conçoit une grande détestation pour les humains et rêve de les combattre. Il est confié à un vieux maître d'armes, Brumir, qui l'initie au maniement de l'arc et de l'épée.
Et un jour, vient le moment tant attendu de partir à la guerre à son tour. Il s'y montre si téméraire que le roi Illgaël le choisit comme écuyer. S'ensuit alors une étonnante amitié entre l'elfe et l'humain. De temps à autre, le roi souffre de poussées d'angoisse et seul Lindyll sait le réconforter et lui faire retrouver le sourire et cette légèreté de caractère typiquement elfique.
Mais le conflit se poursuivant entre les elfes et les humains, Lindyll sera confronté à des choix de plus en plus difficiles. Sa loyauté pour les elfes l'emportera-t-elle toujours sur sa nature humaine? C'est un des enjeux de ce roman très agréable à lire qui, par la mise en opposition du tempérament des elfes et de celui des hommes, nous amène à réfléchir sur nos valeurs essentielles. On retrouve ici l'écriture efficace, imagée et poétique, de Sylvie Huguet ainsi que son regard acéré sur la condition humaine et sur la violence dont l'homme est capable de faire preuve envers lui-même comme envers la nature et les animaux. Au fil d'ouvrages très différents, l'auteur poursuit une oeuvre cohérente dont tous les fils, de couleurs variées, tissent une image d'un monde où se mêlent intimement le réel et l'imaginaire, comme une variation contemporaine de la Dame à la licorne...

Serge Cabrol

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Sueurs Froides, 11 avril 2010.

Les fidèles de LA CLEF D'ARGENT connaissent peut-être SYLVIE HUGUET pour son recueil de nouvelles fantastiques intitulé LE PASSAGE. Aujourd'hui l'écrivaine nous revient en inaugurant une nouvelle collection, vraisemblablement consacrée à la fantasy, chez l'éditeur dijonnais. LE DERNIER ROI DES ELFES narre l'ultime guerre entre elfes et humains qui causa la perte de la civilisation des premiers. SYLVIE HUGUET a une belle plume (une constante chez les auteurs de LA CLEF), autant dans l'évocation crue et violente, quasi howardienne, des batailles, voire des tortures infligées à l'un des héros, que dans la peinture souvent poétique d'une nature superbe. Les personnages principaux, le roi elfique et son ami humain, sont extrêmements attachants, si bien que l'on épouse sans mal leur combat.
On espère avec eux, on souffre avec eux.
LE DERNIER ROI DES ELFES est un court roman crépusculaire, hanté par le spectre de la fin d'un univers. On pense parfois aux guerres indiennes des westerns. Aucun manichéisme réel chez HUGUET, aucun camp n'est tout à fait bon ou mauvais (même si l'on connaît davantage le point de vue des elfes). Humains et elfes luttent à mort, sans pitié, en sachant très bien que l'un des deux camps est appelé à disparaître. Ce petit bijou est aussi la preuve qu'on peut faire de la fantasy forte et généreuse sans verser dans le pavé, comme la mode l'exige aujourd'hui. LE DERNIER ROI DES ELFES, qui est aussi une histoire d'amitié virile d'une vraie profondeur, contient tout ce qu'il est permis d'en attendre, en toute simplicité.

Patryck Ficini

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Critiques Livres, 9 avril 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

L'expérience des limites.
Très belle découverte que ce premier recueil de nouvelles de Philippe Bastin, paru dans une maison d'édition alternative «la Clef d'argent». Un recueil de nouvelles qui s'inscrit dans le genre fantastique sur fond de réalisme. Ces huit nouvelles sont toutes emplies de mystère, tant par leur fond que par leur mode de narration. Un narrateur nous prend chaque fois par la main, nous raconte l'histoire mais ne tente aucune analyse, nous laisse là avec nos doutes. Déjà très fort.
Les sujets ensuite sont très originaux. Cela commence très fort avec «Mitochondries». Sans doute l'histoire la plus surprenante de ce recueil. On est plongé dans l'univers des grands meetings d'athlétisme avec une réflexion sur le 100 mètres, ce sport qui joue avec toutes les limites: du temps, mais aussi du physique.
Le sport semble passionner l'auteur. On retrouve le monde la gymnastique dans «Qu'est devenue Natalia Lachtchenko?» Une jeune gymnaste russe va de sacre en sacre sous les yeux d'un jeune reporter sportif, qui semble décèle un petit quelque chose qui cloche. Il ne faut pas en dire plus. C'est une fois de plus surprenant. Sport toujours avec les «Nuages grimaçants», nouvelle dans laquelle une petite région aux confins de la Bulgarie et de la Roumanie est le berceau de plusieurs champions olympiques.
Influencé par les nouvelles de Maupassant, Poe et Stephen King, Philippe Bastin plonge aussi dans le fantastique le plus pur avec des nouvelles comme «l'Homme-crochet» qui prend place dans la région des canaux du Hainaut ou «L'histoire de mon double». Mention spéciale au «Bain des damnés», vieille légende arabisante à raconter au coin du feu. Une très belle histoire.
Si l'on devait retenir un fil rouge à ces huit textes, ce serait peut-être celui du dépassement des limites, du danger de trop jouer avec celles-ci. Et l'auteur de s'amuser autour de ce thème avec ces huit histoires hallucinées et hallucinantes, qui font passer un bon moment au lecteur. Une belle découverte, je le répète.

Nothingman

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Phénix-Web, 29 mars 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Philippe Bastin est un auteur belge né à Liège en 1958, dont plusieurs nouvelles ont déjà été publiées, entre autres dans le Codex atlanticus.
Voici son premier recueil, publié dans cette belle collection KholekTh, jusqu'ici intégralement chroniquée ici-même (après les ouvrages respectifs de Huguet, Rey, Rullier et Andrevon). Nous sommes, avec Bastin, dans le domaine du pur fantastique, «canonique» comme écrivent les spécialistes. Le sportif tout en muscle de la couverture (Dan Marsh), illustre la toute première nouvelle, titulaire, assez gore à la fin. Le monde sportif inspirera d'ailleurs Bastin par deux fois encore, pour «Qu'est devenue Natalia Lachtchenko?», ou la pitoyable histoire d'une gymnaste qui rapetisse, et pour la nouvelle terminale, «Les nuages grimaçants».
Très spectaculaire, «La tragédie du Musée des Sciences naturelles de Vienne» relate le terrifiant réveil des hôtes du musée. Wallon, Bastin écrira un conte traditionnel de terroir avec «L'Homme-crochet», ancré dans la région des canaux de Mons. Cette tradition, il la défendra aussi dans «L'Histoire de mon double», parfaite illustration d'un thème bateau du genre. Les deux nouvelles les plus remarquables participent aussi de la grande tradition. «La dette» pourrait être de Maupassant ou de Poe: un fantôme vient délivrer à une gentille postière, une à une, des lettres destinées aux membres du jury d'un procès, qui, l'un après l'autre, meurent après réception. «Le bain des damnés» fait intervenir le héros dans un mariage maghrébin impie (incestueux!) célébré en boucle: il n'aurait pas dû s'y montrer...
Un beau recueil, manifeste du constant et solide sérieux du fantastique belge.

Bruno Peeters

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Mythologica.net, 30 mars 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

La Clef d'argent est une association qui s'attache à publier des textes liés aux univers de l'imaginaire et Le dernier roi des elfes est le premier de leurs ouvrages que j'ai entre les mains. C'est donc avec grand plaisir que j'ai découvert les publications de cet éditeur et je dois dire que j'ai été très loin d'être déçu...
Ma première surprise concerne le format. Je m'attendais à quelque chose de plus grand mais non en fait ce roman est au format poche, assez fin et doté d'une couverture de toute beauté. Signée par Ash elle donne tout de suite le ton du voyage que le lecteur va entreprendre. Véritable invitation cette couverture ne peut que pousser le lecteur à tourner avidement les pages de ce court roman. Entrons donc de ce pas dans l'univers de Lindyll...
Vous devez tous commencer à le savoir je suis un ardent défenseur des plumes françaises en matière d'imaginaire. Ce que j'aime chez elles ce sont la poésie qui se dégage des textes, leur romantisme qui, loin d'être éculé, parvient à merveille à emporter le lecteur loin de la grisaille quotidienne. Sylvie Huguet, que je découvre avec ce roman fait partie de ces auteurs que je vais probablement suivre au fil du temps. Son écriture fluide et poétique est parvenue à inspirer mon esprit, ce qui est assez rare.
Revenons un peu au roman en lui-même: le scénario reste assez classique. La guerre fait rage entre les elfes, créatures sylvestres et enclines à la paix, et les humains conquérants et rustres. Un enfin est humain est adopté par Ilgaël, le roi des elfes, et ce sont les aventures de ce elfe d'adoption que nous allons suivre. Lindyll va vivre une vie de danger où sa nature humaine risque de lui coûter cher...
Bien que ce synopsis improvisé ne fasse pas réellement envie car je ne suis pas doué pour cela il faut rendre à l'auteure la grâce de son écriture. Elle parvient à faire d'une histoire au final assez classique un pur moment de jouissance littéraire. Sa manière de décrire les forêts luxuriantes, les combats sauvages et l'ensemble des éléments de son roman vient juste séduire le lecteur plus qu'il ne pourrait s'y attendre.
Toutefois ce roman n'est pas exempts de petits défauts. D'un point de vue éditorial le fait de placer une carte à la fin de l'ouvrage oblige le lecteur à ne la découvrir qu'arrivé à la fin de sa lecture. Cela créé une légère gêne mais sans réellement handicaper l'ensemble. Le plus gros défaut est dû au format même de ce roman. En fait il est conçu pour être fin et donc certains éléments demanderaient à être développé. Finalement au-delà de la satisfaction ressentie à la lecture du dernier roi des elfes je me suis demandé pourquoi il était si court alors qu'un magnifique récit épique et poétique pouvait être écrit à partir de cette base. Mais finalement la brièveté n'est-elle pas une manière de laisser le lecteur se créer son propre roman, de le pousser à entre toujours plus loin dans l'univers pour en découvrir toutes les facettes?
Le dernier roi des elfes est parvenu à me conquérir tout entier. Je suis relativement exigeant en matière de fantasy et encore plus quand celle-ci prends des connotations celtiques. La Clef d'Argent propose donc un excellent texte, une plume rare et cette découverte fut pour moi une véritable révélation. Je vais suivre la carrière littéraire de Sylvie Huguet de près car en un seul roman de 100 pages elle est parvenue à entrer dans mon classement personnel des plumes françaises les plus douées...

Deuskin

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Atemporel.com, 26 mars 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

C'est le Printemps, c'est officiel. Un petit tour en forêt s'impose pour aller se rouler dans l'herbe avec quelques gentils elfes ! Que nenni, méfiez-vous d'eux, ils pourraient vous faire boire une décoction de digitale! Pire, s'en prendre à vous en se souvenant des guerres qui nous ont opposés il y a des milliers d'années.
C'est l'idée originale de Sylvie Huguet et de son Dernier roi des elfes publié ces jours-ci aux Editions de la Clef d'Argent ;-)
Le dernier roi des elfes est une version longue, et longuement remaniée, d'une nouvelle de l'auteur: l'anneau d'Ilthiar (publié il y a presque 9 ans dans la revue Chimère).
La Clef d'Argent a la bonne idée de le publier, avec une couverture signée Ash qui donne le ton. Batailles et luttes entre hommes et elfes sont au coeur du récit!
Bye bye les elfes sylvins et leurs pétales de fleur, oubliés les gentils elfes avec leurs arcs et leur magie blanche !
Structuré à la manière du Silmarillion de Tolkien, le Dernier roi des Elfes aborde cette espèce mythique sous un angle différent et intéressant.
D'une part, donc, les elfes que l'on attend ne sont pas ceux-là, et Sylvie Huguet en finit avec les clichés.
L'ambiance celtique est toujours là mais elle nous présente une lutte entre hommes et elfes à travers un texte ancien, retrouvé dans le futur. C'est donc narré au présent alors que c'est du passé. L'exercice est intéressant et produit son effet (sans boucler cependant sur les questions... archéologiques posées en introduction).
Le texte est bien écrit, se lit bien, n'est ni trop long ni trop court (lire "ni roman ni vraiment nouvelle") et ouvre donc dignement cette nouvelel collection que nous propose la Clef d'Argent : KhRhOnyk, une collection de textes Fantasy; une fois de plus l'éditeur franc-comtois traite les choses de manière originale.

Laurent Delin

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Psychovision.net, 24 mars 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

Il y a des auteurs qui auront besoin de trois tomes, voire plus, pour écrire une histoire de fantasy, nous dépeindre un monde cohérent, installer leurs actions, leurs personnages, etc. A Sylvie Hughet, auteure que je ne connaissais pas jusqu'alors, il suffit d'à peine cent pages pour nous raconter une aventure fabuleuse dans un univers où la poésie la plus belle côtoie les actions guerrières et les hauts faits épiques. Une bien belle découverte pour un court roman qui ravira tous les fans de féérie, d'univers elfiques et de légendes celtes!
Le monde des hommes et des elfes est en guerre, un conflit terrible. Plus les hommes avancent et plus la forêt recule. Mais les elfes ne restent pas sans réagir et avec à leur tête le roi Ilgaël, ils se défendent tant bien que mal. Au cours d'un raid particulièrement violent contre un village humain, le roi elfe se prend d'amour pour enfant humain, Lindyll et se sont les aventures de ce dernier que nous conte Silvie Huguet. Lindyll, recueillit donc par le peuple elfique, va apprendre alors leurs étranges coutumes (le lecteur avec lui, ce qui est passionnant) et devenir un guerrier terrible, l'un des plus forts et des plus sanguinaires. Mais Lindyll a-t-il tout oublié de son passé d'humain? Alors que les Elfes assaillent et tuent les hommes, Lindyll va-t-il rester sagement dans l'ombre du roi? Et quand ce dernier le nomme à sa succession comment vont réagir les autres elfes? Vous comprenez les tenants et les aboutissants de ce fabuleux roman? Oui, Lindyll partout est devenu un étranger, étranger aux yeux des Elfes, étranger aux yeux des humains...
En quelques pages, et c'est là tout le talent de l'auteure, "Le dernier roi des Elfes" nous plonge dans un univers profondément humaniste, au propos fort qui nous conduit vers une superbe réflexion sur la tolérance, le respect d'autrui mais aussi sur la nature. En effet il y a là, au coeur de ce petit livre, certainement les plus belles pages qu'il m'est été donné de lire sur la nature, la forêt, la magie des arbres et les apparitions du dieu Lugg, dieu parmi les dieux, sont absolument fantastiques! "Le dernier roi des Elfes" est loin, très loin des standards calibrés de la Fantasy et ça fait du bien! Se croisent ici des passages donc poétiques mais aussi clairement guerriers qui ont bien sûr comblé le fan de fantasy plus barbare que je suis. L'univers des Elfes est absolument bien décrit et là encore, loin, très loin des standards et des clichés (on évite de tomber dans le sous tolkien) et ainsi Sylvie Huguet nous offre une oeuvre de fantasy hors norme et surtout rudement intelligente, servant un propos quasi philosophique qui pourrait se résumer à cette simple question: quelle est ma place dans l'univers? Clairement, ça nous remet à notre place et ça fait du bien!
En lisant ce court roman je ne pensais pas vivre un tel voyage, moi qui ne suis pas particulièrement fan des gentils Elfes. Non, je ne m'attendais pas être aussi ému, car de l'émotion il y en à ras bord, à vous faire chavirer le coeur, à vous faire venir les larmes aux yeux sans jamais tomber dans le fleur bleu ou le sentiment facile. Comment deux êtres différents, que tout oppose, peuvent-ils s'aimer? Oui, dit comme ça, c'est du déjà vu mais sous la plume de Sylvie Huguet c'est tout simplement beau! Beau et émouvant sont les deux mots qui résumeraient parfaitement ce roman au très joli et très travaillé style et qui arrive en quelques pages à nous transporter ailleurs dans l'étrange et le poétique!
"Le dernier roi des Elfes "est un court roman de fantasy original et passionnant, autant une étude sur la vie des Elfes, qu'un petit livre de philosophie humaniste qui se lit facilement, rapidement, tant on est pris par l'histoire, palpitante et belle, émouvante et poétique. Le lecteur de fantasy en recherche d'autre chose sera comblé, comme celui qui n'a jamais lu de fantasy et qui pourra ainsi découvrir un univers riche et beau. "Le dernier roi des Elfes" touchera aussi le lecteur amateur de féérie, de magie, de nature, d'Elfes bien évidement et touchera tout lecteur voulant s'envoler ailleurs, tout simplement. Beau et envoûtant, je vous le recommande plus que chaudement!

Le Cimmerien

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Yozone, 18 mars 2010.

Le dernier roi des elfes, roman de Sylvie Huguet.

Ce récit se situe dans les temps anciens, lorsque les hommes attaquaient sans répit les derniers royaumes des elfes.
Voici l'histoire d'Ilgaël, roi d'Elmoor, qui sauva et adopta un enfant humain. Voici l'histoire de l'homme elfe Lindyll, le plus fidèle compagnon du dernier roi des elfes, mais aussi le plus grand traître à sa race.
Reprenant le canevas d'une nouvelle intitulée "L'Anneau d'Ilthiar", publiée dans la revue «Chimère» (n°50) en mai 2001, Sylvie Huguet nous propose un texte original et sortant des sentiers battus.
N'étant pas, et il s'en faut de beaucoup, un spécialiste du genre fantasy, «Le Dernier Roi des Elfes» m'a très heureusement surpris. Loin, très loin des conventions que nous offrent de trop nombreuses séries à rallonges, Sylvie Huguet m'a rappelée, stylistiquement, le Tolkien du «Silmarillion» dans sa volonté d'offrir un texte très structuré.
Par rapport au premier texte paru en 2001, que l'on peut d'ailleurs toujours lire grâce au Net, la plume s'est densifiée avec le temps. Et les quelques pages d'origine sont devenues un conte beaucoup plus développé et construit, franchissant allègrement la centaine de feuillets.
Proposé sous un angle historique et légendaire intéressant, «Le Dernier Roi des Elfes» serait un document archéologique retrouvé dans le futur de l'humanité, vers les années 2050. La présente édition est celle que les historiens du 3e (ou 4e?) millénaire n'ont de cesse d'analyser.
L'avant-propos de cette édition, venu du futur, nous explique ainsi qu'il s'agit de la version la plus pure, seulement accompagnée des commentaires de l'archéologue Sandwell, le premier découvreur du manuscrit.
Trouvaille centrale de Sylvie Huguet, casser la mythique image des elfes sympathiques, êtres éthérés ne connaissant pas le mal, et en faire les redoutables ennemis d'une espèce humaine en pleine période d'expansion hégémonique.
Ainsi, le roi des elfes du royaume d'Elmoor sauve du massacre perpétré par ses troupes un enfant humain. À partir de cette séquence, le récit se définit par une narration qui nous renvoie à des épopées historiques classiques (telle celle de «Beowulf») plutôt qu'à un récit habituel de fantasy. C'est entre-deux, soutenu par une belle écriture, sensible, poétique et mélancolique, mérite l'éloge, mais possède néanmoins un petit défaut. L'histoire n'a pas de narrateur attitré (ou évoqué) et sa logique de récit historique retrouvé sur le tard ne colle pas totalement avec cette absence. On peut penser qu'il aurait été utile à la crédibilité du projet littéraire que l'on évoque aussi d'hypothétiques auteurs (comme il est d'usage pour tous les "vrais" récits analysés des siècles plus tard).
Par conséquent, le questionnement initial subsiste jusqu'à la conclusion du récit et on ne sait plus trop si on lit un texte purement imaginaire ou une histoire véritablement venue des temps anciens. Ce petit défaut de la cuirasse, qui ne saute cependant aux yeux qu'après la lecture de l'ouvrage, au moment de l'analyse à tête reposée, mériterait sans doute que l'auteur s'interroge à nouveau sur le sens réel qu'elle veut donner à son «Dernier Roi des Elfes». Une ou deux phrases auraient sans doute suffi pour résoudre ce problème qui structure la logique de l'ouvrage.
Mais ne coupons point les fins cheveux des elfes en quatre, on se laisse prendre par l'ambiance fin de règne, quasi apocalyptique, qui décrit intelligemment une société elfique en plein décalage avec l'ascension de l'espèce humaine. On apprécie aussi le questionnement, tout à la fois très ancien et foncièrement moderne, qui joue de la dualité des sentiments entre le roi des elfes, suzerain et père de son plus proche compagnon. Car c'est bien dans cette intimité du couple "père-fils" que le doute s'inscrit. Tous les suspenses y trouvent donc leurs origines, mais aussi leurs conclusions.
Sylvie Huguet, dont nous avions déjà salué le précédent recueil de nouvelles publié par La Clef d'Argent (Le Passage), confirme de fort belle manière tous les espoirs placés dans sa plume.

Stéphane Pons

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Fantastinet, mars 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

La Clef d'Argent va nous permettre à nouveau de découvrir un nouvel auteur, sous la forme de nouvelles pour cette parution, qui va nous plonger dans les univers de Philippe Bastin, à travers des nouvelles qui vont allier fantastique, sciences mais aussi un peu de thriller. Parmi les nouvelles qui sont présentées ici, on notera que 3 prennent racine dans le domaine sportif et plus précisément sur les jeux olympiques (Mitochondrie, Qu'est devenue Natalia Lachtchenko et Les nuages grimaçants). Le format court des nouvelles convient parfaitement à Philippe qui arrive à faire culminer rapidement l'intrigue et à retenir le lecteur. La première mérite une attention toute particulière, relatant les évènements à travers des interviews de témoins, et des flashbacks sur les évènements eux-mêmes, nous laissant suspecter petit à petit le dénouement.
J'ai trouvé «L'Histoire de mon Double» amusante, avec pour centre de l'intrigue un homme un peu trop «timoré» qui laisse d'une certaine façon la main à son double (de façon totalement involontaire).
A noter que «L'Homme-Crochet» a déjà été publié aux mêmes éditions dans un des recueils annuels.

Allan Dujiperou

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Sueurs Froides, 6 mars 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Disons le tout de suite, MITOCHONDRIES est le recueil le plus enthousiasmant de la collection KHOLEKTH, qui a pourtant jusque-là réussi un parcours sans faute. On se souvient encore des excellents recueils de TIMOTHEE REY ou MICHEL RULLIER déjà évoqués ici. MITOCHONDRIES a quelque chose en plus dans sa façon même de traiter le fantastique ou la S.F: l'originalité. On entend souvent ici ou là que tout a été fait, que l'originalité est impossible ou n'a pas d'intérêt (jalousie?). C'est pourtant les idées hallucinantes et jamais vues ailleurs qui rendent si attachant SERGE BRUSSOLO (même s'il les recycle aujourd'hui dans ses nouveaux romans: tout à des limites!). C'est l'originalité, l'idée inédite, qui apporte à l'amateur cette incroyable sensation d'étonnement, hélas moins fréquente qu'on ne le pense en littérature... de l'imaginaire. L'étonnement, qui crée parfois l'émerveillement, c'est un moment précieux, magique, peut-être justement parce que d'une grande rareté. C'est comment un auteur, au détour d'une page, d'une nouvelle ou d'un roman, parvient à surprendre un lecteur compulsif blasé qui croit (quelle erreur) avoir tout lu. MITOCHONDRIES procure ce sentiment, notamment à travers l'exploitation du thème sportif, par une science-fiction qui aboutit à l'angoisse, voir à l'horreur. Les dérapages tragiques d'une science sans éthique y sont magistralement montrés du doigt. Le final de l'incroyable nouvelle-titre est même d'un gore inédit. L'auteur va bien au-delà des scandales du dopage ! On parlait de BRUSSOLO plus tôt. PHILIPPE BASTIN, et c'est un compliment, fait parfois penser à cet auteur génial. Par exemple, dans LA TRAGEDIE DU MUSEE DES SCIENCES NATURELLES DE VIENNE, délirant récit d'agressions animales - s'il faut le classer. Toujours dans le domaine de la S.F en milieu sportif, citons deux très bons textes : QU'EST DEVENUE NATALIA LACHTCHENKO et LES NUAGES GRIMACANTS, qui file même un peu les jetons. L'HOMME-CROCHET, déjà repéré par nos soins dans un CODEX ATLANTICUS, traite brillamment une célèbre légende urbaine. Comme lui, plus classiques peut-être, LE BAIN DES DAMNES, une histoire de malédiction orientale, et LA DETTE, avec sa vengeance infernale, n'en sont pas moins réussis. PHILIPPE BASTIN est belge. Oui, comme JEAN RAY, comme THOMAS OWEN, comme EDDY BERTIN ou GHELDERODE. Une preuve de plus, avec la parution tant attendue du second AMBRE DUBOIS, que la Belgique est profondément terre de fantastique.

Patryck Ficini

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Yozone, 5 mars 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Écrivain belge né à Liège en 1958, Philippe Bastin voit son premier recueil de nouvelles (huit) publié par les éditions de La Clef d'Argent (collection KholekTh).
Bonne idée et sensation agréable, l'auteur ne se limite pas seulement à l'exploration de thématiques fantastiques assez classiques, même s'il le fait très efficacement quand c'est le cas, mais propose aussi trois textes centrés sur le sport, un sujet rarement exploré intelligemment dans les littératures de l'imaginaire.
Une bien belle surprise chez un éditeur qui nous en offre très souvent.
Le premier élément qui frappe vraiment le lecteur de ce «Mitochondries» est l'unité stylistique de la plume rencontrée. La langue est belle, travaillée, fluide, souvent originale. Bref il y a du talent dans les écrits de Philippe Bastin qui dès son premier recueil nous oblige à noter très sérieusement son nom dans un coin de notre esprit.
Le genre fantastique, bien qu'assez récent (XVIIIe siècle), est exigeant en cela qu'il n'a jamais été accaparé, contrairement à la grande majorité de la production de science-fiction, par des auteurs se limitant à n'écrire que cela. On serait bien en peine de tous les citer, mais aborder volontairement des rives qui ont accueilli aussi bien Honoré de Balzac que Guy de Maupassant, Dino Buzzati ou Jorge Luis Borges, le poète Marcel Béalu ou Jean-Louis Bouquet pour n'en citer que quelques-uns totalement au hasard de nos lectures, vous impose des critères de qualité évidents. Au pays des grands stylistes, les faux-pas ne sont pas autorisés. Du point de vue des thématiques, c'est évidemment un peu le même phénomène. On ne sait jamais si l'imaginaire de l'auteur est l'élément central validant l'originalité du récit ou si, tout simplement, la grandeur d'un style justifiera tout.
Philippe Bastin s'inscrit, sans contestation possible, dans la grande tradition des écrivains fantastiques qui prennent plus de plaisir à évoquer le mystère plutôt que de l'expliquer. Son charme réside aussi dans cette attitude de retrait volontaire qu'il impose à ces narrateurs, observateurs impuissants de faits troublants qu'ils n'éclaireront jamais d'un quelconque raisonnement logique.
"Le bain des damnés" qui narre l'apparition d'une noce maudite, une fois l'an dans un petit village du Maghreb, véhicule l'éternelle inquiétude née dans ces histoires que l'on se raconte volontiers depuis des lustres une fois les douze coups de minuits sonnés. Tout comme "La dette" d'ailleurs, qui me semble vouloir renouer avec le beau classicisme, certes un peu désuet, des récits croisés dans les grandes anthologies du genre. Le thème de la vente d'une âme au Diable (ou à la mort) pour des motifs de vengeance à accomplir n'a nul besoin d'autre chose que d'une belle plume pour distraire. "L'homme-crochet" pourrait amener quelques jeunes lecteurs à se souvenir de séries B (ou Z) du cinéma d'horreur contemporain, mais le lieu du malaise (un canal désaffecté) et la conclusion sanglante de l'histoire sont sans âge particulier. Ces trois textes, toujours très bien sentis et écrits, sont donc par essence intemporels, mais aussi les moins originaux du volume (tout en étant très réussis).
Seconde nouvelle du roman, "La tragédie du Muséum des Sciences naturelles de Vienne" a ce petit plus qui force l'adhésion. Il y a dans la description minutieuse de la résurrection explosive de milliers d'animaux morts et naturalisés une énergie et un humour assez réjouissants. Malgré l'horreur, on sourit et la sensation est très rafraîchissante.
"L'histoire de mon double" est un texte plus difficile à aborder, mais qui récompensera le lecteur obstiné. D'une grande noirceur, sans événements marquants, il se borne à raconter une histoire étrange qui se finit mal. Mais du pourquoi ou du comment, on ne saura rien. À l'image du narrateur, héros perplexe par excellence, on sort de l'aventure en se posant des questions dont les réponses n'existent pas.
On ne sait si Philippe Bastin est un fidèle des journaux et magazines sportifs, mais on soupçonne que le sujet le passionne. En effet, "Qu'est devenue Natalia Lachtchenko?" nous permet de découvrir une jeune gymnaste russe qui, de conquêtes sportives en sacres et titres variés, mincit et rapetisse, inexplicablement, de plus en plus. L'histoire, racontée par un journaliste sportif, a l'immense qualité de ne pas renvoyer aux oubliettes de la littérature le statut du personnage central et fait qu'immanquablement on se demande aussitôt ce qu'il est advenu d'anciennes gloires de notre propre passé, visions de poupées désarticulées aperçues virevoltantes lors de précédentes compétitions et dont nous n'avons plus jamais entendu parler depuis...
Sous un titre poétique, la nouvelle "Les nuages grimaçants" donne surtout l'impression d'être le prélude d'un roman fantastique moderne. Une conspiration internationale inavouable y serait la clef d'une intrigue à la Stephen King qui passionnerait la ménagère de 20 à 70 ans. Des athlètes venus de l'ancien bloc de l'Est trustent les podiums mondiaux, mais une fois de plus, un journaliste sportif plus curieux que les autres remarque que ces sportifs sont tous porteurs du même tic, fait hautement improbable et curieux. De là à penser qu'un quelconque tripatouillage scientifique est à l'origine de leur réussite sportive, il n'y a qu'un pas. Sauf que... Sauf que, Philippe Bastin s'arrête volontairement là ou d'autres débuteraient vraiment leur roman. Et c'est heureux car l'effet fantastique joue alors à plein régime. Ne rien expliquer, juste se borner à lancer l'enquête et conclure sur un grand point d'interrogation est décidément le privilège des écrivains qui savent contenir le plaisir de leurs lecteurs.
Last but not least, "Mitochondries" est la première nouvelle du recueil ainsi que celle qui lui donne son titre. On comprend, c'est aussi la plus frappante et sans doute la plus surprenante. Si le propos semble fantastique, le traitement de l'histoire, ses justifications scientifiques, la rattache entièrement au registre SF. Le final apocalyptique, peu à peu découvert dans toute son horreur via les nombreux témoignages des spectateurs d'une finale olympique du 100 mètres, densifie la portée symbolique de la tragédie.
Des huit textes qui composent ce «Mitochondries» on retient une forme de morale. Le dépassement de certaines frontières est tout aussi dangereux pour ceux qui s'y risquent que pour les observateurs innocents, mais trop curieux! Une ambition fantastique sans concession, un rien sadique, qui ne fait qu'augmenter notre plaisir de simple lecteur.
La seule chose que l'on regrette vraiment dans cette presque intégrale des nouvelles fantastiques de Philippe Bastin, c'est l'absence dans ce recueil du beau texte "Murat", publié dans le numéro du Codex Atlanticus (N°18) et dont nous avions déjà signalé les grandes qualités.
Ceci dit, rien ne vous empêche d'investir doublement à La Clef d'Argent!

Stéphane Pons

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Psychovision.net, 27 février 2010.

Mitochondries, recueil de Philippe Bastin.

Vous aimez le sport? Pas trop? Beaucoup? Dans n'importe quel des cas vous allez de toute façon adorer ce recueil de 8 nouvelles dont les plus poignantes, les plus troublantes et les plus intéressantes prennent tour à tour place dans le milieu de la course à pied, de la gymnastique ou encore de la natation. Bien sûr dit comme ça rien de passionnant (quoique rappelez-vous la nouvelle "une course d'enfer" de Clive Barker) et pourtant, La clef d'argent nous offre ici encore un livre atypique et donc très original. Un court recueil que j'ai dévoré et adoré!
La nouvelle qui ouvre le bal est aussi celle qui donne son nom au recueil et c'est un texte pour le coup très déstabilisant à plus d'un titre. Tout d'abord bien évidement par l'histoire qui nous est racontée ici soit celle d'un coureur de sprint qui va peu à peu exploser dans le milieu et remporter des courses jusqu'au dénouement plutôt macabre... C'est le souci avec ce genre de nouvelles, très courtes, très concises et impeccablement bien menée: on ne peut pas trop en dire. L'histoire donc est déstabilisante mais pour le lecteur d'imaginaire que je suis le cadre l'est tout autant. Le milieu du sport donc mais aussi le fait de ne pas vraiment savoir si l'on est dans du fantastique ou dans de la SF. Bien sûr si je reste fidèle aux définitions en rigueur je dirais non, il ne s'agit pas de fantastique. Mais peut-on dire pour autant qu'il s'agit de la SF? Pas sûr non plus... Vous comprenez alors combien la lecture est déstabilisante! Car derrière le fait de ne pas savoir ce qu'est Mitochondries (un titre qui sonne d'ailleurs plus SF, une mitochondrie étant un organite à l'intérieur d'une cellule), derrière cette simple idée de classement se cache tout simplement le fait que l'on est devant un texte atypique et donc déroutant, surtout si à cela vous ajoutez une qualité d'écriture époustouflante et un style un brin décalé! Mitochondrie nous place alors d'emblé dans un territoire peu connu et qui fera bien vite perdre ses repaires au lecteur. C'est ce que j'aime. Mitochondrie, la nouvelle, est aussi une superbe métaphore sur le sport et ses excès, entre autres le dopage.
Ce thème semble d'ailleurs cher au coeur de Philippe Bastin qui le reprend, d'une façon toujours aussi déroutante, dérangeante et glauque dans deux autres nouvelles: "Qu'est devenue Natalia Lachtchenko?" et "Les nuages grimaçants". De cette dernière je ne vous dirais rien, ou pas grand-chose, si ce n'est qu'elle se passe dans le milieu du journalisme sportif et que je n'ai pas tout compris. Un brin trop barré pour moi, malgré comme toujours une ambiance passionnante et une plume superbe! Par contre "Qu'est devenue Natalia Lachtechenko?" est absolument époustouflante, hommage vibrant à ces jeunes gymnastes que l'on torture pour une médaille, pour un mouvement parfait ou pour un podium. Cette nouvelle est emplie de sensibilité et encore une fois d'une réflexion sur le sport, le corps humain et ses mystères. Oui, car réfléchir sur le sport peut être une chose passionnante, et c'est là où nous mène une partie de la littérature de Philippe Bastin, qui ne consiste pas uniquement à lire le journal L'équipe mais aussi à se poser la question du pourquoi et du comment. Et si tout cela n'avait pas forcement de différence avec les anciens jeux du cirque? Rien que pour ces nouvelles, rien que pour cet humanisme et pour cette belle réflexion, le recueil vaut le détour! La nouvelle "Mitochondrie" rejoint "Une course d'enfer" de Clive Barker, c'est vous dire!
Mais Philippe Bastin, c'est aussi un fantastique plus classique, avec des ambiances sombres qui sont autant à rapprocher de Maupassant que d'auteurs plus contemporains! Difficile en effet de ne pas penser à Maupassant ou bien même Jean Ray avec " L'homme-Crochet". Dans le brouillard belge, au bord d'un étrange canal ou sur une de ses rives, subsiste une vieille taverne, des choses étranges se racontent, des légendes d'un homme vivant dans le fond des eaux et surgissant parfois pour entrainer avec lui les petits enfants pas sages... Et si ce n'était pas qu'une légende? Somptueux, tout simplement fabuleux! Un grand moment de fantastique. Autre grand moment de fantastique aussi: "La dette". Imaginez une postière qui un jour doit envoyer le recommandé d'un homme étrange, défiguré et qui apprend par la suite que l'homme qui a reçut l'étrange missive est mort. Un mort c'est une coïncidence, deux s'en est plus, trois il se passe quelque chose... Non, je ne vous en dirai pas plus, c'est flippant, dérangeant, étrange, intelligent et beau!
Mais il ne peut pas y avoir un bon recueil de fantastique sans monstres, ni même sans double. Et si vous arriviez un jour chez vous et que vous trouveriez un autre vous, quelle serait votre réaction? Et bien lisez Mitochondries et vous le saurez. Entre Kafka et Maupassant, entre Clive Barker et Brussolo, tout simplement fabuleux!
C'est le troisième ouvrage que je lis de cette maison d'édition, La clef d'argent, et le second dans cette collection Kholekth - le premier étant C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre d'Andrevon - et bien une chose est sûre, c'est qu'elle tient toutes ses promesses en nous proposant de l'atypique et de l'étrange, quelque chose qui sort des sentiers battus! Philippe Bastin a été pour moi une vraie claque, une vraie révélation même si, et c'est le seul reproche que je ferai au recueil, c'est court, trop court, beaucoup trop! Quand c'est bon, on aime que ça dure! Croyez-moi je vais guetter avec la plus grande attention les autres textes de Philippe Bastin que j'ai découvert ici et les autres sorties de La Clef D'argent. Quant à vous, cher ami lecteur, foncez, c'est du bon!

Le Cimmerien

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Bifrost n°57, 21 janvier 2010.

C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre, recueil de Jean-Pierre Andrevon:

On ne présente plus Jean-Pierre Andrevon. Ecrivain prolifique oeuvrant depuis plus de quarante ans dans l'Imaginaire hexagonal, à la fois anthologiste et illustrateur, l'artiste français appartient à cette catégorie d'auteurs qui n'ont plus rien à prouver et dont on guette pourtant -- avec impatience et angoisse -- chaque nouvel opus.
Ici. rien de vraiment neuf ou juste un peu. En effet, La Clef d'Argent, micro-éditeur dont il convient de louer la qualité du catalogue, explore la carrière de l'auteur français en nous proposant une sélection de textes dont l'écriture s'etale des années 1960 à la première décennie du XXIe siècle. Quarante-cinq nouvelles (dont certaines confinent â la short-short), postface de Jean-Pierre Andrevon comprise, offrent ainsi l'opportunité de se pencher, ou éventuellement de découvrir, la part non science-fictive de la bibliographie d'un auteur qui n'a jamais vraiment cessé d'écrire. Il serait vain de résumer chaque histoire de C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre. Non par crainte de déflorer leur sujet, mais tout simplement parce que cela contribuerait à «tuer» la petite musique intime se dégageant de l'ensemble. Contes cruels lorgnant vers la poésie surréaliste, histoires absurdes dont l'atmosphère rappelle celle des histoires courtes de Dino Buzzati ou de Jacques Sternberg, le recueil est un goûteux florilège de textes où prévalent les thématiques habituelles de l'auteur. D'abord, ce regard désabusé sur l'humanité, sur sa propension à l'autodestruction quasi-génetique et sur sa capacité à s'enfermer délibérément dans des conventions sociales rigides. Puis, cette sensibilité à fleur de peau, cette aptitude à saisir l'indicible et à l'exprimer sans fioritures, avec une économie de mots assez impressionnante. Cette capacité, encore, à user d'un humour grinçant, à manifester une misanthropie réjouissante, à se moquer de ces masses serviles et abruties que l'on nomme humanité. Tout cela, en témoignant d'un chaleureux respect pour l'humain, dans la plus élémentaire acception du terme.
Auteur atrabilaire -- dans le même genre, on pense un peu à Pierre Magnan --, sincère dans ses colères, dans sa détestation de l'armée, de la hiénarchie. du mariage, du travail, toutes les institutions bourgeoises en règle générale, Jean-Pierre Andrevon se montre fidèle dans ses amitiés littéraires et dans son goût immodéré pour la nature vierge, les oiseaux, la solitude et les femmes. On lui par donnera son attachement aux poitrines féminines (une image récurrente de ce recueil) pour ne retenir de sa prose que le charme suranné, comme on ne retiendra de ces histoires étranges que leur concision exemplaire.
Au final, C'est un peu la paix, c'est un peu la guerre s'impose comme un ouvrage digne de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de l'oeuvre de Jean-Pierre Andrevon. Un recueil rythmé par le bruit des explosions de bombes, mais dans lequel les moments de paix incitent encore plus à la contemplation.

Laurent Leleu

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Phénix-Web, 3 janvier 2010.

Chroniques de la Terre figée, roman SF jeunesse de Pierre Gemme.

Les Editions de La Clef d'argent, bien connues de nos lecteurs pour ses découvertes en, littérature de l'Imaginaire, lancent une collection Jeunesse inaugurée par ce roman de Pierre Gemme.
Avec un nom pareil, l'auteur ne peut offrir que des joyaux. Et ce roman en est un, vraiment, même si la pierre n'est pas peut-être pas totalement polie, et manque d'achèvement. Les amateurs de post-cataclysme aimeront.
Un météore énorme percute la Terre qui se trouve... figée, à savoir immobile. Comme Mercure, la voici coupée en deux, une face torride, l'autre glaciale. Dans la partie torride survivent quelques humains désespérés. Deux enfants jumeaux, Axel et Nova, décident de s'enfuir en montgolfière. Axel est un brillant ingénieur et Nova une mystérieuse télépathe. Accompagnés de Black, chauve-souris dotée de pouvoirs étranges, ils vivront des moments terribles avant d'arriver à la frange médiane entre les deux températures extrêmes. Tout avance très vite, et l'action prime. Quittant leur père dans les grottes du Sud, ils retrouvent leur mère en Amazonie, après une traversée épouvantable. Tout cela est un peu téléphoné, mais se lit avec agrément. Dans la seconde partie, nos jeunes héros passent dans la zone froide: leur but ultime est, tout simplement, de détruire le météore et de rétablir la rotation de la planète! Tout cela fleure bon la bonne vieille anticipation française, pour le plus grand plaisir d'aucuns. Avec l'aide de populations polaires terrorisées, ils parviennent, aux prix d'efforts terribles, à arracher l'aérolithe inopportun de l'orbite terrestre. Dans la troisième partie, nouvelle par rapport à la première édition parue aux Editions Nestiveqnen en 2003-2005, Axel et Nova se débattent dans une Terre qui tourne à nouveau. Aidés par de mystérieux coraux extra-terrestres, ils parviendront à sauver leur père de la tyrannie naissante des hommes d'après la catastrophe. Happy end.
Ces Chroniques de la Terre figée commencent très bien et les deux premières parties se lisent avec plaisir, renouant avec le roman d'aventures classique. Malheureusement, le troisième épisode tire en longueur, le lecteur sachant très bien que le papa sera sauvé in extremis du méchant usurpateur. Un peu dommage, là. Espérons que Pierre Gemme, qui promet une suite aux exploits d'Axel et Nova, se ressaisisse, et nous livre un nouvel opus digne du début de celles-ci.

Bruno Peeters
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Le saviez-vous? Vous pouvez commander tous nos titres disponibles sur notre page Catalogue.

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